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Mali

Nom officiel : République du Mali


État d'Afrique occidentale, le Mali est bordé au nord et au nord-est par l'Algérie, à l'est par le Niger, au sud-est par le Burkina, au sud par la Côte d'Ivoire, au sud-ouest par la Guinée et le Sénégal et à l'ouest par la Mauritanie.




*         Superficie : 1 240 000 km2
*         Nombre d'habitants : 15 302 000 (estimation pour 2013)
*         Nom des habitants : Maliens
*         Capitale : Bamako
*         Langue : français
*         Monnaie : franc C.F.A.
*         Chef de l'État : Ibrahim Boubacar Keïta
*         Chef du gouvernement : Abdoulaye Idrissa Maïga
*         Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
*         Constitution :
    *         Adoption : 12 janvier 1992
    *         Entrée en vigueur : 25 février 1992
Pour en savoir plus : institutions du Mali

GÉOGRAPHIE
Ce vaste pays (plus du double de la superficie de la France), enclavé, est situé pour la majeure partie dans la zone sahélienne et même saharienne.
Le Nord et le Centre appartiennent au Sahara et à sa bordure ; c'est le domaine de l'élevage nomade (bovins et surtout ovins et caprins), fondement de l'économie d'un pays très pauvre, qui souffre de l'absence de débouché maritime et de ressources minérales notables. Le Sud, plus humide et mis partiellement en valeur par les travaux réalisés dans les vallées du Sénégal et du Niger (Macina), fournit du mil et du sorgho, du riz, du coton, de l'arachide. Le tourisme (Tombouctou, Pays dogon) a été ruiné par le terrorisme islamique et aujourd'hui par l'état de guerre. La population, en quasi-totalité islamisée, est formée, au N., de Sahéliens, blancs, nomades (Maures, Touareg), et, au S., de Noirs (Bambara surtout).

1. Le milieu naturel

1.1. Le relief

Adossé au sud de la Dorsale guinéenne par l'intermédiaire de la retombée septentrionale du Fouta-Djalon, le Mali est centré autour de la cuvette du Niger moyen occidental et pénètre jusqu'au Sahara. C'est un pays plat relevé sur ses bords. Le territoire s'inscrit dans deux vastes triangles juxtaposés, traversés par le cours supérieur du Sénégal environ un tiers de ses 1 700 km) et par le cours moyen du Niger (1 700 km sur 4 200).

La plus grande partie du pays constitue la cuvette du Niger, un vaste ensemble de bassins et de plaines recouverts de dépôts sédimentaires continentaux, pour l'essentiel tertiaires et quaternaires. Au centre sud, le bassin du Macina est occupé par le « delta intérieur » du fleuve Niger.
Au sud, le long de la zone frontalière, des massifs anciens sont disséqués en blocs creusés de gorges profondes et parfois couronnés d'inselbergs. Plus au nord, de part et d'autre du Niger, les plateaux Mandingues à l'ouest et le plateau de Bandiagara à l'est, formés de roches sédimentaires gréseuses anciennes, s'élèvent de 200 à 500 m au-dessus de la plaine du socle par l'intermédiaire de « falaises » verticales. Ces falaises sont des cuestas tournées vers l'extérieur, au relief vigoureux, mais à l'altitude modeste :
– plateaux et falaises de Sikasso et de Bandiagara au sud-est (700 à 800 m en moyenne) ;
– Adrar des Iforas dans le nord saharien ;
– plateaux ou monts mandingues au sud-ouest, avec des falaises et plateaux de grès (700 à 800 m).
Le socle précambrien se dégage en contrebas (bassins de la haute Falémé et du Baoulé), près de la frontière sénégalo-guinéenne. Le plateau de Bandiagara se prolonge vers l'est par les monts du Gourma.

1.2. Le climat
Le climat, tropical, varie du sud vers le nord.


Au sud du 14e parallèle, il est soudanien et soudano-sahélien, avec alternance d'une saison sèche (six à huit mois de l'année, d'octobre-novembre à mai-juin) d'abord fraîche, puis chaude, et d'une saison humide, domaine de la savane. Les précipitations passent de 1 200 à 600 mm. A Bamako, le total annuel des précipitations est de 1 100 mm, qui tombent surtout de juin à septembre, pour une température moyenne annuelle de 28 °C.
Plus au nord, la durée de la saison sèche augmente et les précipitations diminuent encore. Cette zone sahélienne steppique est comprise entre les isohyètes de 100 et de 400 mm (250 000 km2).
Il peut même ne plus pleuvoir tous les ans : de sahélien le climat devient aride dans le Sahara (300 000 km2). L'harmattan, qui souffle vers l'océan durant la saison sèche, accentue l'aridité. A Tombouctou, le total annuel des précipitations est de 225 mm, qui tombent surtout de juin à septembre, pour une température moyenne annuelle de 29 °C. Le Niger introduit cependant un microclimat le long de sa vallée : les écarts thermiques entre le jour et la nuit faiblissent et l'humidité relative est plus forte.

1.3. Les cours d'eau

Le réseau hydrographique regroupe le haut cours du Sénégal et le cours moyen du Niger. Le Sénégal coule à l'ouest du pays, le Niger le traverse du sud-ouest vers le nord-est. Le tracé en boucle du Niger, entamant profondément vers le nord la zone sahélienne et touchant la zone désertique, y apporte localement l'eau et la vie. Le Niger présente de fortes pentes et est coupé de rapides jusqu'à Koulikoro. A partir de Ségou, sa pente devient très faible et, avec son affluent, le Bani, il constitue un vaste delta intérieur. Après le coude de Gao, le Niger quitte la cuvette du moyen Niger occidental pour entrer dans la cuvette du moyen Niger oriental, et sa pente s'accentue de nouveau (rapides d'Ansongo). Son régime reflète assez fidèlement le rythme des précipitations avec des débits faibles à nuls en saison sèche et de hautes eaux en hivernage. Cependant on note un déplacement de la crue dans le temps de l'amont vers l'aval, en raison de la longueur de la distance à parcourir et de la diminution de la pente du lit mineur, notamment dans le delta intérieur, ce qui freine la vitesse des eaux (hautes eaux en août-septembre en amont de Bamako, en janvier seulement à Kahara, port de Tombouctou). Deux biefs sont navigables aux hautes eaux : Bamako-Kouroussa (374 km, juillet-septembre) et Koulikoro-Ansongo (1 300 km, juillet-janvier).

1.4. Les sols
Les meilleurs sols sont dans la vallée du Niger. Ailleurs, ils sont acides et souvent cuirassés.

1.5. La végétation
Dans le Sud, le paysage végétal est celui de la forêt claire ou des forêts-galeries, exploitées pour le bois de construction et les plantes à vertu médicinale. Plus au nord se trouve la savane avec tapis de graminées sous un étage arboré de karités, de nérés et de balanzans. En milieu soudano-sahélien, la savane se peuple d'épineux et passe progressivement à une steppe buissonnante à mimosées ou herbeuse. L'ensemble est bien fourni en baobabs, palmiers-doum et en graminées piquantes, tel le cram-cram. En milieu désertique, toute végétation disparaît et cède la place aux dunes de sable. L'usage domestique du bois et la crise climatique aggravent le processus de désertification. Par contre, les cuvettes profondes du Niger sont envahies par les hautes herbes du « bourgou ».

2. La population et l'économie

2.1. Le peuplement
La population, en quasi-totalité islamisée, est formée, au Nord, de Sahéliens, blancs, nomades (Maures, Touareg) et, au Sud, de Noirs (Bambaras surtout).
Les Bambaras sont les plus nombreux (36 % de la population globale), devant les Peuls (13 %), les Sénoufos (9 %), les Soninkés (8 %), les Dogons (8 %), les Songhaïs (7 %), les Malinkés (6 %), les Dioulas (2 %), les Bwabas (2 %), les Touareg (1 %), les Maures ou Berbères (1 %). Ces découpages ethniques se retrouvent par ailleurs, dans une certaine mesure, dans la répartition socioprofessionnelle : les Bambaras, les Dogons et les Sénoufos sont pour la plupart paysans ; les Bozos, pêcheurs ; les Markas et les Malinkés, traditionnellement commerçants, constituent l'essentiel de la population urbaine ; les Touareg, les Peuls (Foulanis) et les Maures, nomades, sont en majorité éleveurs.

Le caractère désertique ou semi-désertique d'une partie du territoire explique la faiblesse du peuplement (la densité moyenne est inférieure à 15 habitants par km2) et la très inégale répartition de la population. Le rapport entre le Nord, domaine des Touareg nomades (régions de Tombouctou et de Gao), et le Centre-Sud (Ségou, Bamako, Sikasso), voué à l'agriculture sédentaire, est de l'ordre de 1 à 20, mais la densité n'atteint jamais des valeurs très élevées. Le Mali fait preuve, depuis de nombreuses années, d'un fort dynamisme démographique, avec l'un des taux de natalité les plus élevés d'Afrique et un nombre d'enfants par femme très élevé, supérieur à 6. Corrélativement, la population est très jeune (près de la moitié de la population a moins de 15 ans), le taux de mortalité infantile est élevé et l'espérance de vie est faible.
Parallèlement, l'urbanisation s'est accélérée depuis une trentaine d'années. Bamako a vu sa population multipliée par cinq entre 1960 et 1990, et le pays compte plusieurs centres secondaires, comme Mopti, Ségou, Gao, Sikasso, Kayes. Terre très accessible, le Mali a accueilli au cours des siècles des groupes humains venus de tout l'Ouest africain. Inversement, ses habitants font souvent preuve d'une grande mobilité, émigrant facilement au gré des opportunités de travail, mais généralement de façon temporaire. Le Mali est un foyer d'émigration vers la Côte-d'Ivoire, le Sénégal, l'Afrique centrale et la France.
La langue mandingue des commerçants dioulas est très largement parlée – ou au moins comprise – sur la quasi-totalité du territoire. Ces brassages de population ont également favorisé la pénétration de l'islam, aujourd'hui très fortement majoritaire (90 % des Maliens sont musulmans).

2.2. Les langues
La langue officielle est le français. Le bambara est, dans plusieurs régions, la langue véhiculaire.
Trois principales familles de langues africaines sont représentées au Mali :
1) la sous-famille des langues nigéro-congolaises, groupe mandé (bambara, soninké [ou sarakolé], dioula, malinké, xassonké, bobo-fing) ; groupe gur (bobo-oulé, sénoufo, dogon) ; groupe ouest-atlantique (peul) ;
2) la famille nilo-saharienne, sous-famille songhaï-zarma ;
3) la famille afro-asiatique, sous-famille berbère (tamacheq, la langue des Touareg) ; sous-famille sémitique (arabe hassaniya).

2.3. L'agriculture

Pays enclavé, dénué de ressources minérales facilement exploitables, le Mali fonde son économie sur l'agriculture. Il a longtemps été considéré comme le grenier de l'Afrique de l'Ouest, mais la croissance démographique et la sécheresse ont très fortement réduit ses capacités exportatrices.
Le Nord et le centre appartiennent au Sahara et à sa bordure. C'est le domaine de l'élevage nomade (bovins et surtout ovins et caprins), fondement de l'économie d'un pays très pauvre.
Le développement de cultures nouvelles (riz, arachide), à côté des traditionnels mils et sorghos, remonte à la période coloniale. L'Office du Niger, créé au début des années 1930, fut la première opération de développement d'envergure réalisée en Afrique francophone (riz irrigué, auquel s'est ajoutée la canne à sucre). Malgré bien des vicissitudes, il est toujours en activité. L'intervention publique a aussi porté sur l'arachide et, avec beaucoup plus de succès, sur le coton : le Mali est, en effet, devenu le second producteur africain après l'Égypte. Avec l'urbanisation et la mise en service d'avions-cargos sont apparues des cultures maraîchères et fruitières, mais l'exportation de ces productions doit faire face à une âpre concurrence. Les techniques agricoles ont profondément évolué, ce dont témoignent le rapide essor de la culture attelée et l'emploi croissant d'engrais et de pesticides (qui varie, cependant, avec le revenu des paysans). Malgré les aléas climatiques, le cheptel (bovins et surtout ovins et caprins), grande richesse des populations pastorales berbères du Nord (Touareg et Maures), est aujourd'hui reconstitué.
Les trois grands barrages qui ont été édifiés ont donné lieu à de vastes aménagements : Manantali sur le Sénégal, Sélingué et Markala sur le Niger. Le barrage de Markala, qui date de 1934 et draine le canal du Sahel, avait été conçu pour développer la culture du coton, produit dépendant à l'origine des achats du Royaume-Uni. La zone aménagée est peuplée de colons. Le barrage de Manantali, construit pendant les années 1980, intéresse directement les trois pays (Mali, Sénégal, Mauritanie) qui sont regroupés au sein de l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS).

2.4. L'industrie
Durant la période socialiste, c'est-à-dire jusqu'à la fin des années 1960, le Mali s'est efforcé de développer son industrie avec l'aide des pays de l'Est et de la Chine. Les entreprises publiques ainsi créées n'étaient guère viables, du fait de nombreuses erreurs de conception et de leur mauvaise gestion administrative. Aujourd'hui, le secteur secondaire se consacre à la transformation des productions locales (rizeries, huileries, tanneries, égrenage du coton) et à la fabrication de biens de consommation courante (boissons, chaussures, cigarettes). Sa part dans le produit intérieur brut reste faible. Les activités « informelles » sont en revanche omniprésentes et fournissent de nombreux emplois, y compris en milieu rural.
Le pays connaît une croissance continue depuis le début des années 2000, tirée par l'expansion des services (télécommunications) et par la production d'or (troisième producteur africain).

2.5. Les transports

Le pays souffre de l'absence de découchés maritimes. Les communications avec l'extérieur constituent un enjeu vital pour le Mali. Elles se sont beaucoup améliorées et diversifiées. Le chemin de fer Dakar-Bamako a perdu son quasi-monopole avec la concurrence de la route et, en particulier, de l'axe Bamako-Abidjan. Le « bitume » relie aussi la capitale malienne au Nigeria, via le Burkina et le Niger. D'importants investissements chinois sont réalisés. Les échanges transfrontaliers, qui échappent en grande partie aux statistiques, sont considérables. Ils s'appuient sur des réseaux commerciaux complexes et efficaces, capables de réagir très rapidement aux événements (variations du change, par exemple).

2.6. Les ressources minérales
Le pays souffre de l'absence de ressources minérales notables. Des gisements d'or sont exploités dans l'ouest et dans le sud-ouest. Le Mali est le troisième producteur d'or d'Afrique, derrière l'Afrique du Sud et le Gabon. L'or représente 15 % du produit intérieur brut et constitue la principale exportation depuis 2011.

2.7. Le tourisme
Le tourisme (Tombouctou, Pays dogon) est mis à mal par la progression du terrorisme islamiste.

Les sites du Mali inscrits à l'Unesco
Le Mali compte quatre sites classés au patrimoine mondial de l'Unesco :
–  Tombouctou ;
–  villes anciennes de Djenné ;
–  falaises de Bandiagara (Pays dogon) ;
–  tombeau des Askia.

2.8. Un pays dépendant
Le secteur industriel – traditionnellement peu développé – devrait se doter à court terme d'unités de transformation et de valorisation du coton. Peu urbanisé et connaissant un accroissement démographique annuel élevé, une balance commerciale toujours déficitaire et un fort endettement extérieur, le pays dépend très largement de l'aide internationale et de l'argent envoyé par ses ressortissants à l'étranger.

 

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Consulter aussi dans le dictionnaire : bouddhisme
Religion et philosophie se réclamant de l'enseignement du Bouddha qui, bien que fidèle pour l'essentiel à la pensée du fondateur, s'est diversifiée dans l'espace asiatique au cours des temps.


Le bouddha shakyamuni
La vie

L'historicité du bouddha Shakyamuni, le Bouddha par excellence, n'est plus contestée ; les sources essentielles de sa biographie se trouvent dans les textes émanant des premières écoles du hinayana.
Le Bouddha naît au vie s. avant J.-C. à Kapilavastu, à 240 km au nord de Bénarès ; il est le fils de Shuddhodana, un roi de la lignée des Gautama et du clan des Shakya – d'où le nom de Shakyamuni, le moine des Shakya, souvent donné au Bouddha –, et de la reine Maya, morte sept jours après sa naissance.
Très vite, il a la révélation de la souffrance, quitte son foyer et mène une vie d'ascète errant ; il devient dès lors un bouddha, c'est-à-dire un « illuminé », l'homme qui renonce au monde pour chercher la voie de la délivrance et pour se libérer de l'emprise de la douleur.
Il s'entraîne d'abord aux pratiques enseignées par les brahmanes : mais leurs austérités effrayantes ne provoquent pas la lumière à laquelle il aspire. C'est, semble-t-il, à Gaya (Bodh-Gaya) que, au cours d'une longue période de recueillement, il achève son itinéraire spirituel : c'est le « suprême et complet éveil », l'« illumination » (abhisambodhi).
Son premier sermon, le Bouddha le prononce probablement dans la banlieue nord de Bénarès : c'est là qu'avec cinq moines il fonde la première communauté bouddhiste. Puis, pendant une quarantaine d'années, il parcourt l'Inde du Nord-Est, en prêchant sa doctrine et en faisant d'innombrables disciples. Il s'éteint à quatre-vingts ans, à Kushinagara (à 175 km de Patna) ; il entre alors dans le mahaparinirvana (la « grande totale extinction »).
Les documents sont d'accord sur les qualités exceptionnelles du Bouddha : noblesse de caractère, maîtrise de soi, fermeté tempérée par une immense bonté.

La doctrine
Le Bouddha ne prêche pas une religion – lui-même rejette tous les systèmes et tous les dogmes –, mais une morale, une éthique, une « philosophie vécue », également éloignée des plaisirs et des mortifications.
Quatre « nobles vérités » constituent l'essentiel de cette « voie ».
La première est que tout est douleur : la douleur tient à l'état même des choses ; elle imprègne et détermine la vie de tous les êtres, dont les éléments, de durée limitée, sont vides de tout principe personnel et éternel. La notion universelle de vacuité, qui constitue le fond de la pensée bouddhique, est incompatible avec la notion d'une âme individuelle, essence de la personnalité, et avec la croyance en un principe absolu et éternel. La mort entraîne nécessairement une nouvelle naissance, donne le branle à un nouveau cycle.
La deuxième vérité a trait à l'origine de la douleur, qui est la « soif », désir de jouissance, d'existence ou d'anéantissement, désir qui est inséparable de l'ignorance, et plus précisément de l'ignorance de la réalité telle que le Bouddha la dévoile. Cette soif et cette ignorance engendrent les « trois racines du mal » : la convoitise, la haine et l'erreur, qui, elles-mêmes, donnent naissance aux vices, aux passions, aux opinions erronées.
La troisième vérité est la suppression du désir, la cessation de la douleur, proche du nirvana (« état d'absence ») et de la délivrance absolue. Chacun atteint ce but différemment selon ses propres aptitudes. Le moine bouddhique, qui a parfaitement dominé la convoitise, la violence et l'erreur, l'atteint dès ici-bas ; aussi ne reviendra-t-il qu'une fois en ce monde, à moins que sa perfection ne lui octroie d'apparaître dans un monde supérieur. Le saint entre de son vivant dans le « nirvana de sainteté avec conditionnement restant » ; en mourant, il atteint le « nirvana sans conditionnement ». Quant au laïque converti au bouddhisme, il s'assure un nombre limité de re-naissances ici-bas en vénérant les « trois joyaux » (triratna) : le Bouddha, sa loi, sa communauté.
La quatrième vérité est la voie (marga) qui mène à la cessation de la douleur. Cette voie de la délivrance s'appelle aussi la « sainte voie aux huit membres », qui sont les huit aspects de la perfection de l'opinion, de l'intention, de la parole, de l'activité corporelle, des moyens d'existence, de l'effort, de l'attention et de la concentration mentale.
Une discipline morale, alliée à des exercices psycho-physiologiques favorables à la concentration spirituelle, est l'aide indispensable sur la voie de la sainteté, l'ultime étape étant l'« éveil » (bodhi).
Évidemment, cette discipline ne peut être pratiquée que par des hommes ayant quitté leur foyer. Tout en rejetant les mortifications inutiles, le Bouddha exige des moines une existence austère dans son déroulement journalier, dans la tenue, les ressources (mendicité), le rythme (prédication, itinérance). Cette existence a été précisée dans ses moindres détails par le Bienheureux, qui a, en outre, codifié les châtiments selon la responsabilité de chacun.

Le bouddhisme indien
L'évolution

Aucune transmission écrite ne se fait du vivant du Bouddha ; la première communauté bouddhique (sangha) ne possède ni canon ni règle stricte. Après le parinirvana (478 ? avant J.-C.), la nécessité d'unifier l'exposé des doctrines du Bouddha se fait sentir.
C'est pourquoi s'organisent alors différents conciles ; le plus important, qui se tient à Rajagriha (477 ? avant J.-C.), sous la direction du moine Kashyapa, rassemble les données tirées des discours du Bienheureux pour former le premier noyau des Écritures canoniques en pali. Il s'agit d'un triple exposé doctrinal sur la discipline monastique (vinaya), les paroles du Bouddha (sutra) et la métaphysique (abhidharma).
Des sectes se créent par la suite, dont plusieurs conciles (Vaishali au ive s. avant J.-C., Pataliputra au iiie s. avant J.-C.) ne peuvent endiguer la multiplication.
Les sectes bouddhiques se diversifient progressivement jusqu'à ce qu'un schisme intervienne au début de l'ère chrétienne. Alors, au bouddhisme traditionaliste, appelé le hinayana, s'oppose un bouddhisme réformiste, appelé le mahayana, qui prétend rester fidèle à l'enseignement du Bouddha. Quant au tantrisme bouddhique, il émerge tardivement vers le vie s. de notre ère.

Le hinayana
Le hinayana est, aux dires de ses adversaires, le « moyen inférieur de progression » (le « Petit Véhicule »). Les écoles anciennes qui s'y réfèrent appartiennent à deux branches sorties, au ive s. avant J.-C., du tronc primitif du bouddhisme : la branche sthavira et la branche mahasanghika. À la branche sthavira appartiennent trois rameaux majeurs : les theravada (« opinion des Anciens »), fidèles à la tradition palie, qui formeront l'Église de Ceylan et s'implanteront durablement dans l'Asie du Sud-Est ; les sarvastivadin, qui donnent la prééminence à l'abhidharma et sont illustrés surtout par Vasubandhu, lequel vécut au Cachemire au ive s. ou au ve s. après J.-C. ; les vatsiputriya, qui essaient de concilier la conception de l'atman avec celle de l'impermanence de la personnalité.
Quant aux mahasanghika, apparus au ive s. avant J.-C., ils affirment que les bouddhas possèdent une substance réelle. En cela ils annoncent le mahayana.

Le mahayana

Ce mouvement se veut réformiste et évolué : c'est le « grand moyen de progression » (le « Grand Véhicule »). À la « méthode pratique » pour l'arrêt de la douleur, proposée par le bouddhisme ancien, il veut substituer une « religion » de salut qui fait une large place au sentiment, à la spéculation et aussi à la dévotion. Autour de la théorie des « trois corps » du Bouddha (corps corruptible, corps d'esprit et corps de la loi), la bouddhologie devient métaphysique et philosophique.
Le mahayana, considérant qu'un grand nombre d'êtres peut aspirer au salut, peuple l'univers d'une multitude de bouddhas simultanés et surtout de bodhisattvas (êtres qui ont franchi plusieurs degrés dans la perfection et qui sont destinés à devenir bouddhas). Il conçoit la sainteté non comme un idéal individuel de perfection, mais comme une carrière visant à entraîner les autres créatures vers le salut.

Le mahayana, qui s'est surtout développé dans le nord de l'Inde (d'où il gagnera le Tibet, la Chine et le Japon), a donné un immense essor à la philosophie et à la dialectique indiennes ainsi qu'à toute une mythologie proche de celle du panthéon brahmanique.
Cette mythologie, repoussant à l'arrière-plan le Bouddha historique, se concentre sur les bodhisattvas Maitreya, Manjushri, Avalokiteshvara, etc., voire des divinités féminines auxiliatrices, les Tara.
Les écoles mahayaniques sont mieux connues que les écoles anciennes en raison de leur effort de propagande : l'école des madhyamika, fondée par Nagarjuna (fin du ier s. ou début du iie s. après J.-C.) et celle des vijnanavadin ou des yogacarin (« qui pratiquent le yoga »), fondée par Asanga, sont parmi les plus célèbres.
Le tantrisme
Le tantrisme est moins une doctrine qu'un mode de doctrine, superposant des éléments bouddhiques et brahmaniques. Tout en enseignant la dévotion à cinq bouddhas « vainqueurs » et aux bodhisattvas, il donne une grande importance à la mystique de « l'énergie » féminine (Tara bouddhique, Shakti shivaïte).
Le tantrisme, qui prend forme au vie s. de notre ère avec un ensemble de texte, les tantra, se distingue du bouddhisme traditionnel par ses méthodes propres dans la réalisation des rapports entre l'homme et l'univers. Ces méthodes ressortissent au yoga (« le fait de lier, d'atteler »), qui amène au contrôle des organes et du psychisme. Le tantrisme est mêlé aussi de magie et de cosmogonie ; son rituel, souvent fantastique, est fondé sur des rites ésotériques, la méditation et l'iconolâtrie.
Le tantrisme, qui influence le développement du bouddhisme en Asie du Sud-Est, se développe surtout au Bengale, d'où les invasions musulmanes le chassent au xiiie s., puis au Népal et au Tibet.

L'expansion du bouddhisme
Le bouddhisme indien reçoit une impulsion nouvelle du fait de la conversion de l'empereur Ashoka (vers 250 avant J.-C.). Dès lors, son expansion est favorisée par des missions tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Empire. C'est du règne d'Ashoka que date l'introduction du bouddhisme à Ceylan. Kanishka, monté sur le trône vers 145 après J.-C., pratique la même politique qu'Ashoka : sous son règne, un concile bouddhique se serait tenu au Cachemire.
Au début de notre ère, le bouddhisme est introduit en Chine par la route du Turkestan oriental. Déjà il a atteint la frange orientale du monde hellénistique et s'est étendu en Asie centrale.
L'apogée du bouddhisme indien se situe durant le règne de la dynastie Gupta (ive-ve s. après J.-C.). Jusqu'à la fin du règne d'Harsha de Kanauj (?-647), les sectes du mahayana s'épanouissent en même temps que l'hindouisme classique. Des lieux saints comme Nalanda et Gaya sont des centres très fréquentés de pèlerinage et de pensée.
Le bouddhisme s'installe au Viêt Nam, dans la presqu'île indochinoise et la presqu'île malaise à partir du iiie s. avant J.-C., en Corée en 372, en Insulinde au ve s., au Japon au vie s., au Tibet au viie s.
Parallèlement à sa diffusion en Asie, il subit dans sa patrie d'origine, l'Inde, un déclin irrémédiable, qui est dû notamment au foisonnement des sectes face à un hindouisme vigoureux, aux bouleversements consécutifs à la disparition des Gupta et surtout à l'avance de l'islam.

Le bouddhisme japonais
Introduction

Le bouddhisme japonais appartient pour l'essentiel aux philosophies religieuses des sectes du mahayana, lequel est parfois appelé « bouddhisme du Nord ». Cependant, le bouddhisme japonais diffère assez fortement des formes de bouddhisme élaborées sur le continent asiatique, tant dans ses conceptions de la philosophie que dans la représentation qu'il donne des divinités et des « forces » vénérées par ses nombreuses sectes et « écoles ». Ces dernières, après l'effort de syncrétisation fourni à partir du début du ixe s., attribuent aux images traditionnelles venues de l'Inde, par le truchement de l'Asie centrale, de la Chine et de la Corée, des valeurs quelque peu différentes de celles qu'elles avaient à l'origine. Les religieux des diverses sectes importées de Chine ou qui se créent par la suite au Japon ainsi que leurs fidèles conçoivent la divinité et son cortège divin de manières fort diverses. Une fois de plus confronté à un autre peuple et à un autre folklore, le bouddhisme prend au Japon des formes tout à fait particulières.
La plupart des formes, souvent théoriques, des diverses divinités du bouddhisme japonais se trouvent représentées sur des mandala (en japonais mandara), ou « diagrammes cosmologiques », ainsi que les formes divines peu courantes et, pour la plupart, non représentées au Japon, qui sont décrites dans toutes sortes de textes bouddhiques (sutra en sanskrit et kyo en japonais) indiens, tibétains, chinois ou japonais. Les représentations du bouddhisme japonais relèvent en grande partie (surtout à partir du ixe s.) de la tradition du bouddhisme ésotérique. Nombre d'entre elles se trouvent rassemblées dans les deux grands mandala de la secte shingon (Ryoka mandara ou « mandala des Deux-Mondes ») : le Kongokai mandara (Vajradhatu mandala, du « Monde de l'esprit ») et le Daihitaizosho mandara (ou Taizo-kai mandara), correspondant au Mahakarunagarbha mandala (Garbhadhatu mandala, du « Monde des manifestations »). Les divinités n'appartenant pas à ces deux mandala majeurs participent soit de la tradition du bouddhisme ancien (nous entendons par là celui des écoles introduites au Japon antérieurement au ixe s.), dans lequel on trouve déjà certains éléments ésotériques – on parle à ce sujet de komikkyo, ou « ésotérisme ancien » –, soit à des formes du bouddhisme ésotérique (amidisme, zen, etc.), soit encore du bouddhisme populaire, très souvent syncrétique et mêlé de shinto.

L'introduction du bouddhisme au Japon
Vers 538 de notre ère (certains préféreraient la date de 552), le roi de Kudara (du royaume de Paikche en Corée) envoya au souverain du Yamato (alors établi à Asuka, dans la préfecture actuelle de Nara) une lettre dans laquelle il exposait l'excellence des principes du bouddhisme et demandait de l'aide contre son trop entreprenant voisin, le royaume de Silla. Avec cette lettre, que présentait une délégation de lettrés et de religieux bouddhistes, se trouvaient plusieurs rouleaux des Saintes Écritures (rédigées en chinois), une image en bronze du Bouddha, peut-être d'autres en bois, des bannières et divers objets de culte… Ainsi, le bouddhisme pénétra-t-il, officiellement du moins, dans les îles japonaises. En fait, il est probable que des bribes de cette doctrine philosophique y avaient fait leur apparition bien avant cette date, apportées par des réfugiés coréens et des Japonais revenus du protectorat sur l'État de Mimana en Corée. Mais, manquant de soutien officiel, cette nouvelle religion n'avait pu se propager et ne comptait probablement que fort peu de fidèles en 538.
Certains clans locaux se convertirent à la foi nouvelle, y voyant un facteur de progrès capable de les aider à supplanter leurs rivaux, et commencèrent à utiliser le savoir et le talent des religieux, des artistes et des artisans revenus nombreux de Corée après que le Mimana eut échappé définitivement (en 562) aux souverains du Yamato.
Mais d'autres s'opposèrent farouchement à l'adoption du bouddhisme en tant que religion d'État, et deux partis se formèrent bientôt, plongeant le pays, déjà déchiré par les luttes d'influence opposant les clans entre eux, dans une confusion encore plus grande. Les uns, dirigés par le clan des Nakatomi, auquel appartenaient les prêtres shinto qui officiaient à la Cour, étaient de farouches partisans de la religion indigène, le shinto, tandis que les autres, à la tête desquels se trouvait le clan des Soga dirigé par le Premier ministre Iname, se montraient partisans des réformes « à la chinoise » et de l'adoption du bouddhisme. D'âpres luttes s'ensuivirent, qui se terminèrent en 587 par la destruction des clans tenant du shinto. La Cour se convertit alors au bouddhisme, ainsi qu'un certain nombre de familles nobles.
Un fils de l'empereur Yomei, le prince Umayado, devenu régent, devait devenir célèbre sous le nom de Shotoku Taishi. Fervent bouddhiste, Shotoku établit fermement sa religion à la Cour. Les autres clans se rallièrent alors de plus en plus nombreux et commencèrent d'embrasser la nouvelle religion – tout au moins de façon formelle. Les relations avec la Chine et la Corée de Silla furent renouées, et de nombreux missionnaires coréens traversèrent les détroits. Le prince Shotoku recommanda alors le bouddhisme dans sa « Constitution en dix-sept articles » (Jushichijo-no-Kempo), la première du Japon (probablement rédigée après sa mort en 622), en ces termes : « Vénérez de tout cœur les trois trésors que sont le Bouddha, le dharma (la loi bouddhique) et le sangha (la communauté des moines), car dans ceux-ci se trouvent la vie idéale et la sagesse de la nation. »
Le peuple japonais, encore quelque peu méfiant à l'égard du bouddhisme, au fur et à mesure des réformes apportées par l'esprit de cette nouvelle religion, commença d'y porter de l'intérêt. À partir de 607, Shotoku envoya en Chine plusieurs missions qui devaient rapporter les connaissances astronomiques, architecturales et administratives de l'époque des Sui (Souei [581-618]), ainsi que des œuvres littéraires et religieuses.

C'est ainsi qu'arrivèrent au Japon un grand nombre de textes bouddhiques ainsi, d'ailleurs, que nombre de pratiques taoïstes et de maximes confucéennes. Le prince-régent lui-même se voua à la propagation du bouddhisme et écrivit des commentaires fort savants sur trois sutra importants (Saddharmapundarika sutra, Hokke-kyo, Sutra du lotus de la Bonne Loi ; Vimalakirti sutra, Yuimakyo, Discussions de Vimalakirti sur la Doctrine ; Shrimala sutra, Shomangyo), lesquels illustraient la doctrine du salut et pouvaient ainsi fournir à son peuple les fondements d'une éthique. Enfin, il fit ériger plusieurs temples par des architectes venus de Corée, temples dont certains demeurent encore, comme ceux du Horyu-ji, près de Nara, et du Shitenno-ji, à Osaka, qui sont les témoins les plus admirables du génie de son gouvernement. Il multiplia également les fondations pieuses. À sa mort, en 622, si l'on ajoute foi aux dires du Nihongi (chronique historique rédigée en 720), il y avait au Japon 46 temples, 816 religieux et 569 religieuses… La promulgation, en 645, du code de l'ère Taika, code administratif calqué sur le modèle chinois, faisait une large part au bouddhisme. Par sa ferveur, l'empereur Tenchi (661-671) contribua encore à sa propagation dans les provinces. À cette époque, on ne pouvait encore parler de sectes au Japon. Le bouddhisme consistait alors, pour une bonne part, en adoration ou vénération de reliques (shari) et n'était pas tenu, en ce qui concerne ses applications pratiques, pour très différent du shinto : « Il était surtout apprécié pour ses pouvoirs magiques et de protection, particulièrement dans la prévention et la guérison des maladies » (E. W. Saunders). À la Cour, des sutra étaient lus afin de faire tomber la pluie, et les pratiques bouddhiques étaient souvent mêlées à des pratiques appartenant à des croyances populaires et au shinto.
Cependant, on continuait d'élever des temples pour abriter les saintes images de Shaka (le bouddha Shakyamuni), de Miroku (Maitreya, le bouddha du futur), de Kannon Bosatsu (Avalokiteshvara, le bodhisattva de miséricorde), de Yakushi Nyorai (Bhaisajyaguru, le bouddha-médecin des âmes et du corps), d'Amida Nyorai (Amitabha, le bouddha de l'au-delà), etc., et les moines commençaient à approfondir les diverses doctrines bouddhiques en étudiant les manuscrits religieux rapportés de Chine et de Corée.
Le bouddhisme « national », comme on appelait alors la doctrine prônée par le clan des Soga et par Shotoku Taishi, allait bientôt devenir, à l'imitation du bouddhisme de Chine, celui des sectes. Le changement de capitale, transférée d'Asuka et de ses environs à Nara en 710, allait, par le développement des temples et des monastères de la nouvelle ville impériale, favoriser la floraison de ces sectes. Le prince Shotoku avait étudié les doctrines du sanron (madhyamika) et du jojitsuron (satyasiddhishastra) sous la direction des maîtres coréens Eji, Eso et Kanroku. En 653, le religieux Dosho, appartenant au temple du Gango-ji, se rendit en Chine, où il fut l'élève du célèbre pèlerin chinois Xuanzang (Hiuan-tsang), appelé Genjo en japonais, et, à son retour, transmit la doctrine du hosso (madhyayana) au moine Gyogi (670-749). En 658, les Japonais Chitsu et Chitatsu allèrent à leur tour en Chine, où ils furent aussi les disciples de Xuanzang, et rapportèrent une traduction chinoise de l'Abhidharmakoshashastra. Mais aucune secte ne s'établit véritablement au Japon avant que la capitale ne fût définitivement installée à Nara.

Le bouddhisme des sectes de Nara (710-794)
Introduction

Toujours plus de religieux japonais se rendaient en Corée et en Chine, malgré les périls du voyage, et ils en revenaient chargés de textes nouveaux et d'objets de piété. Avec les temples régionaux (kokubun-ji) édifiés par ordre impérial à partir de 741, le bouddhisme se répandit dans tout le pays. En 749, à la suite d'une épidémie de variole qui avait ravagé la contrée et contre laquelle les prières aux kami shinto avaient été inopérantes, une colossale statue en bronze du bouddha Vairocana (Daibutsu, Dainichi Nyorai) fut fondue et installée dans le temple du Todai-ji à Nara, afin qu'il puisse la faire cesser, le bouddha étant alors considéré comme le protecteur de l'État.
Les cultes shinto n'étaient pas pour autant relégués au second plan : à la Cour, les cérémonies impériales étaient toujours faites par les prêtres, et une sorte de syncrétisme shinto-bouddhique commençait de naître. Une tradition (qui paraît tardive) rapporte que Gyogi avait été lui-même demander au grand kami shinto du soleil, Amaterasu Omikami, en son sanctuaire d'Ise, la permission d'élever le grand bouddha du Todai-ji… Dès le début du viiie s., cependant, des tendances diverses étaient apparues au sein du bouddhisme « national », et bientôt naquirent à Nara six sectes dont chacune fondait sa doctrine sur un ou plusieurs textes religieux.

Kusha-shu
La doctrine de cette secte appartenait encore au bouddhisme des écoles anciennes connu sous le nom de « Petit Véhicule » (hinayana). Fondée sur le texte de l'Abhidharmakoshashastra (Kusharon), composé par le moine indien Vasubandhu (Seshin en japonais) au ive s. ou ve s., elle enseigne un matérialisme admettant à la fois la matière et l'esprit, lesquels constituent selon elle une personnalité illusoire formée de cinq agrégats (skanda) : la forme (rupa), composant la matière, la sensation (vedana), la perception (samjna), le concept (samskara) et la connaissance, composant l'esprit. Selon cette doctrine, l'être consistant en ces cinq agrégats, il ne peut exister de « moi » en dehors de ceux-ci : il s'ensuit que seuls ces agrégats existent et sont réels, ainsi que les dharma, ou « conditions de l'être » …

Jojitsu-shu
Cette secte suit une école plus radicale que la précédente dans sa critique, qui refuse d'admettre l'existence des agrégats et les dharma. Sa doctrine est fondée sur le Satyasiddhishastra (Jojitsuron, « Livre de la perfection de la Vérité »), écrit vers le début du iiie s. par le moine indien Harivarman (Karibatsuma en japonais).
Ces deux écoles ne furent pas considérées au Japon comme des sectes véritablement indépendantes, celle du kusha étant identifiée à une branche de la secte hosso et celle du jojitsu étant une branche de la secte sanron.

Hosso-shu
École intermédiaire entre celles du hinayana et du mahayana, la secte hosso (madhyayana ou du « Moyen Véhicule ») enseigne que rien n'existe en dehors de la pensée, qui, seule, est réelle. Elle est fondée sur la philosophie de l'école indienne des yogacarin, créée au ve s. par Asanga (Muchaku), et sur le texte, écrit par ce dernier, du Yogacaryabhumishastra (Yugashijiron, « Traité sur le yoga »), traduit en chinois par Xuanzang, dont l'élève Dosho (628-700) transmit les enseignements au moine Gyogi.

Sarron-shu
Adepte de l'école du madhyamika (de la Voie du Milieu), fondée par le moine indien Nagarjuna (Ryuju) au iie s., la secte sanron fonde son enseignement sur quatre textes principaux : le Madhyamikashastra (Churon) de Nagarjuna, traduit en chinois en 409 par Kumarajiva ; le Dvadashadvarashastra (Junimonron, « Traité des onze portes »), traduit aussi par Kumarajiva ; le Satashastra (Hyakuron, « Traité des cent vers »), écrit par Aryadeva, élève de Nagarjuna ; le Prajnaparamitashastra (Daichidoron, « Traité de la grande sapience ») de Nagarjuna. La doctrine de cette école, dite encore « des enseignements de toute la vie du Bouddha » (ichidaikyo-shu), fut, en 625, importée au Japon, au temple du Gango-ji, par le moine coréen Ekan. Selon cette doctrine, « la vérité absolue n'est ni l'être ni le néant ; elle est indépendante de ce couple, c'est-à-dire qu'elle est insaisissable » (R. Fujishima).

Ritsu-shu
Cette secte, qui relève à la fois du Petit et du Grand Véhicule, entre lesquels elle semble jeter un pont, met principalement l'accent sur la nécessité de la discipline (vinaya, ritsu), qui, seule, selon elle, peut permettre au fidèle d'atteindre l'état de bouddha. Elle se développa surtout en Chine, se réclamant de la Dharmaguptavinaya (Shibunritsu, « Règle en quatre parties »), composée par Daoxuan (Tao-hiuan [596-667]), appelé Dosen ou encore Nanzan Rishi en japonais. Le moine Ganjin, venu de Chine en 754, introduisit au Japon le rite de l'ordination monastique de cette secte au monastère du Todai-ji, à Nara, à celui du Kanzeon-ji, à Tsukushi, et à celui du Yakushi-ji, dans la préfecture de Tochigi.

Kegon-shu
La « doctrine de l'argumentation fleurie » (kegon-shu) traite surtout de l'état non conditionné des choses, toute chose provenant, selon elle, de la nature absolue de la bhutatathata, « Nature absolue » ou encore « Nature du Bouddha ». Elle fut fondée en Chine par Fazhun (Fa-tchouen [557-640]) sur le texte de l'Avatamsaka sutra (Kegon-kyo). La secte kegon japonaise, quant à elle, se fonde sur une traduction du Dashabhumivibhashashastra (Jujibibasharon, « Shastra de l'explication en dix parties »). Elle fut introduite au Japon en 736 par le moine Dosen (703-762), un maître chinois de l'école de Discipline (vinaya), bien qu'une tradition assure que ce fut par Bodhisena, un brahmane indien.
Les doctrines philosophiques de ces six sectes ou écoles, très ardues, ne furent vraisemblablement comprises, en dehors du milieu des moines, que par quelques personnes appartenant à l'aristocratie japonaise ; le peuple, il va de soi, se sentait étranger à leurs spéculations. Certaines notions, cependant, indépendantes des doctrines purement philosophiques, s'imposèrent à lui, comme celle de la rétribution des actes par la loi nécessaire de cause (in) à effet (ka), « la cause et l'effet n'étant pas séparables », ainsi que celle de la croyance en la puissance salvatrice des divinités, principalement de celle des grands bouddhas (Tathagata, Nyorai en japonais) et des grands saints qui ont renoncé à l'état de bouddha pour aider l'humanité, les bodhisattvas (bosatsu).

Le bouddhisme de l'époque de Heian (794-1185)
Introduction
Lors de l'établissement de la nouvelle capitale de Heian-kyo (Kyoto) en 794, l'empereur Kammu, désirant peut-être s'affranchir de la pression qu'exerçaient sur la politique les moines de Nara, prit des mesures énergiques afin de limiter la prolifération des temples et des religieux. Afin de rénover le bouddhisme japonais et de le divulguer plus largement parmi les laïcs (le bouddhisme de Nara était surtout un bouddhisme de moines), il envoya en Chine des religieux dissidents pour y rechercher de nouvelles doctrines. En 805, Saicho (de son nom posthume Dengyo Daishi [767-822]) revenait du mont Tiantai en Chine, et fondait au Japon, sur le mont Hiei (où il avait, avant son départ, érigé un ermitage dont le dessein était de protéger la nouvelle capitale des mauvaises influences du Nord-Est), avec le patronage de la Cour, un monastère où il enseigna les doctrines de la secte du tendai (du nom japonisé de la montagne chinoise où il avait étudié). Un autre moine, Kukai (de son nom posthume Kobo Daishi [774-835]), revenu un an après, rapportait, lui aussi, les éléments doctrinaux d'une autre secte chinoise, celle du shenyan (shingon en japonais).
Dix ans plus tard, il fondait sur le mont Koga, au sud de Nara, une secte du bouddhisme ésotérique (mikkyo) dite « du mantra », ou « de la Vraie Parole » (shingon). Le bouddhisme des écoles de Nara, sans être abandonné, fut, cependant, obligé de céder progressivement la place aux deux nouvelles sectes qui, en marge de leur enseignement, prônaient le syncrétisme partiel du bouddhisme avec le rituel et les croyances du shinto. La divinité solaire shinto, le kami Amaterasu Omikami, ancêtre de la famille impériale du Japon, fut alors identifiée avec le grand bouddha solaire de Lumière et de Vérité Mahavairocana (Dainichi Nyorai), et les autres divinités du shinto furent considérées comme étant des « incarnations temporaires » ou « descentes » (gongen) des divinités bouddhiques. Le peuple était ainsi mis plus à même de se familiariser avec le bouddhisme. Alors que le syncrétisme shinto-bouddhique du shingon prit le nom de « ryobushinto », ou « shinto des deux parties de l'univers », celui de la secte tendai fut nommé « ichijitsu-shinto » ou « shinto de l'Unique Vérité ».
Cependant, les doctrines des deux sectes étaient encore trop hermétiques pour la plupart des gens du commun. Il s'ensuivit une réaction tendant à faire du bouddhisme une religion plus simple encore et praticable par tous, fondée sur l'adoration seule et qui était susceptible d'offrir une possibilité de salut même aux plus déshérités des hommes : ce fut l'amidisme, du nom du bouddha Amida (Amitabha). Cette nouvelle religion, issue du bouddhisme traditionnel, fut tout d'abord préconisée par un moine de la secte du tendai, Genshin ou Eshin (942-1017), puis prêchée par d'autres, comme Kuya Shonin. Le bouddhisme de la période de Heian se partagea dès lors entre ces trois tendances, les deux premières mettant l'accent sur l'ascèse, la méditation et le mysticisme ésotérique, la dernière ouvrant à tous l'accès facile au paradis d'Amida. La croyance au mappo, ou « période finale de la Bonne Loi », qui, selon les interprétations des données de certains sutra, devait marquer la troisième période d'un cycle bouddhique débutant en 1052 et qui prédisait pour cette date désordres et calamités en grand nombre, fit que beaucoup de dévots se vouèrent à l'adoration d'Amida, seul réputé capable de les sauver dès cette vie-ci et de leur apporter en son Paradis de la Terre pure (jodo) la paix et la félicité éternelles.

Tendai-shu
Tirant son nom de la montagne Tian tai, en Chine, où elle avait pris naissance, la secte japonaise du tendai fut établie au monastère de l'Enryaku-ji, sur le mont Hiei (Hieizan), par le moine Saicho, élève de Dao Sui (Tao Souei), et par un de ses condisciples, le moine Gishin (de son nom posthume Shuzen Daishi). En 838, le moine Ennin (de son nom posthume Jikaku Daishi [794-864]) partit à son tour en Chine afin d'en rapporter des textes et de nouveaux enseignements ; il fut suivi en 851 par Enchin (Chisho Daishi [814-891]). Deux lignes de transmission de la doctrine du tendai furent alors suivies au Japon : celle de Saicho au mont Hiei et celle d'Enchin au Mi-i-dera. De nombreuses sous-sectes en émanèrent à leur tour. La doctrine du tendai est essentiellement fondée sur trois textes : le Saddharmapundarika-sutra (Hokke-kyo, « Sutra du lotus de la Bonne Loi »), le Nirvana sutra (Nehangyo, « Sutra du nirvana ») et le Mahaprajnaparamita shastra (Daichidoron, « Traité de la grande vertu de sapience »). La secte du tendai est aussi parfois appelée du nom de « hokke-shu » (secte du Lotus) en raison de la vénération qu'elle porte à son sutra principal et aux commentaires de celui-ci, sur lesquels elle fonde sa doctrine.
L'essentiel de cette dernière repose sur la conception des « cinq périodes », des « huit doctrines » et des « trois corps » du Bouddha. Les « cinq périodes » (qui sont admises par toutes les doctrines bouddhiques) correspondent, selon le tendai, aux cinq phases successives de l'enseignement du Bouddha, des doctrines du Petit Véhicule, de celles du Grand Véhicule, de la « perfection de la sapience » et des prêches de la vérité définitive. Les « huit doctrines » correspondent aux enseignements exotériques, à ceux du « Petit Véhicule », du « Grand Véhicule » et du hokke-kyo. Les « trois corps » sont les trois aspects que prend le Bouddha : en tant que « corps d'essence » (dharmakaya, hosshin), qui représente le Bouddha existant comme Idéal ou Principe, c'est-à-dire sans existence personnelle ou historique ; en tant que « corps de fruition » (sambhogakaya, hoshin, juyushin), qui représente le corps obtenu par le Bouddha comme effet des actions passées et comme il se manifeste aux bodhisattvas ; et en tant que « corps de métamorphose » ou de « correspondance » (nirmanakaya, oshin, ojin, keshin), qui représente l'aspect que le Bouddha peut assumer pour sauver tous les êtres. Tous les bouddhas, il va de soi, possèdent simultanément ces trois « corps ». Cependant, le grand bouddha solaire Vairocana (Dainichi Nyorai) est vénéré sous l'aspect d'un « corps d'essence », tandis que le bouddha historique Shakyamuni l'est sous celui d'un « corps de métamorphose » …
L'absolu, selon les doctrines du tendai, ne peut être atteint que par une longue instruction dans la loi et à la suite d'une pratique ardue de la méditation. Cependant, des tendances à l'ésotérisme commencèrent très tôt à se développer dans les doctrines de la secte du tendai, peut-être sous l'influence du shingon, surtout après le retour du moine Ennin, tendances qui, une fois acceptées, furent considérées comme des aspects différents d'un même enseignement : tout ce qui existe possède la « nature de bouddha », et l'Absolu comme le Relatif, la Matière comme l'Esprit procèdent de la même Essence.

Shingon-shu
Ainsi que nous l'avons déjà vu, la doctrine du shingon fut rapportée de Chine en 806 par le moine Kukai (774-835), après qu'il en eut reçu l'enseignement du maître chinois d'ésotérisme Huige, (Keika en japonais). En Chine, celui-ci aurait reçu d'Amoghavajra, un sage indien, la « clé » de l'enseignement du shingon. Cette doctrine est essentiellement fondée sur l'interprétation du « mandala des Deux-Mondes » (Ryo-kai mandara), que Kukai a exposée dans ses essais critiques. D'après les doctrines du shingon, le fidèle peut obtenir dès cette vie-ci l'état de bouddha, à la condition qu'il se livre aux pratiques dites « du triple mystère » (sanmitsu). Les écrits de Kukai, qui constituent l'un des fondements de ces doctrines au Japon, s'appuient sur de nombreux sutra, mais ils sont principalement axés sur l'étude et l'explication du « mandala des Deux-Mondes », qui consiste en deux mandala complémentaires : le Taizokai mandara, qui représente les aspects manifestés de Dainichi Nyorai et le monde phénoménal, impermanent, matériel ; et le Kongo-kai, qui représente l'Esprit, l'aspect principe idéal, indestructible (Kongo signifie « diamant »), stable, permanent, de la Divinité.
Par ces deux mandala, les doctrines du shingon proposent une sorte de panthéisme dans lequel tout l'univers est une manifestation, une émanation du grand bouddha solaire central Mahavairocana (Dainichi Nyorai). Elles donnèrent naissance au Japon à une éclosion de formes d'art nouvelles, dans lesquelles les représentations des divinités sont extrêmement diversifiées et où les gestes symboliques (mudra, in-zo) ainsi que les postures sont significatives de la nature et des fonctions de chaque divinité. Ce panthéisme tantrique devait, lui aussi, admettre en son sein les nombreuses divinités, ou kami, du shinto et favoriser le syncrétisme shinto-bouddhique sous une forme particulière au shingon, le ryobu-shinto, ou « shinto des deux parties de l'univers ».

Jodo-shu
La secte du jodo tire son nom de celui de la « Terre pure » de l'Ouest ou du « Monde » (Paradis) occidental, qui est censé être la demeure du bouddha Amida (Amitabha), le Gokuraku Jodo. Cette secte aurait été rapportée de Chine en 847 par le moine Eun (798-869) et se serait développée surtout au début de l'époque des régents Fujiwara, c'est-à-dire aux xe s. et xie s., avec les écrits de Genshin ou Eshin (942-1017) [l'Ojoyoshu, ou « Questions et réponses sur la mort », en 984], de Ryonin (1071-1132) et surtout de Honen (appelé aussi Genku [1133-1212]). Bien que cette secte n'ait pas été tout d'abord reconnue comme indépendante de celle du tendai, elle tendit à populariser le bouddhisme au Japon en simplifiant à l'extrême les doctrines de salut de celui-ci. La seule adoration du bouddha Amida et la répétition constante (japa, litanies) de son nom sous forme d'invocation (« Namu Amida Butsu », parfois abrégée en « Nammanda Butsu »), appelée « nembutsu », doivent suffire pour assurer à l'être humain, après sa mort, l'entrée dans le « Paradis de l'Ouest » (Sukhavati, Gokuraku Jodo), où il pourra se perfectionner pour atteindre finalement l'état de bouddha. C'est une doctrine purement piétiste, selon la définition de Nagarjuna : « Dans le grand océan de la loi du Bouddha, le seul moyen d'entrer est la foi. »

Le bouddhisme de l'époque de Kamakura (1192-1333)
Introduction
Avec la décadence du régime des Fujiwara et les troubles qui s'ensuivirent, la croyance à l'entrée dans la période du mappo, ou « ère finale de dégénérescence de la loi du Bouddha », prit un caractère de plus en plus dramatique. L'avènement du gouvernement militaire de Kamakura et les luttes de celui-ci avec le pouvoir impérial et les aristocrates de Heiankyo allaient profondément marquer l'évolution du bouddhisme au Japon. De nouvelles sectes apparurent plus ou moins en réaction contre les autres, considérées comme trop aristocratiques, comme celle du zen, qui eut la faveur des guerriers, ou celles du jodo-shinshu et de nichiren, qui s'adressèrent principalement au peuple ignorant des campagnes et aux bushi, ou guerriers des classes moyennes et inférieures.
Jodo-shinshu
Un des disciples de Honen, Shinran (appelé aussi Zenshin et Shakku [1173-1262]), provoqua à la mort de son maître (1212) un schisme au sein de la secte du jodo en publiant son enseignement du Kyo-gyoshinho (doctrine, pratique, foi et réalisation) en 1224. Trente ans après la mort de Shinran, un fidèle auditeur de ce dernier résuma cet enseignement dans un opuscule intitulé Tannisho (opuscule sur les hétérodoxies déplorables). Ce texte devait devenir l'un des plus importants de la nouvelle secte, qui prit alors le nom de « jodo-shinshu » ou « vraie secte de la Terre pure ». Dans ses enseignements, Shinran préconisait une vérité double (shintai, zokutai : foi et moralité) ; il affirmait que le seul fait d'avoir foi dans le vœu originel d'Amida (lequel était de sauver tous les êtres quels qu'ils soient) et de réciter le nembutsu avec sincérité suffisait à assurer la renaissance dans le paradis d'Amida. La Vérité est alors de se reposer de tout cœur sur le pouvoir supérieur du vœu originel d'Amida en laissant de côté toute idée personnelle.
Une originalité de la nouvelle secte était que ses religieux avaient le droit de se marier, afin d'effacer la division traditionnelle existant entre le clergé et le monde laïque. Ippen Shonin (appelé parfois Yugyo Shonin [1239-1289]), un ancien moine du tendai, déclara à son tour que, les kami shinto étant des manifestations des bouddhas et des bodhisattvas, on pouvait aussi bien leur adresser le nembutsu. Il prêchait un abandon total en Amida et, de ce fait, ajouta le mysticisme au piétisme du jodo. Au xve s., Rennyo (1415-1499), continuateur de Shinran, assurera de même que la récitation du nembutsu sans foi est inutile. Ceux qui s'opposaient à ses vues, notamment pendant la période de guerres civiles qui ensanglantèrent le Japon du milieu du xve jusqu'au milieu du xvie s. (Sengoku-jidai, « époque du pays en guerre »), donnèrent à ses partisans le nom d'« ikko » (ceux qui se tournent d'un seul côté). Ces ikko, organisés en ligues (ikko-ikki), s'armèrent afin de résister aux attaques des autres sectes et à celles des puissances séculières. La foi des prédicateurs du jodo-shinshu était intense, et leurs prédications étaient énergiques. À cette époque, cette secte connut une extension prodigieuse. Les adeptes de la secte shin (comme on appelait alors par abréviation le jodo-shinshu), bien que mêlant à leur foi des principes confucianistes et politiques, refusaient de vénérer les nombreuses divinités du panthéon bouddhique et, en principe, n'admettaient que l'image du bouddha Amida.

Zen-shu
La doctrine du Zen (chan en chinois), abréviation de zenna, transcription japonaise du sanskrit dhyana (méditation), peut être résumée en ces mots : « C'est une transmission d'une nature spéciale en dehors de tout enseignement et qui ne s'appuie sur aucun mot ; il faut donc bien reconnaître la nature de la pensée humaine en soi-même si l'on veut devenir un bouddha » (R. Fujishima). Cette doctrine fut importée de Chine en 1191 par le moine Eisai (Senko Kokushi [1141-1215]), qui établit au Japon la secte Rinzai (Huang-long, ou Linji en chinois), et par le moine Dogen (Buppo Zenji, mort en 1253, de son nom posthume Shoyo Daishi), qui, à son retour de Chine en 1227, établit la secte soto (ou sodo, caodong, en chinois). Vers 1650, un religieux chinois importa au Japon une autre secte, appelée « obaku », se réclamant, elle aussi, des doctrines du zen. L'enseignement du dhyana aurait été, selon la tradition, transmis par un des grands disciples du bouddha Shakyamuni, Kashyapa (Makakasho), à un autre disciple, Ananda, et, à travers vingt-huit patriarches successifs, jusqu'à Bodhidharma (Bodaidaruma), qui, toujours selon une tradition historique douteuse, l'aurait introduit d'Inde en Chine en 520. Le zen propose une méthode de libération originale fondée plus sur l'expérience que sur l'étude des textes. Il proclame que la nature du Bouddha est dans tous les êtres et en dehors des classifications morales ordinaires : le seul moyen d'atteindre au satori, à la « pensée dégagée de toute diversité », est de méditer sur la pensée individuelle. Cette secte, par son refus de la tradition et que l'on a classée dans les sectes bouddhiques, devrait constituer une catégorie philosophique à part, bien

Nichiren-shu
Fils d'un pauvre pêcheur, Nichiren (de son nom véritable Zennichi Maru, de son nom de religieux Rencho, de son nom posthume Rissho Daishi [1222-1282]) fut élevé dans les principes de la secte jodo. Ordonné moine, il se mit à concevoir des doutes quant à la réelle efficacité de la pratique du nembutsu et s'attacha, parfois très violemment, à vouloir redonner au bouddhisme du tendai sa pureté première. Il quitta le mont Hiei et, refusant les doctrines ésotériques du tendai, commença, en 1253, à prêcher sa propre doctrine, tout entière fondée sur le Sutra du lotus (Saddharmapundarika sutra, Hokke-kyo) et sur trois grands principes : l'objet du culte (c'est-à-dire le Sutra du lotus), les sens moraux, qu'il affirmait se trouver dans l'invocation au titre du sutra (Namu Myohorenge-kyo, « Au nom sacré du Sutra du lotus de la Bonne Loi »), et l'identification de sa doctrine avec le devenir du Japon. Il exposa ce dernier principe dans son Rissho Ankokuron (« Traité sur la stabilisation de l'État par l'établissement de l'orthodoxie »), écrit en 1260. Douze ans après, il écrivit son Kaimokusho (« Traité qui ouvre les yeux ») ainsi que d'autres ouvrages sur les relations qui, selon lui, devaient exister entre la religion et le gouvernement (Shuga Kokkaron, « Traité pour la protection de l'État »), sur les remèdes contre les calamités (Sainan Taiji), combattant violemment toutes les autres sectes. Afin de matérialiser ses idées, il adopta un mandala déjà utilisé par la secte tendai, où, autour de la formule « Namu Myohorengekyo » placée au centre des quatre orients, il plaça Shakyamuni et Prabhutaratna. Dans l'ensemble, sa doctrine n'était pas essentiellement différente de celle du tendai prêchée par Saicho. Ses successeurs, Nichiji (1250- ?), Nisshin (1407-1488), Nichio (1565-1630), déployèrent un grand zèle missionnaire. La formule mystique d'invocation au titre du sutra du lotus connut un grand succès, surtout dans le peuple. Cette secte, vénérant principalement la personne de Shaka (le bouddha Shakyamuni) et, accessoirement, quelques divinités populaires, n'eut que très peu d'influence sur les classes aristocratiques.

Le bouddhisme populaire après la période de Kamakura
Après le xive s., le bouddhisme cessa pratiquement de se renouveler au Japon. Les sectes existantes, jodo-shu, jodo-shinshu, nichiren-shu, zen-shu, shingon-shu et tendai-shu, pour ne pas parler des sectes mineures ou des innombrables sous-sectes, continuèrent d'évoluer, mais sans esprit novateur. Cependant, l'enseignement diffusé par les sectes bouddhiques avait pénétré profondément dans toutes les couches de la société japonaise, se mêlant (zen-shu et jodo-shinshu exceptés) aux croyances populaires et au shinto. Avec l'avènement de nouvelles couches de la société à l'époque des shogun Tokugawa (1603-1867), et avec le nouveau développement de l'influence chinoise, on voit certaines divinités bouddhiques se colorer d'une personnalité nouvelle et apparaître des cultes jusque-là inconnus, les uns empruntés à la tradition chinoise, les autres émergeant du folklore local (ainsi le culte de certaines divinités du Bonheur et de la Fortune). Le bouddhisme japonais tendit à se populariser et à absorber des croyances très diverses, ce qui lui permit, dans un certain sens, de survivre à la stagnation qu'il fut obligé de subir sur le plan intellectuel pendant l'époque d'Édo, les philosophies néo-confucianistes et l'éthique du zen étant alors presque exclusivement à l'honneur. Le bouddhisme se confine alors dans des rôles sociaux (registres de population, œuvres pieuses) et dans une hiérarchisation de ses temples. Cependant, quelques personnalités de premier plan apparaissent, surtout chez les religieux zen, tels que Hakuin (1685-1768), Takuan (1573-1645), Suzuki Shosan (1579-1655), Ingen (1592-1673 ; importateur de la secte obaku). Certains moines zen jouent le rôle de conseillers auprès des shogun…
La restauration de l'ère Meiji en 1868 et la séparation officielle du shinto d'État et du bouddhisme contraignirent ce dernier, jusqu'à un certain point, à se réformer et à prendre ses distances à l'égard des cultes populaires, phénomène qui contribua sans doute, dans une certaine mesure, à favoriser le développement de sectes nouvelles indépendantes plus ou moins syncrétiques que l'on englobe sous le nom de « shinko-shukyo » ou « nouvelles religions établies ». Parmi celles-ci, nous citerons le tenri-kyo, ou « religion de la sagesse divine », le konko-kyo, ou « religion de la lumière d'or » et, comme exemple de groupement religieux moderne s'inspirant du bouddhisme, la soka gakkai, ou « société pour l'étude des valeurs créatives », dont la doctrine religieuse d'entraide, prétendant être la seule dépositaire de l'orthodoxie nichirénite, se fonde sur les doctrines de Nichiren et sur le texte du sutra du lotus. Cependant, les sectes orthodoxes connurent (et connaissent encore) un certain regain de popularité. Ces nouvelles religions ont, pour la plupart, emprunté au shinto primitif sa tradition aniconique et n'ont donné naissance à aucune forme originale d'art religieux. Mais l'esprit populaire a gardé vivaces jusqu'à nos jours les cultes de la plupart des divinités du panthéon bouddhique.

Le bouddhisme chinois
L'histoire
Introduction
Introduit en Chine dès le ier s. de notre ère, le bouddhisme joua un rôle capital aussi bien dans la vie que dans la culture chinoises. Et c'est aussi grâce à la Chine que le bouddhisme connut un essor extraordinaire et se répandit dans toute l'Asie.
Du ie de notre ère jusqu'au milieu du iiie s.
Cette période correspond à la dynastie des Han postérieurs et à l'époque dite « des Trois Royaumes ». L'expansion de la Chine vers l'Asie centrale sous les Han permit le contact non pas immédiatement avec l'Inde, mais avec les régions situées entre les deux pays, notamment le Turkestan oriental.
Selon la tradition, ce serait sous l'empereur Mingdi des Han (58-75 de notre ère) que débuta la pénétration du bouddhisme en Chine. À la suite d'un rêve dans lequel il vit le Bouddha, cet empereur envoya chez les Yuezhi (Yue-tche), vers l'an 65, une mission composée de dix-huit personnes qui devait ramener, trois ans plus tard, deux missionnaires ainsi que le texte du « sutra en quarante-deux chapitres ». Toujours selon la tradition, l'empereur fit construire à Luoyang (Lo-yang) le premier monastère : le temple du Cheval Blanc.
On sait maintenant que les Chinois avaient eu connaissance de cette religion bien avant ce temps. Tout au début, il s'agissait pour eux d'une religion étrangère qui n'était qu'un objet de curiosité. Si, vers le iie s., grâce à un nombre plus important de textes traduits, principalement ceux du hinayana (Petit Véhicule), l'intérêt grandit, on considéra encore cette doctrine comme appartenant aux arts occultes au même titre que les pratiques d'inspiration taoïste.

De la fin du iiie à la fin du vie s.
C'est la période d'assimilation, durant laquelle les Chinois traduisirent et commentèrent, souvent en collaboration avec les maîtres indiens, les grands textes bouddhiques, non plus seulement ceux du hinayana, mais surtout, à partir de 265 environ, ceux du mahayana (Grand Véhicule).
Au début de cette période eurent lieu deux événements importants : l'incendie de la capitale Changan par les Tartares en 311 et l'exode de la Cour (dynastie des Jin vers le sud, événements qui bouleversèrent les structures sociales de la Chine et favorisèrent la propagation du bouddhisme. La Chine fut divisée en deux parties : celle du Nord et celle du Sud. Les princes barbares semi-sinisés qui régnaient au nord ne tardèrent pas à encourager une religion qui leur permettait de trouver un terrain d'entente avec le peuple soumis.
D'autre part, dans le Sud comme dans le Nord, les misères du temps présent et les incertitudes de l'avenir poussèrent les gens à chercher refuge dans la vie spirituelle. De nombreux lettrés se tournèrent vers le taoïsme ; par leurs discussions et leurs commentaires sur la doctrine de Laozi (Lao-tseu), ils inaugurèrent la tradition de xuanxue, qui marqua toute leur époque. On assista à des conversions massives au bouddhisme.
Pour des raisons d'ordre géographique et culturel s'instaura une différence de style et même de conception entre le bouddhisme du Nord, plus conservateur et dont l'effort porta avant tout sur la traduction des textes, et celui du Sud, plus libéral et plus orienté vers la recherche théorique.

 
 
 
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BOURGEOISIE

PLAN
        *         BOURGEOISIE
        *         1. L'émergence de la bourgeoisie au Moyen Âge
        *         1.1. Une catégorie d’abord spatiale, jusqu’au xie siècle
        *         1.2. Une nouvelle catégorie socio-économique aux xie-xiie siècles
        *         1.3. L’épanouissement du patriciat au xiie siècle
        *         1.4. L’émergence de la bourgeoisie d’offices au xive siècle
        *         2. L'essor de la bourgeoisie à l'époque moderne (xvie-xviiie siècles)
         *         2.1. La bourgeoisie française en quête de noblesse
         *         Les « bourgeois gentilshommes »
         *         Une bourgeoisie neutralisée par l’office et la terre
         *         2.3. La grande bénéficiaire de la Révolution française
         *         Les frustrations bourgeoises, à la fin de l’Ancien Régime
         *         L’alliance tactique entre privilégiés et élites bourgeoises
         *         Une Révolution bourgeoise en 1789
         *         3. L’accession au pouvoir (xixe siècle)
         *         3.1. Grande bougeoisie et noblesse
         *         Le rapprochement par l’anoblissement et le mariage
         *         Le croisement des capitaux
         *         Un même mode de vie
         *         3.2. Le temps des notables
         *         Un rôle public de premier plan jusque dans les années 1870
          *         Une large assise dans le monde rural
          *         3.4. La montée politique des professions libérales après 1870
           *         3.5. La contestation de la bourgeoisie
           *         Socialisme et mouvement ouvrier
           *         Communisme contre capitalisme
           *         4. Mutations de la bourgeoisie au xxe siècle
           *         4.1. L'apparition des cadres
           *         4.2. Le déclin des petits patrons
           *         4.3. L'adhésion à l'État
           *         L’attachement à l’État-providence
           *         Le rôle croissant de l’État
           *         Le vote à gauche d'une partie des bourgeoisies
            *         4.4. L'âge des loisirs
            *         4.5. Le retour des femmes dans la vie publique
            *         4.6. La fin du particularisme
bourgeoisie

Consulter aussi dans le dictionnaire : bourgeoisie
Cet article fait partie du dossier consacré à la Révolution française.


Avant la Révolution française, ensemble des bourgeois.


1. L'émergence de la bourgeoisie au Moyen Âge
1.1. Une catégorie d’abord spatiale, jusqu’au xie siècle
À l'origine, le terme de « bourgeoisie » désigne l'ensemble des habitants d'un bourg (bourgeois), agglomération créée à côté d'une cité épiscopale, auprès d'un monastère ou d'un château, et initialement dévolue à l’artisanat et aux échanges. Il s'applique à une forme de vie passée non plus sur le domaine seigneurial mais à la ville. Le terme burgensis, dérivé de Burg (« place forte », en allemand), est attesté pour la première fois dans une charte de l'an 1007, et passe peu à peu dans le langage courant.

1.2. Une nouvelle catégorie socio-économique aux xie-xiie siècles
C'est au xie siècle que se constitue, dans une Europe marquée par un essor économique progressif, cette nouvelle catégorie socio-économique. Le bourgeois est avant tout un citadin qui assure son existence soit par le métier qu'il pratique, soit par le commerce. Le bourgeois est donc le contraire d'un terrien ; tout naturellement, il demande au seigneur les libertés nécessaires à l'exercice de ses fonctions et les obtient, parfois à la suite de conflits violents, sous la forme de chartes de franchises applicables à l'ensemble de la bourgeoisie d'une commune. Celle-ci peut ainsi nommer ses représentants (échevins, consuls dans le Midi, aldermen en Angleterre), dont les équivalents modernes sont les conseillers municipaux. Dans les Flandres, les « communes  » s'émancipent de la tutelle féodale et se dotent d'institutions municipales propres. Le beffroi et le palais communal sont les symboles de l'indépendance fièrement affichée de ces villes franches.

1.3. L’épanouissement du patriciat au xiie siècle
À partir du xiie siècle, une élite se dégage : le patriciat, frange la plus riche de la bourgeoisie, qui monopolise le gouvernement de la ville et doit faire face à de nombreux soulèvements sociaux, particulièrement dans les régions d'Europe où le développement économique est le plus avancé (Flandres, nord de l'Italie). En Europe septentrionale, l'élite commerçante des ports les plus importants se regroupe dans une communauté économique (→ la Hanse) dont la puissance politique s'étend de la Baltique à la mer du Nord.

1.4. L’émergence de la bourgeoisie d’offices au xive siècle

Mais la bourgeoisie, c'est aussi le droit, et les robes noires des légistes qui entourent le roi et sa cour. Le renforcement progressif des États au xive siècle entraîne en effet le développement de leur appareil administratif. Les institutions monarchiques se spécialisent et font appel aux compétences des lettrés et des juristes formés au droit romain, théoriciens d'un pouvoir absolu et centralisé. En France, sous l'impulsion de Philippe le Bel, toute une bourgeoisie de fonction prospère à l'ombre de la monarchie, venant peupler les offices de juges, secrétaires, conseillers au Parlement et à la Chambre des comptes.

2. L'essor de la bourgeoisie à l'époque moderne (xvie-xviiie siècles)

À partir du xvie siècle, le commerce colonial offre à la bourgeoisie de nouvelles possibilités d'enrichissement, tandis que se développent les pratiques bancaires nées à la fin du Moyen Âge. Jouissant d'un pouvoir économique et culturel accru, celle-ci se heurte aux privilèges des membres du clergé et de la noblesse, et revendique un rôle politique à la hauteur de ses responsabilités économiques.

2.1. La bourgeoisie française en quête de noblesse
Les « bourgeois gentilshommes »

En France, l'ascension de la bourgeoisie est facilitée par le développement de l'administration royale, qui s'appuie sur elle contre la noblesse. Par les carrières anoblissantes qu'il propose, le service de l'État devient pour les bourgeois la voie obligée de l'affirmation sociale. Aussi voit-on les marchands et leurs fils se ruer sur les offices, les fonctions, les postes dans l'appareil d'État vendus par Louis XIV en France. Colbert, fils de négociant en drap devenu grand commis de l'État, illustre au plus haut point le cheminement des cohortes de « bourgeois gentilshommes » fraîchement anoblis par l'office.

Une bourgeoisie neutralisée par l’office et la terre
La montée de cette noblesse de robe ne manque d'ailleurs pas de provoquer la colère de la vieille noblesse militaire qui, avec Saint-Simon, dénonce le « règne de vile bourgeoisie ». L'achat par les bourgeois d'offices et de seigneuries, qui sont deux formes d'investissement dans le privilège, montre en fait leur soumission aux valeurs aristocratiques dominantes, leur « trahison » disait l’historien Fernand Braudel. Le négoce seul ne conduit pas à la réussite sociale, il faut en passer par la robe et la terre. En France, l'Ancien Régime canalise la fougue bourgeoise en monnayant l'intégration à la noblesse, seule élite reconnue, et en comptant sur la fidélité et la gratitude des robins.
Cependant, dans sa progression, l'absolutisme rencontre ailleurs la résistance des élites sociales qui veulent être associées à l'exercice du pouvoir et contrôler l'État. C'est le cas en Angleterre, très tôt, dès le xviie sièclle, où la bourgeoisie marchande se trouve aux côtés des fractions dynamiques de la gentry (petite et moyenne noblesse), dans un combat commun contre la « tyrannie » royale. Bien d'autres facteurs concourent aux révolutions anglaises de 1640 et 1688 (→ première révolution d'Angleterre, seconde révolution d'Angleterre), notamment les questions religieuses, mais on retient le rôle de la bourgeoisie : celle-ci n'a pas connu le modèle français d'intégration dans l'État et de neutralisation politique par l'office, et ses aspirations politiques libérales rencontrent aisément celles d'une aristocratie dont elle est proche socialement.

2.3. La grande bénéficiaire de la Révolution française

Les frustrations bourgeoises, à la fin de l’Ancien Régime

En France, le système louis-quatorzien a longtemps su faire taire les oppositions, mais bientôt son modèle intégrateur s'épuise : la « pompe aspirante » de l'office et de la robe se bloque quand la noblesse se ferme aux nouveaux venus. Les offices parlementaires anoblissants sont de fait interdits aux roturiers. Dans l'armée, les nobles les plus récents s'empressent de fermer la porte derrière eux et rejoignent la vieille noblesse militaire dans une ardente défense des privilèges : tel est le sens des édits de Ségur, en 1781, qui exigent des officiers quatre quartiers de noblesse.
C'est à ce titre que l'on peut parler d'une frustration de la bourgeoisie, socialement dévalorisée. Comme la noblesse, elle prospère largement par la rente, voire par le privilège royal qu'elle n'hésite pas à briguer, mais se voit refoulée dans ses tentatives d'intégration à l'aristocratie. Il y a là bien sûr un terrain favorable à la revendication politique, une fois épuisés tous les accommodements possibles.

L’alliance tactique entre privilégiés et élites bourgeoises
Précisément, la crise que traverse la monarchie française à la fin du xviiie siècle voit se nouer une alliance de fait (paradoxale, mais provisoire) des privilégiés et des élites bourgeoises, au nom de l'anti-despotisme. La défense des libertés cache des intérêts divergents : les uns entendent partager le pouvoir avec le roi pour faire échec aux projets de réforme fiscale menaçant leurs privilèges ; les autres aspirent à une égale représentation de tous les propriétaires, bourgeois comme nobles, au sein d'un régime de monarchie contrôlée. Libéralisme aristocratique d'un côté, libéralisme de « propriétaires » de l'autre : leur conjonction n'en fait pas moins chuter la monarchie absolue.

Une Révolution bourgeoise en 1789

Dès lors, le processus lancé en 1789 révèle la capacité de la bourgeoisie à prendre en marche le train de la Révolution. Poussée par l'événement, la bourgeoisie marchande et manufacturière, proprement capitaliste, se jette alors dans la brèche ouverte par la bourgeoisie officière et rentière  : il s'agit pour elle de tirer parti de la situation, en se portant au pouvoir pour garantir l'ordre et la propriété, aussi bien contre l'aristocratie contre-révolutionnaire que face au mouvement populaire. Si la Révolution française est « bourgeoise », c'est en ce sens que la bourgeoisie en tire les plus grands profits et se trouve propulsée à la direction politique du pays, fondant un nouvel ordre social sur le droit et la propriété.

3. L’accession au pouvoir (xixe siècle)

Associée au développement du capitalisme, que favorise la révolution industrielle, la bourgeoisie étend alors son influence tout au long du xixe siècle, encourageant le libéralisme politique (régime parlementaire, libertés individuelles) et économique (plus ou moins poussé selon les pays).

3.1. Grande bougeoisie et noblesse
Le rapprochement par l’anoblissement et le mariage
Dans les décennies qui ouvrent le xixe siècle, les rapports entre la noblesse, ordre privilégié de l'Ancien Régime, et la bourgeoisie, instigatrice des mutations économiques, se modifient. En Grande-Bretagne, en France, mais aussi en Italie, en Autriche-Hongrie et en Pologne, le passage entre grande bourgeoisie et noblesse devient fréquent. L'anoblissement constitue la voie d'accès la plus directe – et la plus étroite – à un ordre qui garde partout son prestige : quatre cents nouveaux lords en Grande-Bretagne entre 1832 et 1914, d'abord des hommes politiques, puis, à partir des années 1880, des industriels.
Le mariage interclasses devient plus courant, dans la mesure où les familles y trouvent leur intérêt ; suivant une stratégie matrimoniale rigoureuse qui vise à préserver le lignage et le titre, la partie noble – donc masculine – apporte son nom, tandis que la partie roturière met sa fortune dans la corbeille.

Le croisement des capitaux
Plus important encore pour la préservation des patrimoines est le croisement des capitaux entre noblesse et bourgeoisie. Dans un siècle où la terre cesse d'être la source majeure des profits, la noblesse élargit le champ de ses investissements. En France, des aristocrates plus titrés que fortunés apportent la caution de leur nom au conseil d'administration de sociétés anonymes désirant rassurer les petits actionnaires. Certains nobles deviennent de véritables capitaines d'industrie, tels les maîtres de forges de la famille de Wendel, dont un ancêtre, Ignace, avait fondé Le Creusot peu avant la Révolution. À l'inverse, la terre constitue un placement stable que les entrepreneurs bourgeois ne négligent pas.

Un même mode de vie

       
Enfin, nobles et grandes bourgeoisies, les classes dirigeantes de France ou de Grande-Bretagne partagent le même mode de vie. Elles se retrouvent à Nice ou à Marienbad, à la cour de Victoria, de François-Joseph ou de Napoléon III. Jamais on n'a bâti autant d'hôtels particuliers ni de châteaux. Jamais les domestiques n'ont été aussi nombreux : autant que les ouvriers du textile en Grande-Bretagne en 1851.

3.2. Le temps des notables
Un rôle public de premier plan jusque dans les années 1870

À un degré inférieur dans l'échelle des fortunes, les notables, rentiers et hommes de loi, assurent la transition entre les élites de l'Ancien Régime et celles de la société capitaliste. En France comme en Italie, au début du siècle, cette bourgeoisie moyenne se retrouve à la tête d'un patrimoine foncier considérable acquis à partir de la Révolution. Jusque dans les années 1870, les notables contrôlent au moyen du patronage – la protection qu'ils apportent à leur clientèle politique – les fonctions publiques de leur province et accaparent les institutions représentatives : en 1840, sous la monarchie de Juillet, 63 % des députés paient plus de 1 000 F d'impôts et luttent évidemment contre l'élargissement du cens électoral (soit la quotité d'imposition minimale nécessaire pour être électeur et, plus encore, éligible).

Une large assise dans le monde rural

En Grande-Bretagne et en France, la bourgeoisie bénéficie d'une large assise dans le monde rural : les paysans votent pour les notables, riches propriétaires fonciers qui les représentent, dans le cadre du suffrage censitaire, au Parlement. Ces relations de dépendance sont accentuées en Grande-Bretagne par la concentration de la propriété foncière.
Paradoxalement, la crise des campagnes et l'exode rural à la fin du siècle ne minent pas l'influence de la bourgeoisie sur la paysannerie, les notables continuant d'exercer leur patronage. Ainsi, la Société nationale de l'encouragement agricole et la Société des agriculteurs de France, qui rassemblent pourtant les plus gros propriétaires fonciers, prônent l'effort individuel et la défense de la petite exploitation paysanne, fondements de l'ordre social.

3.3. De nouvelles couches sociales : les classes moyennes
De leur côté, les classes moyennes adhèrent volontiers aux valeurs de la bourgeoisie, et les défendent, surtout face aux ouvriers. Une telle solidarité prend toute sa valeur quand, aux catégories indépendantes de type ancien (petits patrons, boutiquiers, rentiers et professions libérales les plus modestes), les mutations économiques adjoignent les salariés du secteur tertiaire (employés de bureau en nombre croissant). Tous partagent avec la bourgeoisie le culte du travail, de l'épargne, de la famille, de la liberté individuelle. Tous cherchent à vivre bourgeoisement, en particulier en s'offrant les services d'un domestique. Paysannerie et classes moyennes reconnaissent d'autant mieux à la bourgeoisie son droit à faire respecter l'ordre social qu'elles se sentent menacées par les ouvriers, ces « nouveaux barbares » issus de la révolution industrielle.

3.4. La montée politique des professions libérales après 1870

Après la suppression du suffrage censitaire – en 1848 en France, et par étapes entre 1867 et 1918 en Grande-Bretagne –, paysannerie et classes moyennes de ces deux pays délèguent plus volontiers le rôle de représentant politique à la moyenne bourgeoisie des professions libérales. Médecins et avocats notamment, qui ne doivent leur réussite sociale qu'à leurs succès universitaires et à leurs talents, et non, comme les notables traditionnels, à la transmission d'un patrimoine, ont un grand prestige. De plus, leur autonomie financière vis-à-vis de l'État et des puissances d'argent les incite à s'ériger en défenseurs du libéralisme et du parlementarisme.
En France, où, en 1865, sous le Second Empire, Gambetta prédit « l'avènement de nouvelles couches [sociales] », la bourgeoisie intellectuelle constitue l'ossature du parti républicain ; elle formera le personnel politique de la IIIe République.

3.5. La contestation de la bourgeoisie
Socialisme et mouvement ouvrier

La bourgeoisie subit cependant les attaques des théoriciens socialistes, Proudhon et surtout Karl Marx, qui l'opposent, en tant que classe détentrice des moyens de production, à la masse ouvrière exploitée. Elle doit dès lors compter avec l'essor des mouvements socialistes et syndicalistes, dont l'action, fondée sur la lutte des classes, vise au renversement de l'ordre social. Les entrepreneurs allemands doivent ainsi faire face à une forte contestation ouvrière, à laquelle le parti social-démocrate d'Allemagne fournit, dès 1869, une organisation puissante. Ils font donc alliance avec l'aristocratie et le pouvoir politique, obtenant de Bismarck qu'il réprime le mouvement ouvrier.

Communisme contre capitalisme

Dans les régimes communistes mis en place après la révolution russe de 1917, la bourgeoisie, considérée comme « ennemi de classe », se voit dépossédée de ses pouvoirs. Ailleurs, son influence reste dominante dans les pays industrialisés, dont l'évolution est cependant avant tout caractérisée par une forte extension des « classes moyennes ».

4. Mutations de la bourgeoisie au xxe siècle

Les mutations technologiques et la croissance économique pendant la seconde moitié du xxe siècle ont provoqué une spectaculaire croissance des activités de services. En France, la part des emplois tertiaires passe de 48 % à 63 % de la population active en vingt ans (1970-1990). En Grande-Bretagne, 1,7 million d'emplois de services sont créés entre 1979 et 1986, soit l'équivalent du nombre d'emplois industriels supprimés dans le même temps.

4.1. L'apparition des cadres
Les postes de gestion dans les entreprises et la fonction publique sont désormais confiés à des personnes ayant reçu un enseignement professionnel supérieur, qui forment une nouvelle catégorie de salariés : les cadres. Le terme naît dans les années 1930, et recouvre toute une hiérarchie qui va des cadres moyens ou techniques aux cadres supérieurs ou dirigeants. En 1954, ils forment seulement 8 % de la population active en France, alors qu'ils atteignent 20 % en 1982.
Inspirés du modèle américain, les cadres dirigeants ont le culte de la compétence et de la rationalité, qu'ils voudraient voir substituées aux idéologies politiques. Ils appliquent ces règles à leur propre carrière : le curriculum vitae, commenté lors de l'entretien d'embauche par le candidat, doit révéler un parcours cohérent, toujours tourné vers la recherche de l'efficacité.

4.2. Le déclin des petits patrons
Si elle accroît la classe moyenne des salariés, l'évolution économique défavorise la petite bourgeoisie indépendante. Alors qu'en 1930, en France, les petits patrons du commerce et de l'industrie représentaient 17 % de la population active, ils n'en forment plus que 7,8 % en 1975, à l'issue de la grande période de croissance de l'après-guerre. Se sentant menacés par les mutations de la technologie et des techniques de vente, ils se retournent contre l'État dans lequel ils avaient jusque-là placé leur confiance pour les défendre contre les « gros ». En 1956, Pierre Poujade cristallise les tendances antiparlementaires, autoritaires, antisémites et antifiscales déjà apparues dans les années 1930 chez certains d'entre eux, et les canalise contre celui qui incarne la modernisation de l'économie et de l'État : Pierre Mendès France.
Un peu partout en Europe, les petites bourgeoisies indépendantes, sur le déclin, manifestent leur mécontentement par une semblable hostilité à l'État et aux législations contraignantes.

4.3. L'adhésion à l'État
L’attachement à l’État-providence
En revanche, une partie des bourgeoisies européennes se distingue, des années 1930 au début des années 1980, par une adhésion croissante à l'intervention de l'État. Même en Grande-Bretagne où, à partir de l'accession de Margaret Thatcher au poste de Premier ministre, en 1979, le sentiment contraire semble s'imposer, les sondages montrent avec constance l'attachement des Britanniques à l'État-providence (Welfare State) dans l'éducation, la santé et les systèmes de retraite.

Le rôle croissant de l’État
De fait, après 1945, en Grande-Bretagne comme en France, à travers les nationalisations, la planification et l'aménagement du territoire, l'État joue un rôle croissant, y compris dans les relations professionnelles (loi de 1968 portant création des sections syndicales d'entreprise, loi de 1978 sur la mensualisation des salariés). En République fédérale d'Allemagne, le principal parti de gouvernement, la CDU-CSU, pourtant acquis dès 1949 à l'économie de marché, encourage la cogestion entre employeurs et salariés sous l'arbitrage de l'État. Enfin, la demande d'intervention des pouvoirs publics s'étend aux orientations culturelles, avec les Art Councils en Grande-Bretagne, les maisons de la culture en France, etc.
Le vote à gauche d'une partie des bourgeoisies
Cette acceptation du rôle de l'État amène une partie des bourgeoisies européennes à voter à gauche, surtout après que certains partis ont laissé de côté leurs traditions ouvrières, comme le parti social-démocrate allemand dès 1959 ou le Labour Party britannique en 1964.

4.4. L'âge des loisirs
La réduction du temps de travail, la hausse du niveau de vie, la diffusion de moyens de communication de masse développent une véritable culture des loisirs qui valorise la nature et le corps. Des activités jusqu'alors cantonnées aux pelouses des public schools britanniques, tennis ou golf, se démocratisent. Le nombre des titulaires de licences sportives double en France entre 1970 et 1980. La bourgeoisie, grâce à ses revenus, est la classe qui en profite le plus : en 1983, 85 % des cadres supérieurs français partent en vacances l'été, et 30 % l'hiver, contre respectivement 50 % et 5 % chez les ouvriers.

4.5. Le retour des femmes dans la vie publique
La croissance des emplois tertiaires et l'évolution des mentalités redonnent aux femmes de la bourgeoisie une place dans la vie publique : elles accèdent à des responsabilités importantes dans les entreprises et dans l'administration, et participent davantage à la vie politique. Mais cette place reste minoritaire. C'est un des thèmes de revendication des mouvements féministes européens qui, du xixe siècle au début du xxie, recrutent surtout parmi les femmes des milieux les plus cultivés.

4.6. La fin du particularisme allemand après 1945
La bourgeoisie allemande participe à ce mouvement de convergence. Après son consentement au nazisme, qui prolonge la faiblesse du parlementarisme et du libéralisme du xixe siècle, et la véritable révolution culturelle provoquée par la défaite en 1945, elle rejoint les pratiques et les valeurs des bourgeoisies de l'Europe occidentale, dont la propriété, le droit et les libertés restent les points cardinaux.

 

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PLAN
         *         ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
         * 

         *         1. L'Assemblée nationale constituante (1789-1791)
         *         1.1. La naissance de la Constituante
         *         1.2. La première assemblée politique
         *         Les divisions politiques
         *         La nuit du 4 août : l'abolition des privilèges
         *         1.3. Les premières mesures législatives
         *         2. L'œuvre de la première Constituante
         *         2.1. La Constitution de 1791
         *         2.2. Le mode électoral
         *         2.3. La nouvelle organisation territoriale
         *         2.4. Le décret Le Chapelier et la Constitution civile du clergé
         *         3. Les autres Constituantes
         *         3.1. L'Assemblée de 1848
         *         3.2. Les Constituantes de la IVe République

Assemblée constituante

1. L'Assemblée nationale constituante (1789-1791)
L'Assemblée nationale constituante de 1789 est née des états généraux convoqués à Versailles le 5 mai 1789 par Louis XVI. Les états étaient, selon le droit public de l'ancienne monarchie, des « plaignants, remontrants et, s'il plaît au roi, des proposants », porteurs des cahiers de doléances. Ils n'avaient aucun pouvoir propre, étaient convoqués, ajournés ou dissous selon la volonté du roi, qui réglait leur composition et leur ordre du jour.

1.1. La naissance de la Constituante
Dès le 11 mai 1789, alors que les délibérations des états généraux étaient au point mort depuis le 6 mai, le tiers état décida de vérifier les pouvoirs de l'ensemble des députés des trois ordres et se réunit seul sous le nom de Communes. Le 12 juin, il adressa une ultime invitation aux deux autres ordres afin qu'ils se joignent à lui pour vérifier en commun les mandats ; quelques curés répondirent à l'appel le 13. Le 17 juin, par 490 voix contre 90, les Communes décidèrent de se constituer en Assemblée nationale. Le 19 juin, le clergé se réunit au tiers.
Dès le 17 juin, l'Assemblée avait décidé que les impôts ne seraient plus perçus le jour où elle serait forcée de se séparer. En outre, elle dénia au roi le droit d'exercer son veto sur ses décisions présentes et à venir.
Mais le roi et la noblesse intransigeante cherchèrent à empêcher l'Assemblée de se réunir. Elle trouva refuge le 20 dans la salle du Jeu de paume, à Versailles, et prononça le serment du Jeu de paume. Le 23, le roi tenta de disperser l'Assemblée ; le 27, il invita enfin le clergé et la noblesse à se réunir au tiers, afin de « protéger sa personne », mais il accumula les maladresses et dut, après la prise de la Bastille, se rendre à l'Assemblée nationale, où il annonça le renvoi des troupes qui stationnaient à Paris.
L'Assemblée nationale, qui s'était proclamée « constituante » le 9 juillet, commença à gouverner la France et à préparer une Constitution. Ces transformations révolutionnaires ne s'étaient pas faites à l'unanimité des députés élus. Les députés n'étaient pas organisés par groupes parlementaires, mais des tendances les divisaient, de même que leurs origines différentes. Le tiers état avait fourni des bourgeois, souvent avocats ou juges, hostiles aux privilèges du clergé et de la noblesse mais incertains sur les réformes à entreprendre. Les élus de la noblesse étaient en général dévoués à l'autorité royale et désireux de conserver l'existence propre de leur ordre. Quant aux représentants du clergé, il s'agissait surtout de curés, proches du tiers état.

1.2. La première assemblée politique
Ces hommes n'avaient aucune expérience politique car la Constituante était la première assemblée de ce type en France depuis les états généraux de 1614. Les députés aimaient l'éloquence, s'épuisant parfois en discours interminables, sans que l'on puisse cependant leur reprocher un travail législatif insuffisant.

Les divisions politiques
Dans les débats, aux « aristocrates » s'opposaient les « patriotes » (la grande majorité). Mais les « patriotes » étaient eux-mêmes très divisés et le furent de plus en plus à mesure que la Révolution précipita sa marche.
On distingua les monarchiens, royalistes modérés effrayés du désordre naissant et que Mirabeau rejoignit en 1790, des constitutionnels avec Bailly et La Fayette, le maire de Paris et le chef de la garde nationale parisienne depuis le 14 juillet 1789. Ces constitutionnels dominèrent l'Assemblée.

La nuit du 4 août : l'abolition des privilèges
Pour calmer les paysans en proie à la Grande Peur, l'Assemblée décréta dans une extraordinaire atmosphère d'exaltation, le 4 août 1789, le rachat des droits féodaux (seuls la dîme et les droits féodaux honorifiques étaient abolis gratuitement). Sur sa lancée, elle abolit les corporations, supprima tous les privilèges des individus, des corps et des provinces. En une nuit, l'ancienne société avait péri et de nombreuses lois particulières ne firent que le préciser par la suite (→ nuit du 4 août).

1.3. Les premières mesures législatives
Le 26 août 1789, l'Assemblée vota la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen en préface à la future Constitution. Le 11 septembre, l'Assemblée accorde au roi un droit de veto, qui ne peut cependant s'appliquer ni aux lois constitutionnelles, ni aux lois fiscales.
En octobre 1789, elle suivit le roi à Paris et s'installa dans l'ancien manège du palais des Tuileries. Les députés les plus modérés se groupèrent à la droite du président tandis que leurs collègues les plus révolutionnaires se placèrent à sa gauche. C'est l'origine du sens politique des mots « gauche » et « droite ».
Le 2 novembre 1789, l'Assemblée décréta la « mise à la disposition de la nation » des biens du clergé et inventa la politique monétaire des assignats, papier-monnaie gagé sur les biens du clergé. Les protestants, le 24 décembre 1789, puis les juifs, le 28 janvier 1790, sont admis au droit de cité.
Ce fut le début d'une œuvre législative accomplie dans le tumulte et l'agitation. L'Assemblée était soumise aux pressions des clubs politiques et du peuple parisien présent et manifestant dans les tribunes ; elle était assaillie de pétitions que l'on venait lui présenter dans la salle des séances. Elle fit face en 1791 à la fuite du roi à Varennes et le suspendit de ses fonctions du 25 juin au 14 septembre 1791. Mais, profondément monarchique encore, craignant les nouvelles tendances républicaines et démocratiques, la majorité refusa de le traduire en jugement et l'on avalisa la fiction de son enlèvement malgré lui.

2. L'œuvre de la première Constituante

2.1. La Constitution de 1791
Cette Constitution, la première Constitution écrite de la France, n'a été appliquée qu'un peu moins de un an. Mais son importance politique est considérable car elle est restée la source de toute une tradition constitutionnelle française : celle de la souveraineté nationale incarnée par une Assemblée omnipotente. L'Assemblée nationale législative exerçait seule le pouvoir législatif dans son entier et en toute indépendance. Elle siégeait en permanence, et le roi ne pouvait ni l'ajourner, ni la dissoudre ; seuls les représentants pouvaient déposer un projet de loi, le roi ne conservant qu'un veto suspensif. Le souverain, « par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État, roi des Français », et ce depuis le 10 octobre 1789, n'était plus que le délégué de la nation. Ses ministres, qu'il nommait et révoquait mais qu'il devait choisir en dehors de l'Assemblée, devaient rendre compte de leur administration à la Législative.

2.2. Le mode électoral
Deux pouvoirs se faisaient face, rigoureusement isolés l'un de l'autre, avec l'avantage à l'Assemblée législative, élue au suffrage censitaire indirect (cens).
Pour être citoyen actif, électeur au premier degré, il fallait payer une contribution directe au moins égale à trois journées de travail ; cela représentait 4 300 000 personnes. Les électeurs du second degré étaient élus parmi les citoyens actifs payant une contribution égale à dix journées de travail ou plus. Ce sont ces derniers qui élisaient les députés, lesquels devaient payer une contribution directe au moins égale à un marc d'argent et posséder en outre une propriété foncière. Ainsi, l'aristocratie de fortune remplaçait l'aristocratie de naissance.

2.3. La nouvelle organisation territoriale
L'Assemblée organisa une nouvelle division territoriale en départements, districts, cantons et communes. Elle pratiqua une décentralisation très poussée : tous les fonctionnaires furent remplacés par des élus locaux à tous les échelons de l'Administration. C'était anéantir des siècles de centralisation monarchique. Les juges furent de même élus comme les receveurs chargés de lever les nouveaux impôts que l'Assemblée créa.
Ainsi, le pouvoir exécutif n'avait aucune autorité sur ses agents. L'armée demeurait le seul corps de l'État dont le roi nommait les chefs ; mais la Garde nationale élisait ses officiers.

2.4. Le décret Le Chapelier et la Constitution civile du clergé
Dans le domaine économique, la Constituante, après avoir aboli les entraves à la liberté du commerce et de l'industrie, prohiba par le décret Le Chapelier – nom de son initiateur – les coalitions ouvrières, disposition appliquée jusqu'en 1884.
Dans le domaine religieux, elle vota et appliqua la Constitution civile du clergé. Ce fut la partie sans doute la plus contestée de son œuvre ; une œuvre qu'elle couronna par un acte unique de désintéressement : sur proposition de Robespierre, elle déclara ses membres inéligibles à l'Assemblée législative.
L'Assemblée se sépara le 30 septembre 1791, après que Louis XVI eut juré solennellement devant elle de respecter la Constitution votée le 3 septembre, et après avoir voté une amnistie générale pour toutes les personnes condamnées pour faits d'émeute à partir de 1788.
Pour en savoir plus, voir l'article Révolution française.

3. Les autres Constituantes

3.1. L'Assemblée de 1848

L'Assemblée nationale constituante de 1848 fut convoquée par le gouvernement provisoire issu de la révolution de février. Élue au suffrage universel masculin, elle se réunit le 4 mai 1848 et compta, sur 880 représentants, une majorité de républicains modérés contre des minorités socialistes et monarchistes. L'Assemblée confia le pouvoir à une commission exécutive présidée par Lamartine ; puis après l'émeute du 15 mai – des manifestants envahirent la salle de séances – et les journées de juin, elle confia la dictature au général Cavaignac. Elle vota le 4 novembre 1848 une Constitution assez proche de celle de 1791 avec une Assemblée unique et un président élu au suffrage « universel » (les femmes sont toujours exclues), et disposant d'une Administration très centralisée, ce qui assurait dans les faits sa prépondérance et permit le coup d'État du 2 décembre 1851 par Louis Napoléon.

3.2. Les Constituantes de la IVe République
La première, élue le 21 octobre 1945, élabora un projet de Constitution qui fut refusé par le référendum du 5 mai 1946. Elle siégea du 6 novembre 1945 au 26 avril 1946.
La seconde, élue le 2 juin 1946, prépara la Constitution de la IVe République, adoptée, malgré le refus du général de Gaulle, par le référendum du 13 octobre 1946. Elle organisait un régime d'Assemblée avec un gouvernement étroitement dépendant des députés, et un président de la République sans pouvoirs.
Pour en savoir plus, voir l'article IVe République.

 

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