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NIGER

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Niger


Nom officiel : République du Niger


État d'Afrique de l'Ouest, le Niger est bordé au nord par l'Algérie et la Libye, à l'est par le Tchad, au sud par le Nigeria et le Bénin, et à l'ouest par le Burkina et le Mali.

*         Superficie : 1 267 000 km2
*         Nombre d'habitants : 17 831 000 (estimation pour 2013)
*         Nom des habitants : Nigériens
*         Capitale : Niamey
*         Langue : français
*         Monnaie : franc CFA
*         Chef de l'État : Mahamadou Issoufou
*         Chef du gouvernement : Brigi Rafini
*         Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
*         Constitution :
    *         Adoption : 31 octobre 2010
    *         Entrée en vigueur : 25 novembre 2010
Pour en savoir plus : institutions du Niger

GÉOGRAPHIE
Très étendu, mais steppique ou désertique en dehors de la vallée du Niger, le pays, enclavé, vit très pauvrement de l'élevage, de quelques cultures (millet et arachide). Le sous-sol recèle de l'uranium. Entièrement islamisée, la population juxtapose sédentaires (Haoussa et Songhaï principalement), majoritaires dans le Sud, et nomades (Touareg et Peuls) dans le Nord.

1. LE MILIEU NATUREL
Les roches du socle sont en partie recouvertes par des affleurements sédimentaires de grès et de sables presque toujours mélangés à des argiles. Le relief est monotone. Des plaines à peine accidentées par de petites cuestas, quelques buttes témoins ou des chicots de granite, ennoyés sous des champs de dunes quaternaires, sont dominés, au nord, par le massif cristallin de l'Aïr et les hautes terres du Djado, et, au sud, par des reliefs tabulaires peu élevés, entaillés par les vallées du Niger et de ses affluents dans la couverture sédimentaire.
Le Niger est l'une des zones les plus chaudes du globe. Le climat, tropical, varie du sud vers le nord. Au sud du 14e parallèle, il est soudano-sahélien, avec alternance d'une saison sèche durant 8 à 9 mois de l'année, d'octobre à mai-juin, d'abord fraîche puis chaude, et d'une saison humide. Il tombe entre 600 et 800 mm de précipitations. Plus au nord, le climat devient sahélien : la durée de la saison sèche augmente et l'intensité des pluies diminue. Au-delà du 16e parallèle, il est franchement aride : les précipitations, qui atteignent quelques dizaines de millimètres, peuvent ne plus tomber tous les ans ; les écarts de température entre les saisons et entre le jour et la nuit sont très grands.

Le réseau hydrographique comprend une partie du cours moyen du Niger et ses rivières affluentes, qui ont toutes un écoulement temporaire. Celles de la rive gauche sont même en voie de fossilisation. À l'est, la Komadougou Yobé n'appartient pas au réseau hydrographique du Niger : c'est un des tributaires du lac Tchad.
Les sols sont squelettiques ou inexistants au nord, acides et souvent cuirassés au sud. Seules les vallées sont fertiles. Du sud vers le nord, la végétation passe de la savane (avec un tapis de graminées sous un étage arboré) à la steppe arborée (avec de nombreux épineux) puis buissonnante (brousse tigrée) et herbeuse (avec touffes de graminées). Là où l'eau des nappes souterraines sourd, dans les oasis, l'arbre réapparaît avec le palmier doum et le dattier.

2. LA POPULATION
Vaste pays au climat contraignant, le Niger est globalement peu peuplé (8 habitants par km2), avec une répartition très inégale de la population. Le Sud et le Sud-Ouest, zones de cultures et d'échanges avec le Nigeria, regroupent 90 % de la population, voire davantage. Le dynamisme démographique demeure considérable, du fait d'une fécondité exceptionnelle, l'une des plus élevées du monde, qui atteint près de 8 enfants par femme. L'émigration économique est relativement importante, notamment en direction de la Côte d'Ivoire et, dans une moindre mesure, du Nigeria. L'urbanisation reste modérée, les trois quarts de la population vivant encore en zone rurale. La capitale, Niamey, est de très loin la principale agglomération du pays. Les nomades éleveurs et les agriculteurs sédentaires cohabitent avec plus ou moins de difficultés selon les époques. Tous, ou presque, partagent cependant la même religion, l'islam, et une nette majorité utilise le haoussa comme langue véhiculaire. Le français, langue officielle, est peu parlé en dehors des sphères dirigeantes.

3. L'ÉCONOMIE

Faibles potentialités naturelles, enclavement, aridité : nombreuses sont les contraintes qui s'opposent au développement économique. L'agriculture vivrière (légumes, fruits, mil, sorgho, manioc, riz) permet, généralement, de subvenir aux besoins alimentaires de la population. Des efforts ont été fournis pour accroître les superficies irriguées dans la vallée du Niger. Le coton est devenu la principale culture d'exportation, remplaçant progressivement l'arachide, dont les débouchés s'amenuisent d'année en année. Cependant, les productions sont particulièrement sensibles aux aléas climatiques : la sécheresse des années 1970 a eu des effets dévastateurs, nécessitant une aide alimentaire massive. Cette fragilité caractérise aussi l'élevage, traditionnellement important (moutons, chèvres, bovins, dromadaires). Il ne semble pas que le cheptel se soit encore totalement reconstitué.
Le Niger a fondé de grands espoirs sur l'exploitation des gisements uranifères d'Arlit, entrés en exploitation en 1971 grâce à des investissements principalement français. Dans un premier temps, en effet, la production de minerai a très rapidement progressé, fournissant, vers 1980, l'essentiel des recettes fiscales et des devises du pays. Ainsi, entre 1975 et 1985, le budget a été multiplié par cinq. Mais la France, devenue suréquipée en centrales nucléaires, a depuis réduit ses approvisionnements alors que l'ensemble du marché mondial se rétractait. Le sous-sol fournit aussi de l'or. L'industrie de transformation est le fait de petites unités valorisant les matières premières ou produisant quelques biens de consommation. Son développement est freiné par l'étroitesse du marché intérieur et, plus encore, peut-être, par la concurrence du Nigeria, qui inonde ses voisins de ses propres produits et de réexportations originaires d'Asie du Sud-Est. L'ensemble de l'économie nigérienne, uranium mis à part, est dépendante du Nigeria. Les échanges transfrontaliers – le Niger exportant des produits vivriers et du bétail – sont considérables, même s'il est difficile de les évaluer quantitativement. Le développement du réseau routier bitumé permet désormais au Niger une liaison facile avec le Bénin et le Burkina, ce qui intensifie le commerce avec ces deux pays.
Les conditions climatiques et les taux de change entre le franc CFA et la naira, la monnaie nigériane, sont les deux facteurs déterminants du commerce régional. Sécheresse et diminution des exportations d'uranium ont durement ébranlé l'économie, qui est par ailleurs soumise à la politique d'ajustement structurel imposée par le FMI. La dette extérieure, qui, rapportée au nombre d'habitants, n'est pas excessive, continue cependant de peser lourdement sur des finances publiques peu florissantes, malgré des allégements successifs consentis par les bailleurs de fonds, au premier rang desquels la France. L'aide publique au développement, qui représente 14 % du PNB, pallie en partie l'incapacité de l'État à dégager des ressources propres pour les investissements. Le secteur de la santé et celui de l'enseignement pâtissent particulièrement de cette situation. Le pays est, avec ses voisins du Sahe

HISTOIRE

1. L'AVANCÉE DU DÉSERT
L'ancienneté d'une présence humaine au Niger est attestée par de nombreux vestiges archéologiques. Aux époques préhistorique et protohistorique, le climat du Sahara est humide et offre des conditions favorables à l'agriculture et à l'élevage. La désertification qui s'amorce vers le Ve millénaire avant J.-C. repousse progressivement vers le sud et le sud-est (lac Tchad) les populations sédentaires, qui abandonnent ainsi leurs anciens terroirs aux seuls éleveurs nomades. Au début de notre ère, le Niger devient une zone d'échanges transsahariens, animés par des tribus berbères venues du nord, qui utilisent le dromadaire comme moyen de transport. Cette immigration, qui se poursuivra par vagues successives pendant une quinzaine de siècles – les Arabes succédant aux Berbères –, s'accompagne de nouveaux déplacements de populations vers le sud, mais aussi de métissages entre Noirs et Blancs. Elle provoque également le début de l'islamisation de la région dès la fin du viie siècle.

2. ENTRE EMPIRES ET CITÉS-ÉTATS
C'est vers cette époque, semble-t-il, que sont créés les premiers États noirs. L'un d'entre eux, l'empire songhaï, se développe progressivement dans l'ouest du Niger actuel. Vassalisé par l'empire du Mali au début du xive s., il se dégage cent cinquante ans plus tard de l'emprise de ce dernier au point de lui succéder. L'Empire songhaï atteint son apogée autour des années 1500 : il s'étend alors jusqu'au Sénégal et à la Guinée. À l'est, autour du lac Tchad, s'était créé le royaume du Kanem qui commence son expansion à partir du xie s. Trois cents ans plus tard, le Kanem est un véritable empire. Au sud, les cités-États haoussas, dont la prospérité est liée au commerce à longue distance, se libèrent de la tutelle songhaï et, dès le xiie s., étendent peu à peu leur influence.
L'Empire songhaï disparaît après la défaite que lui infligent les Marocains en 1591. De part et d'autre du fleuve lui succèdent de petits royaumes guerriers, en butte aux attaques des Touareg. L'empire du Kanem, déchiré par des luttes de clans, disparaît à son tour à la fin du xive s. Mais les survivants de l'ancienne dynastie fondent plus à l'ouest (nord-est du Nigeria actuel) l'empire du Bornou, qui domine rapidement un espace dépassant celui de l'ancien Kanem. Le xixe s. voit naître l'empire peul de Sokoto (nord-ouest du Nigeria actuel), créé par Ousmane dan Fodio. Il conquiert les cités-États haoussas, se heurte au Bornou, contre lequel il proclame le djihad, la guerre sainte. La colonisation française va bénéficier de ces rivalités.

3. LA COLONISATION
La France, qui souhaite relier sans discontinuité le Sénégal au Congo, et ses possessions subsahariennes à l'Algérie, réussit à prendre de vitesse l'Allemagne et le Royaume-Uni. Elle obtient de ce dernier, en 1890, une délimitation des zones d'influence des deux pays, totalement artificielle, qui préfigure la frontière actuelle entre le Niger et le Nigeria. La conquête du sud du pays, plus diplomatique que guerrière, est cependant marquée par les exactions des officiers Paul Voulet et Charles Chanoine, qui attaquent la mission chargée de les relever, et finissent exécutés par leurs propres tirailleurs.
Le Nord offre beaucoup plus de résistance à la pénétration française. En 1916-1917 encore, une expédition doit être menée dans l'Aïr pour vaincre le chef touareg Kaocen qui menace Agadez. La configuration définitive du Niger n'intervient que dans les années 1920 : il abandonne son statut militaire en 1922, et sa capitale est définitivement fixée à Niamey en 1926. C'est le territoire le plus excentré de toute l'Afrique-Occidentale française (A-OF) ; il est pauvre, et de ce fait ne bénéficie guère de l'attention de la métropole, dont la principale innovation est d'introduire la culture de l'arachide.

4. L'INDÉPENDANCE
Les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont sur le plan politique caractérisées par l'opposition de deux hommes, Hamani Diori, élu député à l'Assemblée nationale en 1946, leader du parti progressiste nigérien-Rassemblement démocratique africain (PPN-RDA), et Djibo Bakari, responsable syndical CGT. La formation que dirige ce dernier, le parti Sawaba, l'emporte nettement aux élections territoriales organisées en mars 1957 en application de la loi-cadre Defferre. En 1958, D. Bakari appelle à voter « non » au référendum sur la Constitution de la Ve République, prenant ainsi parti pour l'indépendance immédiate. Il est largement battu, mais les abstentions sont particulièrement nombreuses.
Le premier rôle appartient alors à H. Diori, qui devient président du Conseil et dissout le Sawaba (octobre 1959). D. Bakari part en exil. L'indépendance est acquise le 30 août 1960, une Constitution de type présidentiel est adoptée. H. Diori, élu en novembre suivant président de la République, va régner sans partage sur le pays pendant 14 années. Un attentat manqué contre le président en 1965 vaudra au Sawaba devenu clandestin de perdre les soutiens dont il bénéficiait de la part des pays africains progressistes. Cet événement est le seul à perturber une vie politique particulièrement atone, avec des élections sans surprise (1965 et 1970) qui confirment à 99,9 % le président et le PPN dans leurs rôles respectifs.
Les perspectives économiques sont encourageantes grâce à l'uranium, et les relations avec la France, comme avec les pays voisins, demeurent sans nuages. Le coup d'État dirigé par le lieutenant-colonel Seyni Kountché, qui renverse Hamani Diori le 15 avril 1974, coïncide avec les premiers effets de la sécheresse, et apparaît comme une sorte de révolution de palais visant plus à écarter du pouvoir un entourage présidentiel accusé de corruption que le président lui-même.

5. VINGT ANS DE RÉGIME MILITAIRE
Seyni Kountché suspend la Constitution et les partis, dissout l'Assemblée nationale, met en place un Conseil militaire suprême (CMS) et s'attribue pour une durée indéterminée les pouvoirs exécutif et législatif. Au cours des années qui suivent, la découverte de « complots » lui permet opportunément d'éliminer ceux des coauteurs du coup d'État qui auraient pu devenir des rivaux. Le danger écarté, il peut prendre des mesures de clémence. D. Bakari, qui avait été autorisé à revenir d'exil puis emprisonné rapidement, est libéré. L'ancien président Diori voit sa détention commuée en assignation à résidence (il sera libéré en 1987). Le régime veut instaurer une « société de développement » associant tradition et modernité, dans laquelle jeunes, femmes et chefs traditionnels, soigneusement organisés, doivent jouer un grand rôle. En 1983 est mis en place le Conseil national de développement (CND) chargé de préciser ces principes. Il élabore la Charte nationale du Niger, fondement de la future Constitution, qui est soumise à référendum en juin 1987.

6. ALI SEIBOU ET LA REVENDICATION DÉMOCRATIQUE
Malade, S. Kountché meurt le 10 novembre suivant. Il est remplacé à la tête de l'État par son cousin, le colonel Ali Seibou, chef d'état-major, coopté par les membres du CMS. Le colonel Seibou entend poursuivre l'œuvre de son prédécesseur et s'efforce de favoriser la réconciliation nationale en proclamant une amnistie et en associant davantage de civils à l'exercice du pouvoir. Un parti unique, le Mouvement national pour une société de développement (MNSD), est créé ; la Constitution promise est adoptée par référendum en septembre 1989. Des élections présidentielles et législatives sont organisées trois mois plus tard : les scores sont de l'ordre de ceux qu'obtenaient H. Diori et le PPN trente ans auparavant.
Ce « retour à une vie constitutionnelle normale » ne peut évidemment satisfaire un pays en pleine crise économique et sociale où souffle la contestation née de la chute du mur de Berlin. L'année 1990 est est marquée par le développement des violences : les manifestations se succèdent, brutalement réprimées, et la rébellion des Touareg (environ 10 % de la population nigérienne) est déclenchée à la suite des représailles et des exactions contre la population civile qui suivent les incidents de Tchintabaraden, dans le sud-ouest d'Agadez (7 mai) mettant aux prises de jeunes Touaregs et les forces de l’ordre. Conduit au début par le Front de Libération de l'Aïr et de l’Azaouar (FLAA) qui se scinde par la suite en plusieurs fronts, le mouvement touareg mobilise surtout des exilés, poussés à émigrer (en Libye notamment) par les grandes sécheresses des années 1970 et 1980 et va durer, avec une intensité variable, jusqu’en 1998.
Quelque peu déstabilisé, le régime entre dans la voie des concessions, autorisant les partis le 15 novembre. La transition va être particulièrement longue et confuse, la question touareg posant le problème de la cohérence de l'État et de la nation, largement débattu au sein de la Conférence nationale (juillet-novembre 1991). Elle se poursuit par l'adoption d'une Constitution unitaire (26 décembre 1992), et s'achève par des élections présidentielles (mars 1993) que remporte un statisticien de 42 ans, Mahamane Ousmane, élu par 19 % seulement des inscrits, compte tenu d'un fort taux d'abstention. Cette période est marquée par une tentative de coup d'État militaire (fin février-début mars 1992) dont l'échec peut être imputé à la forte mobilisation populaire en faveur des institutions de transition.

7. L'ÉCHEC DÉMOCRATIQUE
Bien qu'une trêve de 3 ans avec la rébellion ait été signée entre les deux tours de l'élection présidentielle, la question touareg pèse fortement sur le destin du nouveau président. Elle alourdit un climat économique et social exacerbé par les mesures d'austérité imposées par le FMI ainsi que par la dévaluation du franc CFA dont le principal effet, pour les populations urbaines peu favorisées, est la hausse du coût de la vie. À la tête de l'État, M. Ousmane fait preuve d'une certaine raideur. À partir du milieu de l'année 1994, il entame un bras de fer avec l'Assemblée nationale, au sein de laquelle plusieurs de ses partisans l'ont abandonné. Une dissolution est suivie d'élections, que remportent les partis d'opposition (janvier 1995). La cohabitation, qui finit par être imposée à un président réticent, prend une allure de guérilla permanente.
L'opinion publique, quant à elle, se lasse de ces jeux stériles. Elle ne réagit pas au coup d'État du colonel Ibrahim Baré Maïnassara (27 janvier 1996) comme elle l'avait fait 4 ans plus tôt, ne reconnaissant pas, apparemment, au président déchu le mérite d'être parvenu à des accords de paix avec la rébellion touareg le 9 octobre 1994 et le 15 avril 1995. Ces accords de Ouagadougou, qui prévoient des mesures de décentralisation, une redistribution des recettes issues des activités minières, le soutien aux activités pastorales et d’élevage constitutives de l’identité touareg, conduisent notamment à l’intégration des ex-combattants au sein d’unités à statut militaire particulier – afin de les reconvertir en garants de la sécurité dans le nord du Niger –, ainsi que dans l’armée régulière et l’administration.
Les bailleurs de fonds, devenus attentifs au respect des formes démocratiques, réagissent d'abord négativement, puis se laissent rassurer par la modération affirmée par le nouveau chef d'État. En effet, celui-ci va procéder à une normalisation accélérée au cours de l'année 1996 : nouvelle Constitution, retour au multipartisme et levée de l'état d'urgence (mai), élection présidentielle (juillet, qu'il remporte avec 52 % des voix, le taux de participation dépassant 66 %), intégration de personnalités de l'opposition dans le gouvernement (août), législatives (novembre). Dans le même temps, le chef de l'État multiplie les contacts avec les Touareg et obtient que des factions encore rebelles se rallient au processus de paix défini en 1995. Cependant, son attitude vis-à-vis de l'opposition – en particulier l'arrestation de l'ancien président Ousmane, en janvier 1997, rapidement relâché à la suite de pressions diplomatiques – ternit l'image démocratique du nouveau régime.
En avril 1999, I. B. Maïnassara, qui a perdu le soutien de l'armée, est assassiné par sa garde personnelle. Ce nouveau coup d'État militaire est suivi par la dissolution de l'Assemblée nationale, la suspension des activités des partis politiques et la mise en place d'un Conseil de réconciliation nationale. Le jeune commandant Daouda Mallam Wanké, à la tête de la garde présidentielle, est aussitôt nommé chef de l'État par ce conseil. Une nouvelle Constitution (approuvée par référendum en juillet) est promulguée au mois d'août et des élections générales sont annoncées pour l'automne. Mamadou Tandja est élu président de la République et son parti, le Mouvement national pour la société de développement (MNSD), allié à la Convention démocratique et sociale (CDS) de l'ancien président Ousmane, obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale.
Dès lors, le Niger reprend le chemin de la démocratie et renoue avec les institutions financières internationales. Les autorités nigériennes s'engagent dans le processus PPTE (pays pauvres, très endettés) – dispositif mis au point en 1996 par les institutions de Bretton Woods – et mettent en œuvre une stratégie de lutte contre la pauvreté. Leurs efforts sont récompensés et le Niger voit sa dette allégée en avril 2004. Dès l'année suivante cependant, elles sont confrontées à une grave crise alimentaire, conséquence d'une sécheresse et d'une invasion de criquets puis, en 2006, à un mouvement de contestation emmené par une Coalition contre la vie chère regroupant des formations syndicales et des ONG ayant recours à des opérations « villes mortes ».
À ces difficultés socio-économiques s'ajoute la reprise de la rébellion touareg sévissant dans le nord du pays. Apparu en 2007 après dix ans de paix relative, le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), constitué en partie d’ex-combattants de la rébellion des années 1990 – dont des déserteurs des forces de sécurité mais aussi d’anciens rebelles reconvertis dans le trafic et le banditisme – en partie de jeunes Touaregs urbanisés mais marginalisés et néophytes dans la lutte armée, exige, en vertu de l'accord de paix de 1995 prévoyant notamment la redistribution de la manne uranifère, que 50 % des recettes de l'uranium soient reversées aux collectivités locales et aux projets de développement régional. À partir de février 2007, le MNJ, disséminé dans les montagnes de l'Aïr, multiplie les accrochages avec les forces armées nigériennes (FAN). Sourd à ces revendications, le président Tandja utilise la rébellion touareg pour justifier l'arrestation de journalistes accusés de complicité avec les mouvements armés et l'expulsion de l'organisation Médecins sans frontières (MSF) en 2008. Les mouvements armés radicalisent leurs revendications après la signature, en 2008, d'un important contrat avec la Chine pour l'exploitation d'un gisement de brut, suivie, en 2009, par celle d'une convention d'exploitation par le groupe français Areva du gisement d'uranium d'Imouraren (le plus important d'Afrique et le deuxième du monde).
La volonté du président Tandja (réélu en 2004 avec 65,5 % des suffrages) de se maintenir au pouvoir par tous les moyens après deux quinquennats consécutifs ouvre une crise politique et institutionnelle. Le 4 août 2009, il dissout l'Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle avant de faire adopter par référendum une réforme de la Constitution lui permettant de se maintenir au pouvoir 3 ans supplémentaires, au-delà du terme de son mandat, en décembre. Ce référendum puis les élections législatives du 20 octobre et celles, locales, du 27 décembre sont boycottés par l’opposition et condamnés par la communauté internationale (suspension de la CEDEAO). Le 18 février 2010, Mamadou Tandja est renversé par des militaires réunis au sein du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD). Salou Djibo, le numéro un de la junte, prend les fonctions de président par intérim et nomme Mahamadou Danda, ministre de la Communication en 1999, au poste de Premier ministre.
Le Niger, dont la croissance est frappée de plein fouet par la crise économique mondiale, demeure dans une situation de grande pauvreté : 60 % de la population vit avec moins de 1 dollar par jour, plus de 7 millions d'habitants sont menacés par la famine en raison de la sécheresse qui sévit depuis 2009. L'économie reste très dépendante de l'aide internationale, or celle-ci a été suspendue à la suite des manœuvres inconstitutionnelles du président Tandja puis de son renversement. La situation sécuritaire demeure particulièrement volatile. Des pourparlers ont bien été engagés sous l'égide de la Libye entraînant progressivement le désarmement des différents mouvements de rébellion touareg (octobre 2009 à Sebha en Libye et janvier 2010 à Arlit au Niger) en échange d’un décret d’amnistie général.
Cependant, outre les trafics transfrontaliers particulièrement intenses dans la région sahélo-saharienne, le Niger, tout comme la Mauritanie et le Mali, est frappé par les actions terroristes d'al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) : enlèvement (fin 2008) de l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, Robert Fowler (libéré en avril 2009) ; exécution d'un Britannique par ses ravisseurs (30 mai 2009) ; assassinat de 4 Saoudiens dans le sud-ouest du pays (fin 2009) ; enlèvement puis exécution (après 3 mois de captivité, en juillet 2010) d'un humanitaire français, Michel Germaneau ; enlèvement de 7 personnes (dont 5 ressortissants français) travaillant sur le site d'Areva (16 septembre 2010).

8. LE RETOUR À LA DÉMOCRATIE ET LA VIIe RÉPUBLIQUE
En janvier et mars 2011, après l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution, les Nigériens sont appelés aux urnes pour élire le nouveau président et l’Assemblée nationale. Mahamadou Issoufou, chef de file de l’opposition à M. Tandja, président du parti nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS-Tarayya) depuis sa création en 1990, l’emporte au second tour de scrutin avec environ 58 % des voix face à Omar Seini du MNSD-Nassara. Son parti arrive en tête des élections législatives avec 33 % des suffrages et 37 sièges sur 113 devant le MNSD (26 sièges) et le Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (MDN, 25 sièges) créé par Hama Amadou, arrivé en troisième position à la présidentielle et rallié à M. Issoufou.

8.1. LE PREMIER MANDAT DE MAHAMADOU ISSOUFOU
Jugées transparentes par les observateurs de l’UE et de la CEDEAO, ces élections mobilisent 48-49 % des électeurs. Brigi Rafini, touareg originaire de la région d’Agadez, est nommé Premier ministre en avril. Afin de prévenir les crises alimentaires cycliques, l’initiative « 3 N » (pour « les Nigériens nourrissent les Nigériens »), principal engagement du candidat M. Issoufou, est lancée. Cet ambitieux programme étalé sur cinq ans, prévoit un soutien à l’accroissement, la diversification et la commercialisation des productions agropastorales, la création de fonds de sécurisation des producteurs agricoles, la réhabilitation des terres dégradées ainsi que le développement de l’irrigation avec la construction du barrage de Kandadji sur le Niger, un projet vieux de plus de cinquante ans.
Parallèlement, une nouvelle Haute Autorité pour la consolidation de la paix est instituée entre juillet et octobre 2011, destinée notamment à l’intégration des anciens combattants touareg et des populations locales du Nord afin de créer les conditions d’un retour durable à la sécurité, une politique qui s’appuie également sur la médiation des élus régionaux parmi lesquels d’ex-rebelles. Si le gouvernement nigérien est parvenu à contrôler le retour au pays des mercenaires engagés par Muammar Kadhafi pendant la guerre civile en Libye, le Niger doit faire face un important afflux de réfugiés en provenance du nord du Mali entré en sécession. La déstabilisation de son voisin est redoutée par Niamey, alors que la situation sécuritaire dans les zones frontalières reste précaire. Ainsi, en mai 2013, le Niger est pour la première fois la cible de deux attaques-suicides djihadistes (l'une à Agadez, ancien foyer de rébellion touareg, la seconde sur la mine d'uranium de Somaïr, exploitée par le groupe nucléaire français Areva), attaques revendiquées par le Mujao (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest), l'un des groupes combattus par l'armée française au Mali, et préparées avec l'aide des Signataires par le sang, dirigés par Mokhtar Belmokhtar, un dissident d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). La France décide peu après d'installer à Niamey le maillon-clé de sa lutte contre le terrorisme dans le Sahel. Le Niger pâtit également de l'insurrection armée de Boko Haram qui sévit au nord-est du Nigéria et subit plusieurs attaques à partir de février 2015. Depuis, les forces armées nigériennes interviennent contre Boko Haram en territoire nigérian aux côtés de l’armée tchadienne.
Dans ce contexte régional hostile, le climat politique se tend à l'approche des élections présidentielle et législatives de 2016 : l'opposition critique la cour constitutionnelle pour son « allégeance » au président Issoufou et accuse ce dernier, investi candidat par le PNDS en novembre 2015, de provoquer des scissions au sein des diverses formations pour assurer sa réélection.

8.2. LE SECOND MANDAT
Réélu avec plus de 92 % des voix pour un second mandat en mars 2016 et assuré d’une majorité de 118 sièges sur 171 dont 75 pour son parti, M. Issoufou reconduit B. Rafini au poste de Premier ministre, tandis que l’opposition, qui s’était rassemblée dans la « Coalition pour l’alternance 2016 », décide de mettre fin au boycott de l’Assemblée nationale, tout en refusant de reconnaître le résultat des scrutins.
Dans la zone « des trois frontières » entre le Niger, le Mali et le Burkina, où sévissent des groupes djihadistes liés notamment à l’« État islamique du Grand Sahara » (né en mai 2015) et al-Qaida (AQMI puis Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, GSIM), la situation sécuritaire se détériore et incite les trois États concernés à coordonner et mutualiser leurs forces en créant une force militaire commune pour sécuriser le triangle Liptako-Gourma, région historique qu’ils partagent. La force conjointe du G5 Sahel, auquel sont également associés le Tchad et la Mauritanie, et dont la première opération est lancée en novembre 2017, prend le relais.

Malgré l’appui apporté par les troupes françaises de l’opération Barkhane, cette force multinationale manque cependant de moyens et cette zone devient le nouvel épicentre de la violence djihadiste au Sahel en 2018-2019. La lutte contre le djihadisme sur le front sahélo-saharien est censée s’inspirer de la stratégie adoptée en collaboration avec le Nigeria, le Tchad et le Cameroun contre Boko Haram, qui enregistre plusieurs succès notamment après une grande offensive de l’armée nigérienne en janvier 2019, tandis qu’un programme d’amnistie et de réinsertion des anciens combattants est appliqué depuis décembre 2016.

Sur le plan économique, malgré un contexte défavorable, le Niger présente une forte croissance, estimée à plus de 6 % en 2018 et en 2019 et tirée par les services et la construction.

Les perspectives ouvertes par l’exploitation du pétrole – par le chinois CNPC, le britannique Savannah Petroleum et l'algérien Sonatrach en collaboration avec la Société de raffinage de Zinder (Soraz) – laissent d’aucuns perplexes quant à ses effets sur les conditions de la population : le Niger reste, malgré les recettes tirées de ses autres richesses minières, en particulier l’uranium, l’un des pays les plus pauvres au monde avec un niveau d'extrême pauvreté estimé à 41,5 % en 2019.

 

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ASIE CENTRALE

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Asie centrale

Cet article fait partie du dossier consacré à l'Asie.

Syr-Daria
Partie centrale de l'Asie, qui s'étend de la mer Caspienne à la Chine, correspondant essentiellement au sud du Kazakhstan, à l'Ouzbékistan, au Turkménistan, au Kirghizistan et au Tadjikistan, et englobant également la partie occidentale de la province chinoise du Xinjiang.

HISTOIRE
1. LA PÉRIODE PRÉCOLONIALE
1.1. UNE TERRE DE PASSAGE
L'Asie centrale est une terre de passage dont l'histoire millénaire est caractérisée par une succession de conquêtes et vagues migratoires venues d'abord d'Asie puis d'Europe. À l'origine, des tribus sédentaires est-iraniennes occupent trois oasis : les Chorasmiens dans le delta de l'Oxus (actuel Amou-Daria), les Bactriens dans la moyenne vallée de l'Oxus et les Sogdiens dans le haut Iaxarte (actuel Syr-Daria). Le premier contact entre ces autochtones et les nomades Turcs a lieu au ve siècle de notre ère, avec l'installation des tribus Türük, arrivées de l'Altaï.
Lieux de rencontre des influences venues de l'Inde, de la Chine, de l'Iran et du monde méditerranéen grâce aux routes de la soie qu'empruntent pèlerins bouddhistes et marchands, ces régions sont atteintes au viie-viiie siècle par l'islam.


1.2. PREMIER ÂGE D'OR
Au xe siècle la dynastie des Samanides parvient à réunir les trois oasis de civilisation dans un unique émirat, qui marque le premier âge d'or de l'Asie centrale, autour de sa capitale Boukhara. Les Turcs karakhanides lui succèdent en 999 et initient le rapprochement des cultures turque et persane, notamment en favorisant la propagation de l'islam auprès des communautés nomades.

1.3. SECOND ÂGE D'OR
Au début du xiiie siècle, la conquête mongole de Gengis Khan est terriblement destructrice pour la civilisation sédentaire mais elle inclut l'Asie centrale dans le vaste empire des Mongols s'étendant de la Chine à l'Europe. Au sein de l'Asie centrale s'opère alors une symbiose entre les populations turques sédentarisées ou encore nomades et les conquérants mongols. Ce métissage est symbolisé par la figure de Tamerlan, qui établit à la fin du xive siècle son grand émirat avec Samarkand pour capitale et qui est le siège du second âge d'or de l'Asie centrale.

1.4. LE DÉMEMBREMENT DE L'EMPIRE CHAYBANIDE
En 1500, les tribus Özbegs marquent la dernière migration humaine précoloniale de la région, dont ils prennent les rênes avec la dynastie des Chaybanides (xve-xvie siècle). Mais dans l'intervalle, la découverte de nouvelles voies maritimes de circulation sonne le glas des routes de la soie et par la même la position stratégique de l'Asie centrale. À partir de 1599, la région se divise en trois entités politiques souveraines : le khanat de Khiva à l'ouest, l'émirat de Boukhara au sud, puis le khanat de Kokand (1710) au nord-est.
Au cours des xviiie et xixe siècles, l'Asie centrale subit la pression de forces étrangères : à l'est les Mandchous se rendent maîtres de la Chine, au nord les Russes occupent la Sibérie, au sud les Afghans constituent un État indépendant, et les Anglais organisent la colonisation des Indes.

2. LA COLONISATION RUSSE
La progression des troupes russes vers l'Asie centrale trouve son aboutissement avec la chute de Tachkent (1865), qui devient le centre du gouvernement général du Turkestan, division administrative de l'empire. Les Russes établissent leur protectorat sur Boukhara (1868) et Khiva (1873) avant d'annexer le khanat de Kokand (1876). La période coloniale est marquée par la mise en œuvre d'une politique de discrimination entre les colons russes et tatars, qui jouissent du statut de citoyens, et les populations autochtones considérées comme étrangères à l'empire et relevant du statut d'« allogènes ».

3. LA PÉRIODE SOVIÉTIQUE
3.1. L'INSTAURATION DU RÉGIME SOVIÉTIQUE : RÉORGANISATION SUR DES BASES ETHNIQUES
Dans ce contexte ségrégationniste, la révolution russe de 1917 trouve un écho favorable auprès des populations d'Asie centrale. En avril 1918, le soviet de Tachkent décide son union libre à la Russie et devient la République socialiste soviétique autonome (RSSA) du Turkestan. Khiva et Boukhara deviennent des républiques populaires sous protectorat russe. L'instauration du régime soviétique provoque des bouleversements dans la société centrasiatique. D'abord, Moscou décide d'appliquer le concept d'ethnie pour diviser la population et mettre un terme aux velléités panturquistes et panislamiques qui menaçaient le projet soviétique : cinq groupes ethniques, ou « nationalités » dans le jargon soviétique, sont créées à partir d'identités tribales (Ouzbeks, Kazakhs, Kirghiz, Turkmènes) ou linguistique (Tadjiks).
Ensuite, un territoire national est attribué à chaque groupe pour lui permettre son plein développement dans le cadre fédéral de l'URSS. Ainsi, l'Asie centrale se trouve divisée pour la première fois de son histoire en cinq républiques socialistes soviétiques (RSS ethno-nationales : les RSS d'Ouzbékistan et du Turkménistan (1924), du Tadjikistan (1929), du Kirghizistan et du Kazakhstan (1936).

3.2. COLLECTIVISATION, MIGRATION FORCÉE, DÉPORTATION
Enfin, le projet économique communiste oblige à sédentariser les éleveurs transhumants et à collectiviser leurs troupeaux au sein de kolkhozes. Ce processus brutal entraîne la mort ou l'exil hors des frontières de l'URSS de près de la moitié des Kazakhs, des Kirghiz et des Turkmènes d'Asie centrale. La main d'œuvre nécessaire au développement de la région est alors fournie par la migration volontaire ou forcée de millions de Slaves (Russes, Ukrainiens, Biélorusses) et Tatars d'Oural, mais également par la déportation collective de Coréens, d'Allemands et de nombreux peuples du Caucase pendant la Seconde Guerre mondiale.

4. LA DISSOLUTION DE L'URSS ET LES INDÉPENDANCES
À la faveur de la perestroïka, des mouvements nationalistes s'affirment au Kazakhstan (1986), en Ouzbékistan (1989), au Tadjikistan et au Kirghizistan (1990). Mais l'indépendance auxquelles les RSS d'Asie centrale accèdent en décembre 1991 n'est pas le fait de luttes avec le pouvoir central. Elles sont le résultat de la dissolution de l'URSS et de l'exercice du droit à l'autodétermination que la Constitution soviétique reconnaissait alors à ses quinze sujets, dont les cinq républiques centrasiatiques. Les nouveaux États entrent dans le concert des nations en adhérant à l'Organisation des Nations Unies en 1992 et à la Communauté des États indépendants (CEI)., héritière de l'espace territorial couvert par l'URSS.

Abritant une importante minorité russe et largement russophone – bien que les Kazakhs forment désormais près des deux tiers de la population – le Kazakhstan reste l’allié le plus sûr de la Russie dans la région. De même que le Tadjikistan et le Kirghizistan, également proches de Moscou, il est membre signataire de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC, 2003), ces trois républiques adhérant également à la Communauté économique eurasiatique (Eurasec, 2001) dont le noyau est l’Union douanière formée à l’origine par la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan en 2010, le Kirghizistan s’apprêtant à la rejoindre en 2014.

De leur côté, l’Ouzbékistan et le Turkménistan adoptent une position plus réservée et autonome. Le premier suspend à deux reprises son adhésion à l’alliance militaire (en 1999 au traité de sécurité collective de la CEI et en 2012 à l’OTSC après l’avoir rejointe en 2006) et fait de même concernant l’Eurasec en 2008 avant de ratifier sous certaines conditions l’accord de libre échange de la CEI en 2013. Quant au Turkménistan, il n’est plus que membre observateur de la CEI depuis 2005 et reste à l’écart des organisations régionales prônées par Moscou dans le cadre de son projet d’Union eurasiatique.

Fortes de leurs richesses minières, les républiques d’Asie centrale – au premier rang desquelles le Kazakhstan et le Turkménistan – ont développé d’étroites relations économiques avec les grandes entreprises de ces secteurs, occidentales ou asiatiques, en particulier chinoises.
Par leur proximité avec l’Afghanistan et/ou la porosité des frontières avec ce dernier, les quatre républiques les plus méridionales d’Asie centrale tiennent une place géopolitique stratégique aussi bien pendant l’intervention occidentale contre les talibans (base aérienne de Manas au Kirghizistan notamment) que dans la perspective du futur retrait des forces américaines et de l’OTAN d’ici fin 2014.

 

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DROITS DE L'HOMME

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droits de l'homme

Consulter aussi dans le dictionnaire : droit
Cet article fait partie du dossier consacré aux droits de l'homme et du dossier consacré à la Révolution française.

LE CONCEPT DE « DROITS NATURELS »

Les droits de l'homme, et les libertés dont ils s'accompagnent, sont ceux dont tout individu doit jouir du fait même de sa nature humaine. C'est la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 qui marque l'avènement théorique d'un État de droit dotant l'individu du pouvoir de résistance à l'arbitraire et lui reconnaissant des droits naturels, dits fondamentaux. La notion de « déclaration des droits » découle de deux idées : celle de l'existence de droits individuels et celle de la nécessaire affirmation de ces droits par une autorité légitime, en l'occurrence le pouvoir constituant en 1789, c'est-à-dire l'État. Matrice de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par les Nations unies en 1948, le texte de 1789 est l'aboutissement d'une réflexion qui a commencé avec la Grande Charte d'Angleterre de 1215 et qui passe par l'institution de l'habeas corpus en 1679.
→ charte.

Il appartient à l'État de droit de respecter les libertés fondamentales de l'individu, que le concept de « libertés publiques » traduit en termes constitutionnels. La persistance de nombreux cas de violations des droits de l'homme dans l'histoire contemporaine impose de garantir leur protection à l'échelon international. Non seulement celle-ci suppose l'existence de mécanismes juridiques autorisant des organes internationaux à exercer un contrôle sur l'application des normes relatives aux droits de l'homme, mais encore l'action d'organisations indépendantes des États, qui se révèlent aussi de la première importance.

TROIS SIÈCLES D'HISTOIRE DES DROITS DE L'HOMME
Ce sont les philosophes du  xviiieme siécle
, parmi lesquels Jean-Jacques Rousseau, qui élaborent le concept de « droits naturels », droits propres aux êtres humains et inaliénables, quels que soient leur pays, leur race, leur religion ou leur moralité. La révolution américaine de 1776, puis la révolution française de 1789 marquent la reconnaissance et la formulation explicite de ces droits.
Dès 1689, en Angleterre, a été proclamé le Bill of Rights. Les colons établis en Amérique en retournent les principes contre leur roi. La Déclaration d'indépendance américaine, le 4 juillet 1776, affirme la primauté des droits et libertés. Au cours de la décennie suivante, par l'entremise du marquis de La Fayette et de Thomas Jefferson, elle éclaire les révolutionnaires français, notamment sur la notion de souveraineté du peuple.
Les dix-sept articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen sont discutés et votés entre le 20 et le 26 août 1789, alors que l'Assemblée constituante est en conflit avec le roi. Destinée à préparer la rédaction de la première Constitution écrite française, en la fondant sur l'énonciation des principes philosophiques qui doivent former la base de la société, elle proclame les droits « naturels et imprescriptibles » de l'homme, c'est-à-dire ceux que chacun doit exercer par le fait qu'il est homme et sans distinction de naissance, de nation ou de couleur. Après une définition générale de la notion de liberté, la Déclaration précise un certain nombre de libertés particulières : liberté de conscience et d'opinion, liberté de pensée et d'expression, droit à la propriété. L'égalité est la deuxième grande notion de la Déclaration : égalité des droits, égalité devant la loi et la justice, égalité devant l'impôt, égale admissibilité aux emplois publics. L'État nouveau, édifié sur le principe de la séparation des pouvoirs et sur la notion de souveraineté du peuple, devient le garant des droits.
Au xixe s., la Déclaration de 1789 inspire le mouvement politique et social en Europe et en Amérique latine. Avec l'industrialisation grandissante, l'essor du pouvoir capitaliste et financier, la revendication des droits s'enrichit en effet de la notion de droits sociaux, et particulièrement de droit au travail, sous l'influence du socialisme à la française, puis du socialisme marxiste. Mais les génocides, l'esclavage, qui ne sera aboli que lentement et inégalement, le colonialisme, le travail des enfants, la sujétion des femmes, dont l'émancipation – quand elle aura lieu – sera tardive, sont autant d'obstacles historiques sur la voie d'une reconnaissance pleine et entière des droits de l'homme. La France et les États-Unis eux-mêmes rechigneront souvent à montrer l'exemple, malgré la création d'associations philanthropiques et la lutte pour la prise en compte des droits sociaux (droit de grève, amélioration des conditions de travail, réduction du temps de travail).
Selon l'article 55 de la Charte des Nations unies de 1945, l'O.N.U. doit favoriser le respect universel et effectif des droits de l'homme avec le concours des États membres. Mais la politique des blocs, l'un sous influence américaine, l'autre sous influence soviétique, perturbe pendant plusieurs décennies les débats. Tandis que les Américains insistent sur la notion de droits politiques, les démocraties libérales d'Europe défendent celle de droits sociaux. Compte tenu des deux options, les Nations unies tentent de réaliser leur mission à travers l'action de la Commission des droits de l'homme, créée en 1946. Ceux-ci deviennent une valeur internationalisée en 1948. Il est reconnu que l'homme détient un ensemble de droits opposables aux autres individus, aux groupes sociaux et aux États souverains. Les droits de l’homme sont par la suite étendus à l’enfant : le 20 novembre 1989, les Nations unies adoptent la Convention des droits de l'enfant, afin de protéger l'enfance de la famine, de la maladie, du travail, de la prostitution et de la guerre.
→ droits de l'enfant.

LES DROITS DE L'HOMME FACE AU PRINCIPE DE SOUVERAINETÉ

Le principe des droits humains, tout comme la notion de paix, fait partie de ces thèmes a priori consensuels et irréfutables sous peine de placer le réfractaire en marge de la communauté internationale. L'humanité entière est révulsée par la barbarie, et un régime criminel ne peut, moralement, asseoir sa légitimité sur la seule souveraineté de l'État.
Les tribunaux militaires internationaux de Nuremberg (1945) et de Tokyo (1946) ont manifesté la valeur de ce raisonnement. Dès 1950, l'Assemblée générale des Nations unies a créé un comité chargé de rédiger le projet de statut d'une juridiction pénale internationale permanente. Mais la guerre froide a eu raison de ces vœux pieux. Le fait que ce projet n'ait pris forme qu'en 1998 témoigne – de même que ses limites – de la résistance opiniâtre des États : aucun d'eux ne cherche spontanément à promouvoir une justice supranationale à laquelle il serait soumis et devant laquelle des citoyens, nationaux ou étrangers, pourraient le traduire. C'est la même attitude qui a freiné les progrès de l'arbitrage international depuis les conférences de la Paix de 1899 et 1907, et limité, malgré deux guerres mondiales, les prérogatives de la Société des Nations puis de l'O.N.U. En réalité, l'opinion publique, alertée par les médias et les organisations non gouvernementales, est un acteur extrêmement important de ces évolutions. C'est à elle qu'il revient de dénoncer les abus de pouvoir, en l'occurrence les crimes commis par les dictateurs, l'altération du principe d'égalité, la négation des droits sociaux, ou encore la corruption des élites dirigeantes. Mais la seule sanction morale ne suffit pas à faire reculer les États coupables. La Déclaration universelle des droits de l'homme exige, par conséquent, pour ne pas être qu'un leurre, que la communauté internationale soit dotée de juridictions qui permettent de se saisir des cas de violation de ces droits.
Voir les articles justice internationale : TPIR, TPIY.

LES INSTITUTIONS AU SERVICE DES DROITS DE L'HOMME

LA COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME DE L'O.N.U.

Créée en 1946, la Commission se réunit pour la première fois en 1947 pour élaborer la Déclaration universelle des droits de l'homme. Rédigée en un an, celle-ci est adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948. Depuis lors, la date du 10 décembre est célébrée tous les ans en qualité de « Journée des droits de l'homme ».
Jusqu'en 1966, les efforts de la Commission sont essentiellement de nature normative, attendu que, dans une déclaration de 1947, elle estime « n'être habilitée à prendre aucune mesure au sujet de réclamations relatives aux droits de l'homme ». Ses travaux aboutissent, en 1966, à l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; ces deux pactes forment, avec la Déclaration universelle, la Charte internationale des droits de l'homme.
En 1967, le Conseil économique et social autorise la Commission à traiter des violations des droits de l'homme. Aussi met-elle au point des mécanismes et procédures afin de vérifier le respect par les États du droit international relatif aux droits de l'homme et de constater les violations présumées de ces droits par l'envoi de missions d'enquête. En outre, la Commission met de plus en plus l'accent sur la promotion des droits économiques, sociaux et culturels, en particulier le droit au développement et le droit à un niveau de vie convenable. Elle s'intéresse de près, comme le démontre la Déclaration de la Conférence mondiale sur les droits de l'homme tenue à Vienne en 1993, à la protection des droits des groupes sociaux vulnérables, des minorités et des peuples autochtones, ainsi qu'à la promotion des droits de l'enfant et des femmes. La démocratie et le développement sont considérés comme deux facteurs nécessaires à l'épanouissement des droits de l'homme.
Décrédibilisée par la présence en son sein de pays critiqués pour leurs propres atteintes aux droits de l’homme, elle est dissoute en 2006, et remplacée par le Conseil des droits de l’homme. Cet organe subsidiaire de l’Assemblée générale des Nations unies est notamment chargé d’effectuer un examen périodique de tous les pays au regard des droits de l'homme, et de formuler aux États concernés des recommandations.

LA CONVENTION EUROPÉENNE DE SAUVEGARDE DES DROITS DE L'HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES

Établie par le Conseil de l'Europe en 1950 et entrée en vigueur en 1953, la Convention européenne se situe dans la continuité de la Déclaration universelle de 1948. Chaque État qui adhère au Conseil de l'Europe est tenu de la signer et de la ratifier dans un délai d'un an. Les États signataires s'engagent alors à reconnaître à toute personne relevant de leur juridiction certains droits civils et politiques et certaines libertés définis dans la Convention. Après avoir épuisé toutes les voies de recours internes, un individu qui s'estime lésé dans ses droits peut entamer des procédures à l'encontre de l'État contractant qu'il tient pour responsable. Un État contractant peut également intenter une procédure contre un autre État contractant : c'est ce que l'on appelle une requête interétatique.
Le fait que des États souverains acceptent qu'une juridiction supranationale remette en cause les décisions de juridictions internes et qu'ils s'engagent à exécuter ses jugements a représenté une étape historique dans le développement du droit international. La théorie selon laquelle les droits de l'homme ont un caractère fondamental les plaçant au-dessus des législations et des pratiques nationales a été appliquée. Cela revient à reconnaître qu'il ne faut pas laisser un État décider lui-même de l'application des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fonction de considérations politiques nationales.
La Convention a instauré une Cour européenne des droits de l'homme, chargée d'examiner les requêtes individuelles et interétatiques. Les juges de la Cour, totalement indépendants, sont élus par le Parlement européen. Le Conseil des ministres surveille l'exécution des arrêts de la Cour. Le droit de recours individuel est automatique, ainsi que la saisine de la Cour dans le cadre des requêtes individuelles et interétatiques.
         
LES GRANDES ÉTAPES INSTITUTIONNELLES DE LA DÉFENSE DES DROITS DE L'HOMME


1215 : la Grande Charte d'Angleterre (Magna Carta) énumère, après les excès de Jean sans Terre, un certain nombre de dispositions tendant à protéger l'individu contre l'arbitraire royal en matière de taxes ou de spoliation de biens, et assure à chaque sujet un procès équitable dans le cadre de l'égalité de traitement devant la loi.
1679 : l'habeas corpus, en Angleterre, garantit le respect de la personne humaine et la protège d'arrestations et de sanctions arbitraires. Le roi est ainsi privé du pouvoir de faire emprisonner qui il veut selon son bon plaisir.
1689 : la Déclaration des droits (Bill of Rights), adoptée par la Chambre des lords et la Chambre des communes, réduit le pouvoir royal en Angleterre, en proclamant notamment la liberté de parole au sein du Parlement et le droit pour les sujets d'adresser des pétitions au monarque.
4 juillet 1776 : la Déclaration d'indépendance américaine, rédigée par Thomas Jefferson, Benjamin Franklin et John Adams, et inspirée de la philosophie des Lumières, est signée à Philadelphie par les délégués des treize colonies et promulgue un contrat social fondé sur l'indépendance, l'égalité, la liberté et la recherche du bonheur (« We hold these truths to be self-evident; that all men are created equal, that they are endowed by their creator with certain unalienable rights, that among these are life, liberty and the pursuit of happiness »).
26 août 1789 : la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, destinée à devenir l'archétype des déclarations ultérieures, est adoptée par l'Assemblée constituante.
3 septembre 1791 : la première Constitution écrite française garantit pour chacun « des droits naturels et civils ».
26 juin 1945 : la Charte des Nations unies, signée à San Francisco, internationalise le concept de droits de l'homme.
10 décembre 1948 : la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'O.N.U. est la première référence aux libertés fondamentales communes à tous les peuples de la Terre. Aux obligations morales liées à l'universalité du message s'ajoutent, pour les pays signataires, de réelles obligations juridiques qui sont censées instituer autant de garanties pour les peuples concernés.
4 novembre 1950 : la Convention européenne des droits de l'homme est signée à Rome sous l'égide du Conseil de l'Europe ; elle entre en vigueur en 1953.
1er août 1975 : l'Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (C.S.C.E.), signé à Helsinki, fait figurer le « respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales » parmi les principes de base qui régissent les relations mutuelles des 35 États participants.

LES ORGANISMES DE DÉFENSE DES DROITS DE L'HOMME

LA LIGUE DES DROITS DE L'HOMME

La Ligue est le plus ancien organisme de défense des droits et des libertés. Elle est fondée, en février 1898, par l'ancien ministre de la Justice Ludovic Trarieux et quelques amis, à l'occasion du procès intenté à Émile Zola qui venait de faire paraître dans le journal l'Aurore son célèbre réquisitoire « J'accuse ». Après l'affaire Dreyfus, la Ligue poursuit son engagement en prenant position sur les grands débats contemporains. Ainsi, en 1905, elle se déclare en faveur de la séparation des Églises et de l'État ; en 1909, son président réclame le droit de vote pour les femmes et leur éligibilité à la Chambre et au Sénat. La Ligue suit de près l'évolution de la vie politique et, en 1935, c'est à son siège qu'est signé le programme du Front populaire par les socialistes, les radicaux et les communistes.
En 1948, la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies, reprend largement le projet du représentant français René Cassin, membre de la Ligue des droits de l'homme. Par la suite, celle-ci joue un rôle dans les protestations contre l'utilisation de la torture lors de la guerre d'Algérie, dans les revendications étudiantes de mai 1968, dans les actions qui amènent, en 1973, la modification de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse, ou encore en faveur de l.’abolition de la peine de mort. Plus récemment, elle s’est engagée dans les années 1990 contre la montée du racisme, et pour l’extension des droits des étrangers, ainsi que pour la régularisation des sans-papiers.

LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES LIGUES DES DROITS DE L'HOMME (F.I.D.H.)
Fondée en 1922, la Fédération est la plus ancienne organisation de défense des droits de l'homme au plan international. Elle a son siège en France. Organisation non gouvernementale reconnue d'utilité publique, elle se déclare également apolitique, non confessionnelle et non lucrative. Elle se voue à la promotion de la Déclaration universelle des droits de l'homme en informant l'opinion publique et les organisations internationales par le biais de lettres, de communiqués et de conférences de presse. Comme Amnesty International, la F.I.D.H. bénéficie du statut d'observateur auprès des instances internationales (Nations unies, Unesco, Conseil de l'Europe, Commission africaine des droits de l'homme).

AMNESTY INTERNATIONAL
C'est en 1961, à l'initiative de Peter Benenson (1921-2005), avocat britannique, qu'un groupe d'avocats, de journalistes, d'écrivains, choqués par la condamnation de deux étudiants portugais à vingt ans de prison pour avoir porté un toast à la liberté dans un bar, lance un appel pour l'amnistie (Appeal for Amnesty). L'acte de naissance officiel du mouvement Amnesty International peut être daté du 28 mai 1961, lorsque le supplément dominical du London Observer relate l'histoire de six personnes incarcérées pour « raisons de conscience » – parce qu'elles ont exprimé leurs croyances religieuses ou politiques – et exhorte les gouvernements à relâcher de tels prisonniers. Amnesty International, organisation indépendante à caractère non gouvernemental, mène depuis lors une action vigoureuse de défense des droits de l'homme, à l'adresse des gouvernements qu'elle fustige dans son rapport annuel et de l'opinion publique internationale. Au cours des années 1970, Amnesty International s'est vu confier le statut d'observateur pour le compte des Nations unies. En 1977, son action a été récompensée par le prix Nobel de la paix, titre qui n'impressionne pas forcément tous les gouvernements.

 

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FASCISME

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fascisme
(italien fascismo, de fascio, faisceau)

Consulter aussi dans le dictionnaire : fascisme
Cet article fait partie du dossier consacré au totalitarisme.
Régime établi en Italie de 1922 à 1945, instauré par Mussolini et fondé sur la dictature du parti unique, l'exaltation nationaliste et le corporatisme. Doctrine ou tendance visant à installer un régime autoritaire rappelant le fascisme italien.

1. LES ORIGINES DU FASCISME ITALIEN
On ne saurait comprendre l'émergence du fascisme sans un rappel des déséquilibres et dysfonctionnements de l'Italie issue du Risorgimento.

1.1. L'UNITÉ INACHEVÉE DE L'ITALIE
L'État national italien s'est établi tardivement. Il faut attendre la décennie 1860-1870 pour que se constitue en 1861 autour du Piémont-Sardaigne le royaume d'Italie (→ histoire de l'Italie). L'annexion de Rome – source d'un contentieux avec la papauté – est accomplie seulement à l'automne 1870. Réalisée par le haut, la Renaissance nationale (→ Risorgimento) n'a pas permis d'intégrer les masses populaires.

Qui plus est, jusqu'à l'introduction du suffrage universel masculin en 1912, le système politique (régi par la Constitution de 1848 [lo Statuto]), est dominé par les élites traditionnelles grâce à l'instauration d'un régime censitaire. À la veille de la Première Guerre mondiale, l'Italie souffre d'un décalage croissant entre le pays légal et le pays réel.
Le refus des catholiques de participer aux élections, l'absence de véritables partis politiques, le recours permanent à la combinazione pour dégager des majorités, les méfaits du clientélisme concourent à ruiner la légitimité de l'édifice politique.
Ces difficultés se renforcent de l’inégalité du développement économique entre le Nord industrialisé (Gênes, Milan, Turin) et un Sud (Mezzogiorno) à vocation agricole.
L'habileté de Benito Mussolini, l'agitateur socialiste qui va devenir le principal promoteur du fascisme, est précisément de tirer parti de ces difficultés au moment où se dessinent les contours d'une crise d'identité nationale.
Le terme de faisceaux, qui renvoie à l'Antiquité romaine, apparaît d'ailleurs pour la première fois en Italie à propos du soulèvement des paysans de Sicile qui, en 1893-1894, forment des « faisceaux » de grévistes révoltés contre les conditions de travail inhumaines dans une province laissée pratiquement à l'abandon par le gouvernement de Rome. Ce mouvement rencontre de nombreuses sympathies dans toutes les classes sociales et contribue au développement de l'idéologie socialiste, qui ne cesse de progresser, spécialement dans la vallée du Pô, durant les vingt années séparant cet épisode révolutionnaire de la Première Guerre mondiale.

1.2. LA POUSSÉE ULTRA-NATIONALISTE
En 1914, il existe dans le pays une minorité composite formée de nationalistes bourgeois et de jeunes prolétaires anarcho-syndicalistes qui espèrent trouver dans la guerre le moyen de secouer l'immobilisme d'un régime aux mains du monde conservateur.
Bien que suscitée par des mobiles contradictoires, leur propagande retient vite par sa violence l'attention de Mussolini, qui y discerne pour lui-même l'occasion de s'élever politiquement sans que, toutefois, le but ultime de cette ascension – la conquête du pouvoir – lui apparaisse encore.
Peu à peu se dégage ainsi un courant idéologique influencé tout à la fois par le syndicalisme antiparlementaire notamment représenté par Hubert Lagardelle, le thème de la régénération par la violence de Georges Sorel, le nationalisme de Charles Maurras et celui de Gabriele D'Annunzio.

1.3. MUSSOLINI, L'ENTRÉE EN JEU D'UN OBSCUR MILITANT
Au printemps de 1914, l'ex-instituteur Benito Mussolini acquiert une première célébrité durant la « semaine rouge » qui bouleverse la vie des provinces limitrophes de l'Adriatique. Il dirige alors le principal quotidien socialiste, Avanti !, qui paraît à Milan ; lorsque la guerre éclate, il y exprime le refus radical des socialistes italiens de participer à la guerre dans laquelle s'engagent les grandes puissances.
Soudain, en octobre 1914, après avoir noué des contacts dans les milieux qui sympathisaient avec la cause alliée, Mussolini abandonne la direction d'Avanti ! ainsi que le parti socialiste pour fonder en novembre un quotidien rival, Il Popolo d'Italia, qui va soutenir une politique diamétralement opposée à celle de ses anciens amis. Il prône la nécessité, pour la grandeur de l'Italie et le triomphe d'une révolution constructive, de rompre l'alliance avec les Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie) et de participer à la guerre aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne, ce qui va finalement se produire en mars 1915 (→ Première Guerre mondiale).

1.4. LA « VICTOIRE MUTILÉE » ISSUE DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
En 1918, l'Italie sort victorieuse mais déçue dans ses espoirs d'expansion et profondément troublée à l'intérieur.
Le succès de la révolution russe de 1917 y a fortifié les positions du parti socialiste, demeuré foncièrement hostile à la participation de l'Italie à un règlement de comptes international, qui, en somme, ne la concernait pas directement. La classe ouvrière le fait durement sentir aux officiers, insultés, et parfois brutalisés dans les rues, tandis que les syndicats, les maisons du peuple et les coopératives socialistes prennent un essor considérable.
Ces violences et ces succès de l'idéologie révolutionnaire ne tardent pas à susciter l'inquiétude des milieux bourgeois, surtout des propriétaires fonciers de la vallée du Pô, auxquels les grèves endémiques des travailleurs agricoles causent des pertes croissantes.

1.5. LES FAISCEAUX DE COMBAT
Dès le 23 mars 1919, à l'appel de Mussolini, une organisation groupant, sous le nom de Faisceaux de combat (dont l’uniforme est la Chemise noire), les éléments qui ont favorisé l'intervention italienne dans la guerre, auxquels se sont joints nombre d'officiers et de soldats démobilisés, se constitue place San Sepolcro, à Milan, et esquisse un programme d'action politique et sociale.
Ce programme dit de San Sepolcro, sans grande portée, mêle des revendications traditionnelles – telles que la journée de huit heures, le salaire minimum garanti ou la représentation proportionnelle aux élections – à des résurgences anticléricales et antimilitaristes d'un autre âge.

2. LA MONTÉE DU FASCISME EN ITALIE

2.1. DES DÉBUTS MODESTES (1919-1920)
Le mouvement fasciste est né, mais il n'a pas encore trouvé sa voie. Mussolini s'en rend compte lorsque, en novembre, ayant rompu avec une coalition électorale disparate et tenté sa chance seul à Milan, il n'obtient que 5 000 voix sur 270 000 votants, alors qu'il en escomptait 80 000. Ses amis socialistes d'autrefois remportent au contraire un éclatant succès (170 000 voix), mais l'heure de la revanche ne tardera pas.
Quand, en septembre 1920, les grèves s'étendent des services publics aux industries métallurgiques et à l'occupation des usines de Milan et de Turin – avec mort d'hommes – s'amorce en effet un choc en retour ; il ne cessera plus de s'amplifier et donnera au fascisme sa physionomie définitive de mouvement d'extrême droite.
Dans la typologie des fascismes établie par l'historien Pierre Milza (les Fascismes, 1985), cette agitation plébéienne et contestataire correspond au « premier fascisme ».

2.2. L'ESSOR DU FASCISME (1920-1922)
LA VIOLENCE COMME MOYEN D'AFFIRMATION

Les fils de propriétaires terriens, de membres des professions libérales, voire de commerçants et d'artisans s'organisent en escouades (squadre) de Chemises noires pour exercer des « expéditions punitives » ; l'argent leur est prodigué par les possédants, et l'armée leur accorde un soutien moral et souvent même des moyens de transport. Ils tombent à l'improviste dans un village, un bourg, une petite ville, mettent à sac ou incendient les lieux de réunion et les coopératives socialistes, en chassent et parfois tuent les occupants, puis regagnent les grands centres sans être poursuivis.
La terreur est telle dans la basse vallée du Pô que les paysans, épouvantés, désertent en grand nombre les ligues socialistes et s'inscrivent dans des orgnisations rivales que les fascistes font surgir pour regrouper, selon de nouvelles directives de type « paternaliste », ceux qui veulent bien les accepter.

L'ENTRÉE DES FASCISTES AU PARLEMENT (MAI-JUIN 1921)
Mal soutenu par l'opinion publique, le gouvernement réagit mollement. Le vieux libéral Giovanni Giolitti, redevenu chef du gouvernement en juin 1920, espère neutraliser les jeunes forces fascistes dans les combinaisons parlementaires traditionnelles ; pour cela, il favorise leur insertion dans la majorité qu'il escompte obtenir, après dissolution de la Chambre « ingouvernable » de 1919, à la faveur de nouvelles élections en mai 1921. Mais, cette fois, ses calculs s'avèrent illusoires.
Vingt-cinq profascistes et deux fascistes inscrits au « bloc national » sont élus grâce aux complaisances des autorités, et au premier rang, triomphalement, Mussolini à Bologne et à Milan avec 125 000 voix plus conservatrices qu'ouvrières. Dans le même temps de juillet 1920 à novembre 1921, le nombre des Faisceaux constitués à travers le pays passe de 108 à 2 300.
Si le chef du mouvement siège à l'extrême droite, son premier discours, le 21 juin 1921, attendu avec impatience, surprend par sa modération. En politique extérieure, Mussolini demeure attaché aux thèses nationalistes, et par conséquent hostile au traité de Rapallo conclu avec la Yougoslavie le 12 novembre 1920 par lequel l'Italie a renoncé à la Dalmatie pourtant revendiquée par les irrédentistes.
En revanche, il tend la main à la Confédération générale du travail, dans laquelle il feint de discerner un réformisme constructif opposé aux maximalistes du groupe parlementaire socialiste et au jeune parti communiste constitué en janvier à Livourne.
Surtout, Mussolini se montre plein de déférence envers l'Église catholique. Au Vatican, nombre d'esprits s'ouvrent à l'espoir de mettre fin, avec un « homme sans préjugés » comme Mussolini, à l'insoluble « question romaine » d'une papauté tournant le dos à l'État italien.

LA PREMIÈRE CRISE DU FASCISME (JUIN-NOVEMBRE 1921)
Mussolini s'efforce alors de convaincre ses amis de l'utilité d'un apaisement à l'intérieur et formule des offres de collaboration entre « les trois forces agissantes à l'heure présente dans la vie du pays » (socialistes modérés, démocrates-chrétiens du parti populaire italien et fascistes).
Mais ses partisans voient bien que leur leader songe avant tout à son triomphe personnel. Or, que serait-il sans eux ? pensent beaucoup de jeunes bourgeois activistes. Ils se refusent, dès lors, à jouer le rôle d'« utilisés » dans le mouvement et le font durement comprendre à Mussolini, principalement Dino Grandi, avocat de Bologne, dans son journal L'Assalto et lors d'un congrès de dirigeants provinciaux tenu dans cette ville le 17 août. Mussolini y est mis en minorité et doit s'incliner, renonçant à l'idée du pacte de pacification avec socialistes et démocrates-chrétiens.

NAISSANCE DU PARTI NATIONAL FASCISTE (NOVEMBRE 1921)
L'année 1921 se termine par un congrès national du fascisme en novembre à Rome, qui voit la transformation des Faisceaux de combat en un parti national fasciste et consolide son alliance avec le grand capital – alliance soudée par la renonciation totale aux nationalisations envisagées dans le programme initial de 1919.
Cet accord avec les milieux d'affaires correspond au « deuxième fascisme » dans la typologie de Pierre Milza.
Enfin, Mussolini est triomphalement réélu à la tête de la commission exécutive des Faisceaux.

2.3. LA CONQUÊTE DU POUVOIR

L'IMPUISSANCE DU RÉGIME PARLEMENTAIRE

Dès lors, le ministère Bonomi, qui a succédé à Giolitti le 1er juillet, s'efforce de résister au désordre, mais il se heurte à une recrudescence de la violence fasciste, qui brave ouvertement les autorités préfectorales ou municipales. Un projet de dissolution des escouades de combat est abandonné par le gouvernement, qui n'aurait pu le réaliser qu'au prix d'une guerre civile, le concours de l'armée régulière ne lui étant même pas assuré. Bonomi est finalement renversé par une coalition des socialistes, indignés de sa faiblesse, des fascistes, qui se jugent persécutés, et d'une partie des partisans de Giolitti, désireux de ramener leur chef au pouvoir.
Il s'ensuit une crise de deux mois (février-mars 1922), qui aboutit au pire résultat : un cabinet dirigé par un médiocre lieutenant de Giolitti, Luigi Facta, le recours au vieux leader ayant été écarté par le secrétaire général du parti populaire, don Luigi Sturzo, qui espérait placer l'un des siens à la présidence du Conseil.
Désormais, rien ne peut plus s'opposer à la vague fasciste, qui s'oppose à l'agitation sociale, de gauche, brisant par la force grèves et occupations d'usines.

MUSSOLINI PRÉSIDENT DU CONSEIL (OCTOBRE 1922)
Comme rien ne semble plus pouvoir fonctionner dans le pays sans l'aval du parti fasciste, pourquoi celui-ci reculerait-il devant la prise du pouvoir ?
Lorsque Luigi Facta se décide, trop tard, à une mesure de défense contre la prédominance fasciste en instituant à Rome l'état de siège, le roi refuse de signer le décret, et le ministère est contraint à la démission (28 octobre 1922). Ce sont les conseillers nationalistes du souverain eux-mêmes (Diaz, Federzoni) qui lui suggèrent de faire appel à Mussolini, dont les prétentions ont augmenté dans l'intervalle et qui refuse désormais de partager le pouvoir avec les vieux parlementaires.
Le 29 octobre, le roi invite Mussolini à venir le trouver de Milan pour y former le gouvernement.

LA MARCHE SUR ROME
Lancée de tous les coins d'Italie, la « marche sur Rome », que ses amis ont voulu organiser comme une démonstration de puissance, n'a plus vraiment de raison d'être. Elle se bornera dans l'après-midi du 29 octobre à une parade de quelques milliers de Chemises noires à travers les rues de la ville, en écho à celle, tout aussi spectaculaire qui avait eu lieu à Naples le 24 octobre, comme pour rendre tangible l'omniprésence du fascisme au nord et au sud de la péninsule. Le parti mussolinien compte alors plus de 400 000 membres (mais moins de 30 000 Chemises noires).

3. LA MARCHE À LA DICTATURE (1922-1926)

3.1. LES PREMIÈRES BASES DE LA DICTATURE (1922-1924)

LA FAUSSE NORMALISATION

La composition du gouvernement formé par Mussolini est le fruit d'un dosage destiné à lui rallier le maximum de suffrages. Sur treize ministres, le cabinet ne compte, en effet, que trois fascistes. À leurs côtés, on trouve quatre libéraux de diverses tendances, deux démocrates-chrétiens, un nationaliste, deux anciens chefs d'état-major de l'armée et de la marine, enfin un philosophe célèbre, Giovanni Gentile, lui-même théoricien du fascisme, au ministère de l'Instruction publique.
Mussolini est vu par les conservateurs comme l'homme du retour à l'ordre dans le pays. Au cours de cette première période, caractérisée par une reprise économique orchestrée dans un cadre libéral par le ministre des Finances De Stefani, les conservateurs obtiennent même, avec l'appui bienveillant de l'armée et de la monarchie, la mise au pas du mouvement fasciste.
Mussolini procède à la dissolution des squadre, connus pour leur violence envers les opposants, et à leur intégration dans la Milice volontaire de la sécurité nationale (MVSN) en janvier 1923. Le mouvement fasciste perd ainsi une grande partie de son autonomie.

L'INCOMPLÈTE MISE AU PAS DES OPPOSITIONS
En prenant contact avec la Chambre, celui qui n'est pas encore le Duce (le chef, le Guide) y tient pourtant un langage de dictateur, propre à effrayer plutôt qu'à convaincre, mais habilement dosé, cependant, de manière à inspirer la confiance qui, d'ailleurs, lui sera très largement accordée.
Dès 1923, l'aile droite des démocrates-chrétiens se sépare de don Sturzo, intransigeant dans son opposition à Mussolini comme à Giolitti ; elle servira de caution lors de la signature des accords du Latran avec le Vatican en 1929. Les socialistes subissent le discrédit qui accompagne toute défaite.

Les libéraux acceptent une réforme électorale, la loi Acerbo (novembre 1923), qui décapite d'avance toute opposition en accordant les deux tiers des sièges d'une circonsription à la liste électorale y disposant d'au moins 25 % des voix. Les élections du 6 avril 1924 donnent lieu à sa première application. Mais si elles assurent, comme prévu, une large majorité aux fascistes et à leurs alliés, 3 millions de suffrages vont encore aux listes minoritaires contre 4,5 millions à la liste nationale. Tous les partis d'opposition conservent leurs représentants les plus en vue, et les communistes gagnent même 5 sièges, passant de 13 à 18 élus.

3.2. L'AFFAIRE MATTEOTI (MAI 1924-JANVIER 1925)

Dès la rentrée du Parlement, le 24 mai, le secrétaire du groupe socialiste, Giacomo Matteotti, démontre, dans un discours d'une extraordinaire vigueur, pourquoi cette victoire est en réalité une défaite pour le fascisme dont il souligne l'impopularité foncière dans le pays. Ce discours exaspère les fascistes, et, le 10 juin, Matteotti est enlevé en pleine rue par cinq miliciens, assassiné et enterré dans un coin désert de la campagne romaine, où son cadavre ne sera découvert que le 16 août. Ce meurtre, incontestablement fomenté par des hauts cadres du fascisme, remue profondément l'opinion publique et déconcerte Mussolini, qui niera toujours l'avoir ordonné et fera démissionner d'office les deux membres de son entourage qu'il juge les plus compromis dans l'affaire.

Le ministère de l'Intérieur passe au nationaliste Luigi Federzoni. Mais la campagne d'opinion se poursuit dans la presse d'opposition. Elle est animée notamment par le quotidien démocrate-chrétien Il Popolo, dirigé par Giuseppe Donati, par le plus important organe de portée internationale, Il Corriere della Sera, dont le propriétaire, Luigi Albertini, mène au Sénat, avec le comte Sforza, la lutte contre le gouvernement, et enfin par le journal démocrate Il Mondo, de l'ancien ministre Giovanni Amendola.
À la fin de 1924, la situation de Mussolini paraît intenable, et on attend du roi qu'il réclame sa démission. Des personnalités monarchistes ont communiqué au souverain l'accablant mémoire de Cesare Rossi, l'un des deux hommes choisis comme boucs émissaires au début de l'affaire : la crainte de désordres plus grands encore retient Victor-Emmanuel III d'intervenir. Mussolini joue alors sa dernière carte et l'emporte.

3.3. LA MISE EN PLACE DE LA DICTATURE DE MUSSOLINI (1925-1926)

Cette carte est le discours qu'il prononce le 3 janvier 1925 devant la Chambre et au cours duquel il revendique cyniquement la responsabilité morale de l'assassinat de Matteotti et annonce le début du régime dictatorial sans limitation d'aucune sorte. Jusqu'alors, la liberté de la presse était quasi totale ; l'opposition de gauche avait pu se « retirer sur l'Aventin » – et déserter la salle des séances pour bien marquer qu'elle ne voulait même pas cautionner le fascisme par sa présence. Tout bascule le 3 janvier.
Les partis autres que le fasciste et le libéral collaborationniste sont dissous. La presse est muselée et les feuilles d'opposition ouverte disparaissent. Luigi Sturzo, Sforza, Nitti, Ignazio Silone, Giovanni Amendola, Donati et tous les leaders socialistes sont contraints à l'exil ; le « Lénine italien », Antonio Gramsci, est emprisonné à vie ; même la timide réaction des cercles d'action catholique est brisée. Les ministres, interchangeables à la guise du président du Conseil, sont tous désormais des fascistes de stricte obédience. Aux fonctionnaires et aux journalistes est imposé un serment de fidélité, faute duquel ils doivent quitter leur emploi.
Dans la typologie établie par Pierre Milza, cette instauration de l'ordre correspond au « troisième fascisme ».

4. L'ÉTAT FASCISTE (1926-1945)

4.1. LES SUCCÈS INTÉRIEURS DU RÉGIME
LE CULTE DU CHEF

La période qui s’étend de 1929 à 1936 est celle du consentement apporté au régime par la population. Mussolini élargit sa légitimité et parvient à dégager son autonomie aux dépens de l'ancienne classe dirigeante (notamment avec la bataille pour la réévaluation de la lire en 1926-1927) comme du mouvement fasciste.
Cette légitimité nouvelle est due au renforcement du charisme du Duce, qui entend mobiliser les masses au moyen de cultes et de mythes afin de promouvoir une nouvelle religion laïque d'essence nationale. Dans cette symbolique politique, le Duce est la pièce maîtresse ; son culte se développe à la fin des années 1920, en étroite liaison avec le mythe d'une Italie nouvelle en construction.
Dans ce domaine, les batailles engagées par le régime, comme la bonification de l'Agro Pontino (les marais Pontins), ou les campagnes contre la Grande Dépression de 1929 avec la fondation de l'Institut de la reconstruction industrielle (IRI) en 1933, signalent la volonté de mobiliser et d'intégrer les masses.

FORGER L'HOMME NOUVEAU
Mais le fascisme ne ne recherche pas le soutien populaire à tout prix. Son ambition est en fait de transformer l'homme et, par conséquent, de créer des générations fascistes. La crise de 1931 avec le Saint-Siège à propos de l'Action catholique, la prise de contrôle de l'école, de la vie intellectuelle et des syndicats, la transformation du parti national fasciste (PNF) en une machine totalitaire répondent à ce vaste plan.
Le scoutisme a été interdit et toute la jeunesse italienne est embrigadée, dès l'âge de 6 ans, dans des formations de type paramilitaire. On l'y élève dans le culte du Duce et de l'Italie, en exaltant les valeurs de l'héroïsme guerrier, de l'obéissance, de l'abnégation, de la camaraderie. La devise des jeunes fascistes est : « Croire, obéir, combattre. » De 6 à 8 ans, les jeunes garçons sont enrôlés dans les Enfants de la louve, de 8 à 14 ans dans les Balilla, de 14 à 18 ans dans les Avanguardisti, de 18 à 21 ans dans les Jeunesses italiennes, où ils sont formés à devenir de véritables soldats. Les Jeunesses italiennes sont l'espoir du régime fasciste, qui compte ainsi renouveler ses cadres et se maintenir éternellement au pouvoir. Dans les écoles, les élèves sont éduqués dans le sens voulu par le parti, lequel contrôle, en outre, les loisirs de toute la population à travers ses organisations de dopolavoro (« après le travail »). En raison de l'intensité de la mobilisation, le régime jouit d'une popularité indéniable, en particulier auprès des paysans et des ouvriers.

L'ILLUSION DES DÉMOCRATIES OCCIDENTALES
Indifférents à cette soudaine mutation, en saisissant mal la portée, les hommes d'État occidentaux, qui s'étaient effrayés, dans les années 1920-1922, du glissement apparent de l'Italie vers le désordre, se réjouissent en général de ce qu'ils considèrent comme la consolidation d'une conception saine de l'intérêt national.
Par les grands travaux publics entrepris et menés à bien, par des initiatives répondant aux principaux besoins des travailleurs, et surtout par l'instauration des Corporations de métiers, soumettant au contrôle de l'État aussi bien les patrons que les ouvriers et employés, l'Italie paraît à beaucoup, en Europe et en Amérique, avoir trouvé la formule du développement adéquat pour une nation moderne et avoir dominé les séquelles d'une unité tardive.
En fait, le fascisme est un régime essentiellement opportuniste, fondé sur l'obéissance absolue à un homme, le Duce, appuyé sur un parti unique, lequel est officiellement dirigé par le Grand Conseil fasciste. Sur le plan économique, cet opportunisme se traduit par l'autarcie (dangereuse dans un pays pauvre), qui permet quelques bonifications locales, mais ne profite aucunement aux travailleurs, l'inflation étant endémique.

LE DURCISSEMENT DU RÉGIME (1938-1939)

Sous l'effet du rapprochement avec l'Allemagne nazie, Mussolini décide, à la fin des années 1930, de renforcer l'assise totalitaire du régime. Les effectifs de la milice fasciste adulte des Chemises noires atteignent 800 000 hommes en 1938.
L'édifice constitutionnel est remodelé avec la création, en 1939, de la Chambre des faisceaux et des corporations, peuplée d'éléments sûrs et fidèles, qui remplace l'ancienne Chambre des députés.
Une véritable bataille idéologique est en outre engagée par l'appareil fasciste pour promouvoir l'« homme nouveau » et lutter contre les valeurs « décadentes » de la bourgeoisie. C'est l'objet de la fameuse « révolution culturelle » de 1938 – avec la substitution au lei (vouvoiement féminisé), du voi (vouvoiement pluriel), l'introduction du pas romain dans les défilés, la défense de la langue et de la « race » italiennes sanctionnée par une législation antisémite –, qui marque le durcissement du régime et sa volonté de forger un « homme nouveau ».

4.2. UNE POLITIQUE EXTÉRIEURE AVENTURISTE

LE TOURNANT DE LA GUERRE D'ÉTHIOPIE
Cependant, le développement d'un nationalisme exacerbé chez les principaux dirigeants fascistes et la presse aux ordres, la jalousie qu'éprouve Mussolini envers les succès extérieurs obtenus par Hitler dans le cadre d'un régime analogue au sien poussent le Duce à la conquête de l'Abyssinie (actuelle Éthiopie) : il s'agit d'offrir à l'Italie un domaine colonial comparable à ceux de la France et de l'Angleterre.
En 1935, Mussolinil croit avoir obtenu du président du Conseil français Pierre Laval un blanc-seing en Afrique orientale en échange de concessions minimes dans l'arrière-pays tunisien. Aussi déclenche-t-il la guerre d'Éthiopie que cinquante-deux États dénoncent pourtant à la Société des Nations (SDN) comme une agression caractérisée. Mais ces pays reculent devant la seule mesure de rétorsion qui aurait pu paralyser l'Italie : l'embargo sur le pétrole nécessaire à ses armées d'Afrique.
Sous le commandement du maréchal Badoglio, l'Italie triomphe donc en 1936 des forces du négus (empereur éthiopien) Hailé Sélassié, succès exploité hors de toute mesure par le régime italien et son chef (→ campagnes d'Éthiopie).

LE RAPPROCHEMENT AVEC L'ALLEMAGNE NAZIE (1936-1939)
Les fascistes préparent dès lors un renversement des alliances traditionnelles de l'Italie avec les États démocratiques en s'associant, dans la guerre civile d'Espagne, aux contingents hitlériens qui apportent une aide au général Franco (→ Axe Rome-Berlin).
En 1938, Mussolini joue à la conférence de Munich un rôle de « brillant second » auprès du Führer, auquel est sacrifiée une partie de la Tchécoslovaquie. Et, tandis que les puissances occidentales se préparent à une seconde guerre mondiale, qui apparaît inévitable devant le déchaînement des ambitions allemandes, le gouvernement fasciste lie son sort à celui du national-socialisme par le pacte d'acier (22 mai 1939).
Quelques semaines auparavant (7 avril), l'Italie a envahi et occupé l'Albanie pour répondre, par un coup d'audace similaire, à l'annexion intégrale de la Tchécoslovaquie accomplie par Hitler le mois précédent.

L'ENTRÉE DE L'ITALIE DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE (1939-1940)
Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, le Duce veut se joindre à l'Allemagne. Hitler et son ministre des Affaires étrangères Ribbentrop y comptent, tout en ayant laissé leur allié dans l'ignorance complète de leur projet d'offensive éclair contre la Pologne.
Le comte Galeazzo Ciano, gendre de Mussolini et ministre des Affaires étrangères, réussit, toutefois, à retenir son beau-père pendant près d'un an, après lui avoir démontré que l'Italie, dont les arsenaux ont été vidés par les deux expéditons d'Abyssinie et d'Espagne, est hors d'état de prendre part à un nouveau conflit, ce que confirment les chefs d'état-major.
Le Duce supporte d'abord cette « non-belligérance » forcée avec une impatience croissante, mais, après les premiers succès allemands sur le front occidental en mai 1940, il ne peut plus rester passif. Malgré les avis pessimistes de ses généraux, il déclare la guerre à la France, sans d'ailleurs pouvoir faire pénétrer ses troupes sur son territoire au-delà de Menton, ni en aucun point sur les Alpes. En outre, il se lance bientôt, en octobre 1940, encore une fois contre l'avis de la plupart des chefs de l'armée, dans une opération de prestige contre la Grèce, alliée de la Grande-Bretagne, qui tourne rapidement au désastre et oblige Hitler à intervenir directement dans les Balkans.

4.3. LA FIN DU RÉGIME FASCISTE ITALIEN
L'EFFONDREMENT MILITAIRE (1940-1943)

Dès ce moment, les plus lucides des dirigeants fascistes, et surtout Dino Grandi, revenu de son ambassade de Londres et devenu président de la Chambre des Faisceaux et Corporations, pressentent l'éventualité de la défaite, d'autant plus qu'en Libye, colonie italienne, aucun avantage décisif n'est obtenu face aux Anglais et que Mussolini perd la majeure partie des bâtiments qu'il y envoie pour ravitailler ses effectifs et ceux du Reich (→ campagne de Libye).

L'intervention américaine et les échecs allemands dans la campagne de Russie achèvent de déprimer l'opinion publique de la péninsule. L'hypothèse d'une paix séparée avec les Alliés progresse très rapidement après le débarquement allié en Afrique du Nord (8 novembre 1942) et surtout en Sicile (→ débarquement de Sicile, juillet 1943), île que les troupes allemandes défendent pratiquement seules.
En mars 1943, le Duce lui-même aurait envisagé de rompre avec l'Allemagne, mais celle-ci a en Italie des forces plus nombreuses et plus sûres que celles de son alliée, et l'idée se révèle irréalisable.

LA CHUTE DE MUSSOLINI (JUILLET 1943)
Une entente se noue alors entre la plupart des membres du Grand Conseil fasciste – organisme suprême du régime que Mussolini n'a plus réuni depuis le début des hostilités – pour que ce dernier se démette, entre les mains du roi, des pouvoirs militaires considérables qu'il a accaparés en violation flagrante de la Constitution italienne.

La nuit du 24 juillet 1943, presque tous les dignitaires fascistes se prononcent à la fois contre la conduite des opérations et contre la prolongation de la dictature. Mussolini croit encore pouvoir l'emporter le lendemain, lorsqu'il va rendre compte au roi de la réunion. Mais Victor-Emmanuel a tout prévu de son côté pour le remplacer par un gouvernement militaire présidé par le maréchal Badoglio ; il demande à Mussolini sa démission et le fait arrêter par ordre du nouveau Premier ministre.
Privé de son chef, le fascisme authentique s'écroule dans des manifestations de joie populaire, contenue cependant par la présence des troupes allemandes qui a contraint le roi à chercher lui-même un asile sûr, dans la nuit du 25 au 26, avec son nouveau gouvernement, dans la région des Pouilles, déjà occupée par les Alliés.

LA RÉPUBLIQUE SOCIALE DE SALO
Le 12 septembre 1943, Hitler réussit à faire libérer Mussolini par un groupe de parachutistes allemands, puis à le faire ramener auprès de lui en Allemagne. Il le renvoit presque aussitôt dans la partie de l'Italie septentrionale encore occupée par l'armée allemande, afin d'y reconstituer un succédané du régime fasciste et un cabinet fantoche.
Ce sera la « République sociale » de Salo, avec laquelle le Duce essaiera vainement de redonner, sous le contrôle allemand, un lustre d'emprunt à un régime discrédité, servi encore par quelques hommes intègres, mais surtout par des profiteurs serviles et sanguinaires, – en 1945, il tomberont presque tous, comme Mussolini lui-même, sous les salves de la Résistance intérieure.

5. LES RÉGIMES FASCISTES
Le terme de fascisme désigne à l'origine spécifiquement la dictature établie en 1922 par Mussolini en Italie, mais, l'exemple italien ayant donné lieu à de nombreuses imitations, il qualifie aujourd'hui un certain type de régime politique.

5.1. LES FONDEMENTS : UNE DOCTRINE IRRATIONNELLE

L'idéologie fasciste exalte la réconciliation des hommes par le travail et concentre dans les mains d'un chef la toute-puissance de l'État. Étendu à d'autres régimes qu'à celui de Mussolini, le terme « fasciste » s'applique à un système politique qui se caractérise par un refus simultané et catégorique du socialisme et de l'égalitarisme démocratique.
Les sources historiques du fascisme renvoient à une critique des fondements démocratiques. La Révolution française est considérée par lui comme la rupture d'un ordre social naturel et le début de la décadence spirituelle d'une société morcelée. Les Droits de l'Homme symbolisent les tendances centrifuges qui affaiblissent la civilisation occidentale. Le rationalisme, qui prétend fonder l'égalité des hommes sur l'universalité d'un principe supérieur, est rejeté pêle-mêle avec l'humanisme, le christianisme et les mythologies du progrès.

Le fascisme est d'abord une organisation de l'État qui vise à la réalisation pratique d'une idée essentielle. Il est en quelque sorte l'aboutissement monstrueux d'un idéalisme forcené : niant l'évidence des conflits ou des contradictions entre les intérêts des diverses classes et des groupes sociaux, il cherche à les réconcilier dans l'accomplissement du destin d'une communauté qui n'existe que dans l'esprit de ses dirigeants.
C'est ainsi que Mussolini, ne pouvant suffisamment invoquer l'histoire de la nation italienne, de création récente, trouve ses symboles et son imagerie dans la Rome antique, tandis que Hitler va puiser encore plus loin son idée-force : le pseudo-concept nazi de « race » est si confus et l'histoire des Aryens si mal connue que l'on peut affirmer n'importe quoi à leur sujet, y compris la suprématie de ceux-ci et leur incarnation germanique.
D'autres « valeurs » orientant l'action peuvent aussi être proposées, qui, toutes, donnent au pays concerné une image idéale de lui-même et aux citoyens des âmes de héros. On peut noter, du reste, que l'appareil religieux, parfois à son corps défendant, est souvent utilisé par le fascisme. L'historien Emilioi Gentile a pu ainsi parler de la « sacralisation de la politique » opérée par le fascisme (Qu'est-ce que le fascisme ?, 2004)

5.2. L'ENJEU : UN SYSTÈME TOTALITAIRE
Les traits principaux de l'organisation fasciste sont la politisation totale de la cité, le monolithisme et l'autoritarisme du pouvoir, la structure pyramidale de la société, l'élitisme mystique.
La politisation totale implique que tous les gestes des citoyens aient un sens que seuls les gouvernants sont aptes à saisir.
La distinction entre vie privée et vie publique est abolie, tandis que les idées dominantes doivent être imposées à tous, le cas échéant par la violence.

Tous les aspects de la vie politique, économique et sociale sont rigoureusement réglementés sous l'autorité d'un État centralisé et hiérarchiquement organisé, qui possède le monopole des moyens d'expression et qui organise régulièrement des cérémonies de masse pour exalter le sentiment national (revues, parades). Aussi la liberté de l'individu est-elle étroitement contrôlée au nom de la collectivité, notamment par l'encadrement des travailleurs avec la suppression des syndicats, par l'exaltation d'un modèle familial patriarcal autoritaire et par l'intervention d'un contrôle policier à tous les niveaux de la vie professionnelle et privée.
Les membres du parti, puis, éventuellement, tous les citoyens sont rangés par ordre hiérarchique ; le supérieur détenant toujours la bonne interprétation par rapport à l'inférieur, il s'ensuit que la clé est détenue par le chef suprême.

Enfin, le fanatisme mystique fait des chefs non seulement les représentants et les exécutants du pouvoir, mais aussi les détenteurs de la vérité absolue. Le culte de l'ordre apparaît ainsi comme ayant des résonances plus religieuses que politiques : nombre de gouvernements, autoritaires ou non, accordent un grand prix à l'ordre public, mais le fascisme en a une obsession quasi mystique.
La sacralisation totalitaire de l'État a revêtu des significations différentes dans l'Allemagne nazie de Hitler, où le racisme pro-aryen et l'antisémitisme prennent une place considérable et première, et dans l'Italie de Mussolini, si bien que les historiens tendent à distinguer le national-socialisme du fascisme.

5.3. LA MÉTHODE : UNE MANIPULATION DES ASPIRATIONS SOCIALES
Les causes essentielles du succès momentané de ces régimes totalitaires font encore débat entre spécialistes. Il est certain que la crise économique et le désordre politique sont « nécessaires » pour qu'un mouvement fasciste réussisse à s'emparer du pouvoir, mais cela ne résout pas le problème du soutien populaire qui lui permet de s'y installer et d'y rester.
En effet, à la différence de nombreuses dictatures qui s'établissent à la faveur d'un coup d'État – ou à l'issue d'une guerre civile comme Franco en Espagne –, le fascisme s'appuie sur un parti de masse qu'il utilse pour parvenir au pouvoir ; sa tactique est de provoquer le désordre pour invoquer l'ordre et susciter ainsi l'adhésion de la petite classe moyenne, la plus menacée de prolétarisation en cas de crise.
De plus, ses slogans anticapitalistes et socialistes touchent facilement certains groupes plus défavorisés, tandis que les patrons de l'industrie ne voient pas toujours d'un mauvais œil l'instauration d'un certain ordre dans leurs usines.

Ces soutiens très diversifiés permettent au parti fasciste de s'emparer des leviers de commande à la faveur d'une élection générale. C'est seulement après que le parti modifie la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Ce processus ne fut pleinement réalisé qu'en Italie et en Allemagne. Dans ce dernier pays, le puissant parti communiste crut même longtemps que le nazisme était un feu de paille aveuglant provisoirement les masses ; il négligea le fait que, au début, des mesures réellement socialistes furent prises et que des sociaux-démocrates et des communistes sincères s'y laissèrent abuser.

Il reste que le régime fasciste, qui s'appuie toujours sur les classes moyennes et la petite-bourgeoisie, se veut d'abord « révolutionnaire », favorable même à d'autres couches sociales victimes de l'exploitation, puis se renforce par l'appareil politico-militaire (armée, parti unique) et subsiste enfin grâce à l'appui des classes possédantes. On remarque ainsi que les fascismes ne touchent jamais profondément aux structures économiques ni aux structures familiales, et diffèrent essentiellement en cela d'autres régimes totalitaires, comme le régime soviétique (→ stalinisme).
Pour en savoir plus, voir l'article totalitarisme.

 

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