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AFGHANISTAN

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Afghanistan

 DOCUMENT   larousse.fr    LIEN


État d'Asie centrale, l'Afghanistan est limité au nord par le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan, au nord-est par la Chine, au sud-est par le Pakistan et à l'ouest par l'Iran.

*         Superficie : 650 000 km2
*         Nombre d'habitants : 30 552 000 (estimation pour 2013)
*         Nom des habitants : Afghans
*         Capitale : Kaboul
*         Langues : dari et pachto
*         Monnaie : afghani
*         Chef de l'État : Ashraf Ghani
*         Chef du gouvernement : Ashraf Ghani
*         Constitution :
    *         Adoption : 4 janvier 2004
    *         Entrée en vigueur : 26 janvier 2004
Pour en savoir plus : institutions de l'Afghanistan

GÉOGRAPHIE
C'est un pays en majeure partie montagneux (surtout au nord : Hindu Kuch) et aride (souvent moins de 250 mm de pluies), ouvert par quelques vallées (Amou-Daria au nord, Helmand au sud). Au pied des reliefs, relativement arrosés, se sont développées les cultures céréalières et fruitières et implantées les principales villes (Kaboul, Kandahar, Harat). Le reste du pays est surtout le domaine de l'élevage, souvent nomade, du mouton. La culture du pavot (opium), officiellement interdite, demeure florissante. Les richesses minières du sous-sol (cuivre, lithium) semblent prometteuses. La population, islamisée, présente une grande diversité ethnique, avec des éléments appartenant au groupe iranien (Pachtouns [40 %] et Tadjiks [30 %]) et d'autres d'origine turque (Ouzbeks, Turkmènes, Kirghiz). Elle a gravement souffert, en même temps que toute l'économie du pays, de l'occupation soviétique des années 1980, et des divers conflits qui se sont succédé depuis.
1. LE MILIEU NATUREL

L'Afghanistan est un haut pays dont l'ossature est constituée par un axe montagneux médian qui, de direction ouest-est, à l'ouest (où il est scindé en trois faisceaux parallèles, séparés par les hautes vallées du Mourgab et du Hari Rud) et au centre (où il se soude en une masse unique, le Kuh-e Baba), se redresse dans l'Est (vers une direction S.-O./N.-E.), dans l'Hindu Kuch, qui va se fondre dans le nœud orographique du Pamir. Sur le versant nord de l'arc montagneux médian, les collines et les plaines de piémont du Turkestan afghan descendent jusqu'à 250-300 m d'altitude vers l'Amou-Daria, qui délimite la frontière avec le Turkménistan et l'Ouzbékistan. Au sud-ouest, les cuvettes du Sistan, où se perd le Helmand, s'abaissent jusqu'à 460 m. La frontière avec le Pakistan est occupée par un autre axe montagneux (les chaînes du Paktia, 3 500 m), qui va se fondre à la hauteur du bassin de Kaboul (1 800 m) dans l'Hindu Kuch, dont le sépare au sud-ouest le fossé Kandahar-Ghazni. À l'est, la vallée de la rivière de Kaboul donne accès au Pakistan par le bassin de Djalalabad et la passe de Khaybar.

Le climat de ces hautes terres est très rude, extrêmement continental et en même temps fortement marqué par l'aridité, la plus grande partie du pays ne recevant guère que de médiocres pluies d'orages de printemps ou les dernières précipitations apportées par des dépressions hivernales d'origine méditerranéenne qui arrivent ici très effacées. Le Sud-Est reçoit seul les derniers effluves de la mousson indienne (pluies d'été qui constituent la majeure partie des précipitations jusque dans la région de Kaboul). Le total des précipitations tombe à moins de 100 mm par an dans le Sistan. Il se tient vers 200-400 mm sur les piémonts nord et sud des montagnes médianes et ne devient appréciable que sur les sommets de l'Hindu Kuch oriental, où il peut dépasser un mètre, et sur les chaînes du Sud-Est arrosées par la mousson. C'est là que se trouvent les seules véritables forêts du pays (étage inférieur de chênes et pins ; cèdres deodars en altitude), qui alimentent une exportation régulière et une contrebande active vers le Pakistan. Les montagnes centrales ne comportent, au-dessus des steppes à pistachiers des piémonts, qu'un étroit étage de forêts de genévriers (entre 2 000 et 2 700 m d'altitude, au-dessous de la steppe alpine), d'ailleurs presque complètement détruit aujourd'hui.
Trois décennies consécutives de guerre (depuis 1979) ont bouleversé la géographie économique et humaine de l'Afghanistan. Victime, en raison de sa situation géopolitique, du « grand jeu » entre les Britanniques et les Russes, puis entre les États-Unis et l'ex-U.R.S.S., le pays accuse un retard économique et social parmi les plus forts du monde.
2. LES POPULATIONS
Dans ce contexte aride, les montagnes médianes ont servi de refuge à des populations sédentaires, essentiellement de langue persane (parlée par environ le quart de la population du pays), qui s'y sont accrochées dans des terroirs irrigués de fond de vallée, aménagés en terrasses, et entourés de cultures pluviales sur les pentes, tandis que les piedmonts steppiques étaient submergés par des populations nomades lors des grandes invasions médiévales turco-mongoles. Mais l'axe montagneux a été d'autant plus imperméable au nomadisme qu'il était plus élevé et plus arrosé. Dans l'Est se sont maintenues des populations de langue darde (groupe intermédiaire entre les parlers indiens et iraniens), restées païennes (les Nurestanis ou Kafirs [infidèles]) jusqu'à la fin du xixe s., à côté des Tadjiks de langue persane qui y sont la population dominante, cultivateurs habiles et artisans, dans les bourgades et les villes (Kaboul) du piedmont. Les Tadjiks, qui constituent l'ancienne population aborigène persane, parlent un dialecte persan khorassanien (dari) ; ils sont sédentaires et détribalisés de longue date. Au centre, les Hazara, également de langue persane, ont subi une influence turco-mongole beaucoup plus prononcée, qu'ils ont assimilée linguistiquement, mais qui a laissé des marques dans le genre de vie (abris dérivés de la yourte comme habitats d'été). À l'O. (plus morcelé et plus sec), les Tchahar Aymaq (« les quatre tribus »), de langue également persane, mais franchement semi-nomades, ont été fortement influencés par la culture matérielle des nomades turcs. Sur le versant nord des montagnes médianes, ceux-ci ont totalement submergé les vieux agriculteurs autochtones du piedmont. Une importante minorité turcophone (15 à 20 % de la population totale du pays) se partage, dans ce qui est devenu le « Turkestan afghan », entre les deux peuples dominants de basse Asie centrale : Ouzbeks à l'E. et Turkmènes en cours de détribalisation à l'O.
Au sud des montagnes médianes, enfin, s'est individualisé le peuple des Pachtouns (ou Pathans), parlant une langue iranienne orientale (pachto), dont d'importantes fractions, à la suite du contrecoup des invasions médiévales, sont passées au nomadisme dans les déserts méridionaux et s'y sont organisées en grandes confédérations, Durrani au S. et la grande tribu nomade des Rhalzays (ou Ghalzays) qui estivent dans les montagnes centrales. Peuple dominant du pays, les Pachtouns ont été à l'origine de l'État afghan au xviiie siècle Abd-al-Rahman (1880-1901), puis ses successeurs, ont favorisé leur extension plus ou moins dans tout le pays, dans le but d'asseoir leur domination politique. Ils ont ainsi ouvert les hauteurs du Hazaradjat aux nomades du Sud comme pâturages d'été, puis ont installé dans le Turkestan d'importants groupes, nomades ou sédentaires.
Les principales minorités mixtes sont des Baloutches au S., des Kirghiz au N.-E., des Jats, des Kizil Bach, des sikhs, et des peuples dits « arabes ». La confession dominante est l'islam sunnite hanafite. Les Hazara et une partie de la population persane aborigène sont chiites duodécimains ou parfois ismaéliens. Les structures tribales sont généralement désagrégées, à l'exception des tribus pachtouns et, dans une moindre mesure, des Hazara. Le pouvoir politique traditionnel est assumé par le khan, ou mir, assisté d'un conseil tribal ou « des barbes blanches ». La propriété foncière est liée à celle de l'eau d'irrigation, les terres non irriguées étant collectives. La semi-nomadisation est répandue : réduite (campement d'été sur les champs en friche, assurant leur fertilisation) ou à moyenne et longue distance entre les pâtures de montagne, l'été, et les vallées, l'hiver. L'habitat d'hiver est généralement la maison de terre séchée à toit plat ou à dôme ; l'habitat d'été est, au N., la yourte mongole circulaire, au S., la tente noire de poils de chèvre (habitat unique des nomades). Les mariages interethniques sont rares ; les mariages entre cousins, ou mieux les mariages croisés, sont préférés en raison de la dot élevée. La monogamie domine. Avec 6,6 enfants par femme, le taux de fécondité du pays est l'un des plus élevés du monde, derrière celui du Niger. L'espérance de vie à la naissance, inférieure à 44 ans, est la plus faible du monde.
Turkmènes et Ouzbeks pratiquent de nombreux artisanats (tapis, feutre, métaux, etc.).
La répartition du peuplement opposait traditionnellement les piémonts du Nord aux terres méridionales, beaucoup moins peuplées. Mais les mouvements de population et le million de morts lié à la guerre avec l'Union soviétique ont contribué à la désertification de plusieurs régions : les régions frontalières du Pakistan et de l'Iran ont ainsi perdu plus de 80 % de leurs habitants, tandis que la région de Kaboul a connu une augmentation de 40 % de sa population.
3. LE SECTEUR AGRICOLE ET LE MONDE RURAL
L'Afghanistan constitue un cas extrême de sous-développement, qui s'explique en partie par l'isolement du pays, dû à la situation continentale, mais aussi au rôle d'État tampon entre les possessions russes et britanniques en Asie, qu'aucune grande puissance n'avait intérêt à ouvrir vers l'extérieur. C'est seulement depuis 1964 qu'un tunnel à travers le col du Salang, à plus de 3 000 m d'altitude, a permis la construction d'une route carrossable en hiver entre les deux versants de l'Hindu Kuch, et la route de rocade périphérique à revêtement stable qui fait le tour du pays n'est pas encore complétée au N.-O. L'Afghanistan, d'autre part, n'a pas de réseau ferroviaire.
Le secteur agricole occupe encore plus de la moitié de la population active et fournit le tiers du produit intérieur brut. Une des originalités de l'Afghanistan réside dans l'importance du nomadisme : environ 6 à 7 % de la population le pratique sur la quasi-totalité du territoire. Le nomadisme pastoral (moutons et chèvres), qui a longtemps dominé l'agriculture sédentaire, est aujourd'hui en net recul. Il n'aboutit pas toujours, cependant, à une sédentarisation mais se traduit, souvent, par la recherche de travaux saisonniers. Le reste de l'activité agricole se répartit entre les fonds de vallées et les oasis des piémonts. Ces dernières sont dépendantes, pour la plupart, de l'irrigation, qui y est très ancienne : on distingue les oasis à karez (galeries drainantes souterraines) des grandes oasis fluviales. La construction de barrages modernes (Dahla, Kadjakay, Darounta) ont permis une augmentation notable de la surface irriguée. La culture céréalière d'hiver (blé et orge) prédomine, tandis que le riz, le maïs et le coton (au nord) sont cultivés, l'été, lorsque l'eau est suffisante (ce qui n'est pas le cas de la majorité des oasis). Les fonds de vallées permettent une agriculture plus intensive, en terrasses irriguées, grâce à une pluviométrie plus importante.
4. LE SECTEUR INDUSTRIEL

Seulement le cinquième de la population afghane est urbaine. Kaboul, avec plus de 3 millions d'habitants, concentre la plupart des activités industrielles du pays. Les secteurs dominants sont l'agroalimentaire, le textile (coton) et les constructions mécaniques. L'artisanat (tapis, soieries, orfèvrerie, etc.) reste actif. La rivière de Kaboul, en aval de la capitale, permet son alimentation en énergie grâce à ses centrales hydroélectriques. Mais l'afflux de réfugiés (la ville ne comptait que 900 000 habitants en 1979) a profondément déséquilibré le réseau urbain en sa faveur. Le second pôle industriel du pays se trouve au nord, autour de Mazar-e Charif, qui comprend des usines chimiques (engrais) et textiles. Le sous-sol afghan ne recèle pas de pétrole mais possède un gisement de gaz naturel, au nord, dans le Turkestan afghan (Chebarghan). Les autres ressources minières sont très difficilement exploitables à cause du relief, mais elles semblent prometteuses (cuivre, lithium...). L'existence de lapis-lazuli dans le Badakhchan n'a guère qu'une importance symbolique, tandis que le charbon de l'Hindu Kuch, à l'est, produit environ 1 000 tonnes par an, une quantité négligeable. Le pays dispose d'un fort potentiel énergétique (électricité, gaz), encore inexploité.
L'état de l'économie afghane est catastrophique. Les exportations (gaz, fruits secs, dérivés du textile, peaux et cuirs) sont inférieures aux importations et le pays dépend largement de l'aide internationale et humanitaire. L'Afghanistan est redevenu en 2002 le premier producteur mondial d'opium. La culture du pavot a retrouvé le niveau record de la fin des années 1990, après avoir très fortement diminué sous le régime des talibans qui l'avaient interdite en 2000.
HISTOIRE
1. INTRODUCTION : UN CARREFOUR DE CIVILISATIONS
Situé au cœur de l'Asie, l'Afghanistan est le lieu de rencontre des nomades, Scythes, Huns, Turcs, Mongols, et des grandes civilisations sédentaires, souvent expansionnistes, d'Iran, de Chine et d'Inde. Des voies internationales, utilisées très anciennement, le traversent : la plus prestigieuse est la « route de la soie », qui évoque l'antique commerce entre la Chine et Rome ; d'autres, souvent des variantes de celle-ci, ont été, au cours des siècles, empruntées par les armées, les missionnaires et les commerçants. Aussi l'Afghanistan reçoit-il toutes les influences ; mais il ne se contente pas de les subir, il est un creuset et donne peut-être autant qu'il emprunte. Ainsi joue-t-il, par exemple, un rôle capital dans la diffusion du bouddhisme vers l'Est et de l'islam en Inde.
Relevant en définitive essentiellement du monde iranien, il ne forme un État qu'à une date récente ; pendant des siècles, il dépend de vastes empires, parfois créés par ses habitants, parfois les englobant seulement. De structure tribale, et ethniquement diversifié par les dépôts des invasions (turcophones et Mongols surtout), il professe néanmoins un nationalisme qui reflète le sens aigu de la communauté culturelle et l'amour des antiques traditions. Presque exclusivement musulman sunnite (→ sunnisme), il accorde une place essentielle au fait religieux.
2. DES ORIGINES À LA NAISSANCE DE L'AFGHANISTAN MODERNE
2.1. LES ARYENS
La préhistoire est encore mal connue. Les missions françaises ont cependant mis au jour, à Mundigak, sept niveaux de civilisation s'étageant du IVe millénaire aux alentours de l'an 500 avant J.-C. C'est à une époque indéterminée que les Aryens, venus de l'ouest, occupent le pays et fixent son ethnie de base.
DANS L'EMPIRE PERSE
Sous les Achéménides, l'Afghanistan, sans doute intégralement conquis par Cyrus, est divisé en cinq satrapies par Darios Ier. La pax iranica y règne pendant deux siècles, ce qui lui permet de participer au grand essor de l'Iran et de se laisser imprégner par la réforme religieuse de Zarathushtra.
CENTRE D'UNE CIVILISATION GRÉCO-BOUDDHIQUE
La conquête d'Alexandre (329 avant J.-C.) provoque, plus qu'ailleurs, une symbiose de la Grèce, de l'Iran et de l'Inde. Mais les satrapies subsistent et, à la mort d'Alexandre, entrent en lutte intestine. Les Séleucides, la dynastie indienne des Maurya et le royaume de Bactriane dominent tour à tour.
L'EMPIRE KUSHANA
À la fin du iie siècle avant J.-C., de nouvelles invasions aryennes amènent la prépondérance de la tribu kushana, qui atteint son apogée sous Kujula (en grec Kadphisês) au ier siècle après J.-C. et sous Kanishka au iie siècle. Malgré la présence d'autres courants religieux (autel du feu à Surkh Kotal), le pays se livre alors au bouddhisme (grand sanctuaire de Bamiyan). Son très grand essor est seulement freiné par le retour en force de l'Iran avec les Sassanides (iiie siècle) et les invasions des Huns Blancs ou Hephthalites (Turco-Mongols), qui font régner insécurité et oppression.
2.2. DES ARABES AUX SÉFÉVIDES
UNE LENTE ISLAMISATION
En 651 (conquête de Harat), les Sassanides sont vaincus par les armées arabes, qui occupent le pays. Elles se heurtent à une vive résistance qui empêche toute arabisation et rend l'islamisation fort lente : l'antique Kapisha (région de Kaboul) ne sera convertie qu'à la fin du ixe siècle, et, jusqu'au xiiie siècle, il subsistera de nombreuses principautés vassales ou indépendantes.
LES GHAZNÉVIDES
Dans le Nord, les Samanides, Iraniens originaires de Saman, près de Balkh, obtiennent la prépondérance. Les mercenaires turcs qu'ils recrutent amènent une ère nouvelle. En 962, l'un d'eux, Alp Tigin, se rend indépendant dans la région de Ghazni. Ses successeurs, et surtout Mahmud (999-1030), à la tête de la dynastie des Ghaznévides, étendent leur domination jusqu'à Ispahan et lancent dix-sept expéditions sur l'Inde. De Ghazni, rivale de Bagdad, ils font un centre remarquable, où brillent artistes et écrivains : parmi eux Ferdowsi (ou Firdusi), le poète national de l'Iran. Mais les Ghaznévides sont bientôt obligés de reconnaître la suprématie d'autres Turcs, les Grands Seldjoukides d'Iran, et disparaissent sous les coups de princes afghans, les Ghurides, qui se posent comme leurs héritiers : dès lors, Afghans et Turcs afghanisés fournissent princes et cadres des monarchies indo-musulmanes.
INVASIONS MONGOLES
Cette haute civilisation des xie et xiie siècles, égale à celle de l'Afghanistan bouddhique de jadis, sombre sous l'invasion de Gengis Khan, qui s'acharne particulièrement sur le pays (1221-1222).
LA RENAISSANCE TIMURIDE
Aux dévastations mongoles s'ajoutent celles de Timur Lang (Tamerlan), qui se fait couronner à Balkh en 1370 et est responsable, entre autres, de la ruine du riche système d'irrigation : le pays ne s'en relèvera jamais. Pourtant, autour de Harat s'épanouit la Renaissance timuride, commencée avec Chah Rokh (1405-1447) et conduite à son sommet par Hoseyn Beyqara (Husayn Bayqara) [1469-1506] et son ministre Mir Ali Chir Navai.
PARTAGÉ ENTRE L'INDE ET L'IRAN
L'Afghanistan oriental, enfermé sur lui-même, revient à l'actualité quand le Turc Baber s'installe à Kaboul (1504) et conquiert l'Inde, où il fonde la dynastie dite des Grands Moghols, mais il demeure pour ceux-ci une province lointaine, négligée. À la même époque, l'Afghanistan occidental passe aux mains des Séfévides d'Iran.
3. NAISSANCE DE L'AFGHANISTAN MODERNE
3.1. FONDATION DE LA PREMIÈRE DYNASTIE NATIONALE AFGHANE
La décadence moghole et l'affaiblissement des Séfévides, au début du xviiie siècle, rendent leurs libertés aux remuantes tribus afghanes et permettent la naissance de l'Afghanistan moderne, que préfigurent la révolte et la déclaration d'indépendance de Mir Veys (Mir Ways) [1707], chef de la tribu Ghalzay. Mais les Ghalzays doivent affronter le mouvement national de Nader Chah (ou Nadir Chah), qui prend Kandahar et Kaboul en 1738. Un officier de Nader, Ahmad Khan, de la tribu des Abdalis, se proclame roi à Kandahar dès que Nader Chah est assassiné (1747) et fonde la dynastie des Durrani, première dynastie afghane indépendante. Comme ses devanciers, il intervient à plusieurs reprises en Inde, et il constitue un royaume vaste mais instable. Son successeur, Timur Chah, qui transfère sa capitale à Kaboul, le garde en paix, mais, à sa mort, ses fils et ses féodaux se disputent sa succession (1793).
3.2. ENTRE LES IMPÉRIALISMES ANGLAIS ET RUSSE
Finalement, Dust Mohammad (Dust Muhammad), actif dès 1818, est reconnu émir à Kaboul (1838) et il fonde la dynastie des Barakzay (ou Muhammadzay). Renonçant aux provinces indiennes, il se consacre entièrement à l'Afghanistan, devenu État tampon entre les impérialismes anglais et russe. Tour à tour victime et bénéficiaire de l'intervention britannique, Dust Mohammad est, lors de la première guerre anglo-afghane (1839-1842), remplacé par Chodja al-Molk (Chudja al-Mulk) [1839], puis, à la suite d'une insurrection et de la destruction de l'armée anglaise d'Alexander Burnes (1842), il est replacé sur le trône mais contraint à subir un semi-protectorat.
La pression russe sur l'Asie centrale amène en 1878 l'Angleterre à une deuxième guerre afghane, et Abd al-Rahman (1880-1901) est obligé de reconnaître les frontières de la « ligne Durand » (1893). Les efforts de Habib Allah (1901-1919) et d'Aman Allah (1919-1929) pour sortir leur pays de son isolement sont annihilés par la volonté anglaise de le renforcer.
3.3. INDÉPENDANCE ET OUVERTURE
Seule la troisième guerre afghane, dite « guerre d'indépendance », consacre la pleine reconnaissance de la souveraineté de l'Afghanistan : armistice de Rawalpindi (8 août 1919), traité de Kaboul (22 novembre 1921).
Aman Allah entreprend la modernisation du pays : Constitution (1922), code administratif (1923), début de l'instruction féminine (1924) ; nouvelle Constitution (1928) ; il voyage en Europe et se fait nommer roi. La réaction conservatrice ne tarde guère. Le souverain est renversé et un aventurier, Habib Allah Khan, exerce pendant six mois une dictature sanguinaire.
Nader Khan (Nadir Khan), parent d'Aman Allah, abat l'usurpateur et se fait proclamer roi (1929). Instruit par l'expérience, il reprend avec prudence les réformes, mais n'en est pas moins assassiné en 1933. Son fils Zaher Chah (Zahir Chah) lui succède. De culture française et tout acquis aux idées nouvelles, il fait adhérer son pays à la Société des Nations (SDN) [1934], l'ouvre progressivement sur l'extérieur. En 1937, il signe le pacte de Sadabad avec la Turquie, l'Iran et l'Iraq, mais ne se laisse pas pour autant entraîner dans la Seconde Guerre mondiale.
3.4. PAUVRETÉ ET CONSERVATISME
Le retrait des Britanniques de l'Asie du Sud, avec l'indépendance de l'Inde et du Pakistan, en 1947, laisse l'Afghanistan dans une situation économique catastrophique : l'isolement du pays, voulue par le Royaume-Uni, et son archaïsme politique freinent sa modernisation, mais sa position géostratégique de première importance suscite la mobilisation des organisations internationales, qui vont lui fournir une assistance considérable.
Cependant, l'URSS et les États-Unis cherchent à y étendre leur influence ; les Soviétiques, depuis le Tadjikistan voisin, envoient des conseillers dans les régions septentrionales, tandis que les Américains sont présents dans le sud du pays. L'aide internationale cumulée, de 1957 à 1977, s'est élevée à 1,7 milliard de dollars, faisant alors de l'Afghanistan le pays le plus aidé du monde, eu égard à ses potentialités : mais les rivalités américano-soviétiques empêchent toute concertation quant à l'efficacité du soutien apporté. De plus, le conservatisme du pouvoir, malgré une tentative de démocratisation du pays entre 1963 et 1973, bride les initiatives de décollage économique. La famille royale, s'appuyant avant tout sur les Pachtouns, s'enlise dans sa revendication du Pachtounistan face à son voisin pakistanais : le nouvel État issu de la partition de l'Inde comprend en effet, dans ses marges occidentales, des populations pachtounes également présentes du côté afghan.
La nouvelle Constitution (1964), approuvée par le roi Zaher, permet l'émergence de nouveaux partis, mais le Parlement est rapidement paralysé, tandis que les récoltes de 1970 et 1971 sont catastrophiques. L'échec de la monarchie, sanctionné par le coup d'État républicain (16-17 juillet 1973) dirigé par Mohammad Daud Khan, cousin et beau-frère du roi, avec le soutien de l'URSS, suivi par l'arrivée au pouvoir des communistes, s'explique avant tout par son attachement profond à ses privilèges et son refus de la modernité ; c'est aussi le fait d'une jeunesse aristocratique formée en Occident ou en URSS et déçue par l'immobilisme du gouvernement.
4. L'AFGHANISTAN DANS LA GUERRE (1978-2001)
4.1. L'ARRIVÉE DES COMMUNISTES AU POUVOIR
Un coup d'État communiste, le 27 avril 1978, met fin à la république de Daud Khan. Le leader du parti démocratique du Peuple (PDP), Nur Mohammad Taraki, prend le pouvoir, instaure une dictature d'obédience marxiste et permet à l'URSS – grâce à la signature d'un traité d'amitié et de coopération (décembre 1978) –, d'étendre davantage son influence sur le pays. La montée de la gauche s'était opérée dès les années 1960, mais elle restait profondément divisée en raison de rivalités personnelles et claniques. Babrak Karmal, du parti de gauche Parcham (le Drapeau), qui avait au départ soutenu le prince Daud Khan, est poussé par les Soviétiques de s'unir avec le Khalq (le Peuple), autre formation marxiste, pour former le PDP et renverser Daud Khan.
L'influence des communistes est directement liée à l'éducation de nouvelles couches de la population, qui demeurent exclues du jeu clanique et politique et qui voient le pays s'enfoncer dans une arriération économique : toutefois, leur prise du pouvoir provoque l'exil de plus de 100 000 personnes et ravive les tensions entre les factions au sein du PDP. Babrak Karmal, écarté par Nur Mohammad Taraki, finit par prendre le pouvoir grâce à l'intervention de l'armée soviétique en décembre 1979, après l'assassinat de celui-ci, puis de son successeur, Hafezollah Amin. Le pays sombre alors dans une double guerre : la lutte contre l'Armée rouge, qui dure jusqu'en 1989, et la guerre civile, qui continue de déchirer le pays, malgré la profonde évolution de sa nature et de ses finalités sur les deux décennies.
4.2. L'INTERVENTION SOVIÉTIQUE (DÉCEMBRE 1979-1988)
LES MOUDJAHIDIN
Les raisons de l'intervention soviétique restent encore obscures. C'est sans doute en partie pour protéger ses nombreux ressortissants – dont une partie avait péri lors de massacres perpétrés par l'opposition islamiste – que l'Union soviétique décide d'envoyer l'Armée rouge. Le pouvoir est très vite assimilé au parti de l'étranger, et l'opposition (les moudjahidin) s'organise sur des bases claniques, ethniques et religieuses ; les Hazara (chiites), dans l'Ouest et le Centre, reprennent rapidement le contrôle de leur région ; les sunnites forment la majorité de la population.
L'ENLISEMENT DE L'INTERVENTION SOVIÉTIQUE
Contestée par une grande partie de la communauté internationale, l'armée soviétique s'enlise dans une « sale guerre » : elle est dépourvue de la logistique adéquate pour faire face à une guérilla mieux entraînée qu'elle au climat et au relief hostiles, et ne parvient pas à mobiliser la population soviétique pour envoyer au front sa jeunesse au nom d'une idéologie en déclin. L'intransigeance des dirigeants de l'URSS– malgré les demandes réitérées de l'ONU de retirer les troupes soviétiques – et l'importance des enjeux internationaux conduisent à une impasse de laquelle Mikhaïl Gorbatchev tente de sortir, dès son arrivée au pouvoir en 1985.
L'INGÉRENCE DES PUISSANCES ÉTRANGÈRES
Les États-Unis concentrent leur aide, par l'intermédiaire du Pakistan et avec le soutien actif de l'Arabie saoudite, vers les sunnites pachtouns, tandis que l'Iran chiite, qui vient d'achever sa révolution islamiste, soutient les Hazara. Dans ce contexte d'anarchie, le gouvernement de Babrak Karmal ne parvient pas à imposer son régime, et ses réformes brutales envers les paysans ne font que renforcer l'opposition. Parallèlement, des centaines de milliers d'Afghans émigrent vers le Pakistan, l'Iran et l'Occident.
LES ACCORDS DE GENÈVE (AVRIL 1988) ET LE RETRAIT DES TROUPES SOVIÉTIQUES (FÉVRIER 1989)

En mai 1986, l'échec de Babrak Karmal est patent et conduit à son remplacement par Mohammad Nadjibollah : celui-ci lance en 1987 un appel à la « réconciliation nationale » et fait adopter en novembre une Constitution qui n'a plus rien de socialiste. Le 14 avril 1988, un accord est signé, à Genève, entre le Pakistan, l'Afghanistan, les États-Unis et l'URSS. Il prévoit, outre le retrait sur neuf mois des troupes soviétiques du territoire afghan, des accords bilatéraux avec le Pakistan, garantissant l'intégrité politique de l'Afghanistan vis-à-vis de son voisin et formulant les modalités de retour des réfugiés.

4.3. LA GUERRE CIVILE
Mais le départ des troupes de l'Armée rouge est loin de mettre fin à la guerre civile, sur laquelle la présence soviétique jetait un voile, cachant la complexité des alliances et des divisions. La fracture entre nationalistes et communistes, vive durant l'occupation soviétique, s'estompe pour laisser place à des rivalités entre fondamentalistes islamistes, dirigés par Gulbuddin Hekmatyar, et modérés. Ces divisions sont la principale raison de la chute tardive du gouvernement de Mohammad Nadjibollah (16 avril). Après le départ des Soviétiques, celui-ci, en effet, ne contrôle que les grandes villes, alors que l'opposition des moudjahidin tient les campagnes. L'intervention de l'ONU, qui œuvre pour un règlement politique du conflit, l'engagement de l'URSS et des États-Unis d'arrêter leurs livraisons d'armes ne pourront empêcher la prise de Kaboul par l'opposition. Le régime tombe le 29 avril 1992.
L'ÉTAT ISLAMIQUE D'AFGHANISTAN

Cette victoire est cependant loin de mettre fin à la guerre civile : le factionalisme de l'opposition prend la forme d'une rivalité ethnique, selon la division classique entre Tadjiks du Nord, regroupés au sein du Djamiat-i Islami et dirigés par le commandant Ahmad Chah Masud, et Pachtouns du Sud, rassemblés autour du Hezb-i Islami et menés par Gulbuddin Hekmatyar. L'accord de Peshawar permet la création d'un État islamique d'Afghanistan le 28 avril 1992. Mais, si les ethnies du Nord obtiennent, par l'intermédiaire du commandant Masud, le ministère de la Défense du gouvernement intérimaire dirigé par Sibghbatollah Modjaddedi, les forces de G. Hekmatyar reprennent le combat durant l'été. La confirmation de Burhanuddin Rabbani, en décembre, au poste de président de la République islamique d'Afghanistan n'empêche pas une nouvelle « bataille de Kaboul » au début de l'année 1993. L'accord de paix signé en mars à Islamabad maintient B. Rabbani à son poste, tandis que G. Hekmatyar devient Premier ministre.

L'AVANCÉE DES TALIBANS
L'apparition des talibans, à l'automne 1994 dans la région de Kandahar, reste mystérieuse. Regroupés autour du mollah Omar, ils ne se distinguaient pas des autres mouvements anticommunistes durant l'invasion soviétique, mais leur présence était déjà attestée.
Soutenus par le Pakistan, qui joue un rôle prépondérant dans leur entraînement, ces étudiants de madrasa, majoritairement d'ethnie pachtoune, se réclament d'une idéologie ultrafondamentaliste prenant sa source dans l'école de Deoband, en Inde, qui prônait à la fin du xixe siècle un retour à l'islam pur afin de lutter contre l'influence de l'hindouisme.
Les talibans réussissent rapidement à prendre le contrôle du sud du pays. Leur succès n'est pas tant lié à leur force militaire qu'à un réel soutien de la population qui, lassée par vingt années de guerre, voit en eux une possible pacification du pays. Les talibans rétablissent effectivement l'ordre dans les régions qu'ils contrôlent, grâce à une application très stricte de la charia, mêlée à une pratique scrupuleuse des coutumes rigoristes pachtounes.
La prise de Mazar-e Charif, bastion de l'opposition du général Rachid Dostom, puis celle de Bamiyan, contrôlée jusqu'alors par les chiites, au cours de l'été 1998, permet aux talibans d'étendre leur conquête, facilitée par l'incapacité de l'opposition de s'unir : tout sépare en effet le général ouzbek R. Dostom des chiites de Karim Khalili et du Tadjik Masud.
En mars 1999 cependant, un accord intervient entre les forces d'opposition afghanes : le commandant Masud, à la tête de l'Alliance du Nord, a désormais la tâche de conduire toutes les opérations militaires contre les talibans. Mais ces derniers, après une succession de victoires militaires importantes (prise, notamment, de Taloqan), contrôlent la quasi-totalité du pays en septembre 2000.

À partir de 1999, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une série de sanctions votées à l'initiative des États-Unis à l'encontre des talibans afin d'obtenir l'extradition d'Oussama Ben Laden, d'origine saoudienne, tenu pour être le principal instigateur des attentats contre les ambassades américaines de Dar es-Salaam (Tanzanie) et de Nairobi (Kenya) en août 1998.
Par ailleurs, les conditions de vie déplorables imposées aux femmes (privées d'éducation et exclues du monde du travail) contribuent à propager à l'étranger une image passablement ternie du régime des talibans. En mars 2001, l'application d'un décret ordonnant la destruction de toutes les statues du pays, incluant les bouddhas de Bamiyan, site majeur de l'art pré-islamique en Afghanistan, provoque de vives protestations dans le monde, y compris dans des pays alliés, le Pakistan et l'Arabie saoudite.
4.4. LA GUERRE D'AFGHANISTAN ET LA CHUTE DES TALIBANS
La mort du commandant Masud (9 septembre 2001), victime d'un attentat probablement commandité par al-Qaida, suivie par les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, provoquent un renversement rapide de la situation en Afghanistan.
Le président G. W. Bush lance immédiatement un ultimatum aux talibans, les enjoignant de livrer Ben Laden et le mollah Omar dans les plus brefs délais. Faute de réponses convaincantes, les États-Unis décident d'intervenir militairement en Afghanistan après s'être assurés du soutien du Pakistan – particulièrement impliqué dans la problématique régionale – et de celui de l'Ouzbékistan, susceptible de servir de base arrière aux troupes américaines. La Russie, la Chine, l'Iran et, afin d'éviter tout risque de dérapage au Proche-Orient, l'ensemble des États arabes, sont également consultés.

Opération « Liberté immuable », Afghanistan, 2001
Le 7 octobre débute l'opération « Liberté immuable » avec le soutien des Occidentaux. Les frappes « ciblées » de l'armée américaine (épaulée par les Britanniques), permettent une avancée rapide des troupes de l'Alliance du Nord, qui reconquiert, le plus souvent sans combattre, villes et villages abandonnés par les talibans (libération de Kaboul en novembre). Défaits, ces derniers, soit se replient dans quelques bastions, dont la région de Tora Bora, où les bombardements s'intensifient, soit se regroupent dans la vallée de Shawal, dans le Nord-Waziristan pakistanais.

4.5. LE PROCESSUS DE BONN (2001-2005)
UN GOUVERNEMENT INTÉRIMAIRE

Alors que la traque des terroristes se poursuit en vain (ni Ben Laden, ni le mollah Omar n'ont été capturés), le 27 novembre s'ouvre à Bonn une conférence interafghane destinée à organiser l'après-talibans.
Un accord intervient le 5 décembre. Il prévoit la création d'un gouvernement intérimaire, sous la direction d'un proche des États-Unis, le Pachtoun Hamid Karzai, et la tenue d'une assemblée traditionnelle ou Loya Djirga, afin de désigner un chef de l'État provisoire et de préparer la mise en place d'une Assemblée constituante. De retour dans son pays (avril 2002), après vingt-neuf années d'exil, l'ex-roi Zaher Chah convoque la Loya Djirga qui plébiscite, en juin, H. Karzai à la tête de l'exécutif afghan pour une période de dix-huit mois. Ce dernier entre en fonction après avoir présenté le nouveau gouvernement, au sein duquel de nombreux seigneurs de la guerre reviennent en force.
En dépit de la mise en place (décembre 2001) de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) sous mandat de l'ONU dans la capitale et ses environs – le reste du pays demeurant de la compétence des forces américaines et de leurs alliés afghans –, l'insécurité prévaut (assassinat des ministres de l'Aviation civile et des Travaux publics en février et en juillet 2002 ; tentative d'assassinat d'H. Karzai en septembre 2002). À la veille de l'ouverture de la Loya Djirga qui doit décider de la future Constitution, le mandat de la FIAS, placée sous commandement de l'OTAN depuis août 2003, est élargi au-delà de Kaboul et renouvelé pour un an.
UNE NOUVELLE CONSTITUTION

Le 4 janvier 2004, au terme de difficiles tractations, les 502 délégués de la Loya Djirga approuvent une nouvelle Constitution, qui institue une république islamique (sans proclamation de la charia) à régime présidentiel fort, néanmoins tempéré par l'institution de deux vice-présidents élus sur le même ticket que le président. Elle ouvre la voie à l'organisation d'élections initialement prévues en juin 2004, mais reportées au 9 octobre compte tenu des difficultés à établir des listes d'électeurs, des menaces des talibans et de l'insécurité qui domine dans le sud et le sud-est du pays.
Après avoir écarté en juillet de son ticket, comme l'y invitaient les États-Unis, le puissant ministre de la Défense et vice-président Mohammad Fahim, H. Karzai est élu avec 55,4 % des suffrages contre 16,3 % à son rival immédiat, l'ancien ministre et leader de l'ex-Alliance du Nord, le Tadjik Yonous Qanooni. En décembre, H. Karzai nomme un nouveau gouvernement dont sont exclus la plupart des chefs de guerre.
Point d'orgue du processus de Bonn, les élections législatives et provinciales du 18 septembre 2005, les premières depuis 1969, sont marquées par un taux de participation de 50 % (inférieur à 30 % dans les régions pachtounes). Le nouveau Parlement bicaméral comprend la Chambre haute, composée de 102 membres élus par les collectivités locales et de personnalités nommées par le président, et la Chambre basse, dont les 249 députés sont, pour moitié d'entre eux, d'ex-moudjahidin, 68 sièges y étant réservés aux femmes.
5. VERS UNE STABILISATION (2005-2015)
Si le processus de Bonn semble s'être achevé avec succès, des défis majeurs attendent les nouvelles autorités afghanes pour une stabilisation complète du pays. À peu près réussie dans la région de Kaboul, la mise en place de l'administration est quasi inexistante dans le reste du territoire, État de non-droit où sévit une insécurité grandissante en raison essentiellement de la résurgence des talibans.
5.1. LA RÉSURGENCE DE L'INSURRECTION DES TALIBANS ET LA MENACE D'AL-QAIDA
Chassés du pouvoir fin 2001, les talibans, radicalisés, réinvestissent peu à peu leurs anciens bastions avec l'aide des populations pachtounes, des fondamentalistes du Pakistan, et des djihadistes d'al-Qaida. Dans les provinces du Sud essentiellement pachtounes où ils bénéficient de solidarités religieuses et tribales fortes, les talibans mettent à profit l'incurie et la corruption des autorités issues des élections pour recruter de nombreux jeunes dans leurs rangs. Ce ralliement leur est d'autant plus aisé que la désillusion est grande au sein d'une population déçue de ne voir se réaliser aucune des promesses annoncées par la communauté internationale en 2001 et heurtée par les nombreuses bavures des forces de la coalition internationale (en 2007, au moins 1 633 civils ont été tués, dont 321 par des bombardements). Formée dans les madrasas qui se sont multipliées dans les FATA (Federally Administred Tribal Areas) ou « zones tribales » pakistanaises le long de la frontière avec l'Afghanistan, cette génération de néo-talibans bénéficie de l'aide financière, technique et stratégique des djihadistes d'al-Qaida. L'organisation d'Oussama Ben Laden, mise en déroute par l'alliance de la guérilla sunnite irakienne avec l'armée américaine à Bagdad, a elle-même trouvé refuge à la frontière afghano-pakistanaise, grâce à la complicité des services secrets pakistanais (ISI) et à l'ambivalence du général-président Pervez Mucharraf. En reconstituant leurs forces dans le sanctuaire pakistanais, les talibans afghans inspirent même la création d'un mouvement taliban pakistanais.
5.2. UNE INSÉCURITÉ CROISSANTE
À partir du printemps 2006, les talibans afghans forment avec les djihadistes d'al-Qaïda, les fidèles de l'ancien Premier ministre G. Hekmatyar et les tribus pachtounes une coalition d'insurgés. Multipliant les opérations de guérilla contre la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), les forces de sécurité afghanes, les relais du gouvernement ou les acteurs de développement, ils parviennent rapidement à reprendre le contrôle des zones rurales dans la plupart des régions pachtounes et ont pour objectif l'encerclement de Kaboul. À partir de 2005, ils commettent leurs premiers attentats suicide puis des assassinats de personnalités politiques ou de représentants de la société publique, des prises d'otages et des enlèvements d'étrangers. Leurs attaques deviennent particulièrement meurtrières à partir de l'automne 2007 (75 morts à Pol-e-Khomri, dont 59 enfants et 6 parlementaires ; 100 morts dans la province de Kandahar, le 17 février 2008). Le nombre de pertes enregistrées par la FIAS malgré son renforcement (50 000 hommes en 2008, dont un tiers d'Américains), dépasse – pour la première fois en 2008 depuis le déclenchement des deux guerres – celui des pertes subies par la coalition internationale en Iraq.
Toutefois, la population civile afghane paie le plus lourd tribut à l'insurrection (1 600 morts en 2005, 4 000 en 2006, près de 6 000 en 2007). Elle subit en outre une grave détérioration de ses conditions de vie en raison de l'augmentation du prix des produits de première nécessité et du risque de pénurie alimentaire, de conditions climatiques rigoureuses (désertification croissante, plus de 1 000 morts lors de l'hiver 2008). Enfin, elle ne bénéficie pas de l'aide internationale.
5.3. UNE AIDE INTERNATIONALE « GASPILLÉE, INEFFICACE ET NON COORDONNÉE »
Promise depuis 2001 et destinée à la reconstruction (90 % des dépenses publiques de l'État), l'aide internationale s'avère insuffisante et inefficace.
Bien que les besoins du pays demeurent immenses, la distribution de l'aide internationale est inéquitable, mal ciblée ou dilapidée par une corruption endémique. Sur 25 milliards de dollars d'aide promise, 10 milliards n'ont pas été versés. Par ailleurs, l'aide destinée au financement de projets civils est largement inférieure à l'assistance liée à la sécurité telle que la formation de l'armée nationale afghane (ANA) et de la police nationale. Or la première, dont les effectifs croissent régulièrement pour atteindre 80 000 soldats en 2008, demeure inopérationnelle faute de moyens logistiques ; la seconde – 60 000 hommes formés en 2008  – est rongée par la corruption.
Alors que le pays enregistre d'incontestables progrès (accès plus larges à la santé et à l'éducation grâce notamment à la construction d'hôpitaux, d'écoles et de routes), il continue, malgré les coûteux programmes de lutte contre la drogue lancés par la communauté internationale, de battre des records de production d'opium (8 200 tonnes en 2007, soit une progression de plus de 30 % en un an et la quasi-totalité de la production mondiale) et de cannabis, la drogue représentant plus de la moitié de son PIB.
Adopté en janvier 2006 lors de la conférence internationale de Londres sur l'aide à l'Afghanistan, un nouveau « Pacte pour l'Afghanistan », prenant le relais du processus de Bonn, précise les modalités de la coopération entre l'Afghanistan et la communauté internationale jusqu'en 2010, encadrée par la Mission d'Assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA).
5.4. CHANGEMENTS DE STRATÉGIE
Les difficultés rencontrées par les troupes de l'OTAN face à la recrudescence des attaques des insurgés relancent la question de la stratégie des Occidentaux en Afghanistan.
Réunie le 12 juin 2008 à Paris à la demande des autorités afghanes, la Conférence de soutien à l'Afghanistan marque de la part de la communauté internationale l'amorce d'un changement notable de stratégie, perceptible dans l'octroi de nouvelles aides financières (promesse d'environ 20 milliards de dollars), dans l'annonce d'un mandat « renforcé » de la MANUA, mais surtout dans l'abandon de la stratégie du « tout militaire » au profit d'un investissement massif sur le terrain civil.
De leur côté, les autorités afghanes définissent une Stratégie nationale de développement pour l'Afghanistan (ANDS) pour la période 2008-2013, dans laquelle elles expriment le souhait de définir elles-mêmes leurs propres besoins et d'être davantage associées à la gestion de l'aide internationale. Dans cet esprit d'« afghanisation de la paix », H. Karzai lance avec l'aide de l'Arabie saoudite une offre de dialogue au mollah Omar en septembre. Celle-ci, toutefois, demeure sans succès. En revanche, l'arrivée au pouvoir au Pakistan d'Asif Ali Zardari (élu le 8 septembre), succédant à Pervez Mucharraf contraint à la démission en août, permet d'espérer l'ouverture d'une ère nouvelle dans les relations afghano-pakistanaises.
Les États-Unis pour leur part, après avoir pris conscience que le front central de la guerre contre al-Qaida ne se situe pas en Iraq mais au Pakistan et en Afghanistan, décident également de revoir leur stratégie. À partir de janvier 2009, le nouveau président américain, Barack Obama, place l'axe afghano-pakistanais au cœur de ses priorités. Cette approche « régionale » du dossier afghan reçoit le large soutien de la communauté internationale lors de la conférence internationale sur l'Afghanistan (La Haye, mars), mais bute sur des intérêts nationaux divergents, voire antagonistes, en particulier entre l'Inde et le Pakistan. Ce dernier, lui-même déstabilisé sur son propre territoire et allié des États-Unis mais dont l’armée et services secrets militaires (ISI) sont en même temps suspectés de double jeu, affiche officiellement sa volonté de lutter en collaboration avec Kaboul contre le « terrorisme ». De son côté l'Inde, craignant surtout un retour au pouvoir des talibans dans le cadre d’une alliance avec Islamabad à la recherche d’une « profondeur stratégique », resserre également ses liens avec le gouvernement Karzai par d’importants investissements dans la reconstruction du pays.
5.5. LA RÉÉLECTION DE H. KARZAI ET LE « PROCESSUS DE KABOUL »
Malgré les opérations d’intimidation des talibans (dont l’attentat contre le siège de la FIAS au cœur même de Kaboul), les élections présidentielle et provinciales se tiennent en août 2009. Mais la fraude massive avérée conduit à un recomptage des voix et ce n’est qu’après le retrait de son rival, Abdullah Abdullah – ex-ministre des Affaires étrangères limogé en 2006 et ancien proche du commandant Masud – que H. Karzai est finalement officiellement proclamé en novembre vainqueur de ce scrutin très contesté, avec moins de 50 % des suffrages.
Prenant notamment en considération l’engagement du gouvernement à lutter contre la corruption, la conférence internationale réunie à Kaboul (juillet 2010) confirme la décision adoptée à Londres en janvier de canaliser sur deux ans 50 % de l’aide internationale à travers le budget national et de l’aligner progressivement sur les « programmes de priorité nationale ». Elle approuve également l'objectif du gouvernement afghan d'assumer la sécurité du pays à partir de 2014 et appuie la ligne fixée en juin à l’occasion d’une « Loya Djirga pour la paix » prévoyant en particulier l’ouverture de négociations avec les insurgés qui renonceraient à la violence.
Parallèlement, tout en maintenant la date de juillet 2011 pour le début du retrait de leurs forces, les États-Unis – qui rapatrient au même moment leurs troupes combattantes d’Iraq – renforcent leur dispositif militaire en Afghanistan. Avec 30 000 soldats supplémentaires, l’engagement américain doit ainsi atteindre environ 90 000 hommes sur les 130 000 de la FIAS dont le commandement est par ailleurs confié, à partir de juillet, au général David Petraeus considéré comme le « pacificateur » de l’Iraq.
En septembre, alors que le président H. Karzai propose une nouvelle offre de dialogue au mollah Omar (celui-ci dément de son côté toute ouverture de pourparlers) ont lieu les élections législatives et, en octobre, un « Haut conseil pour la paix » présidé par l’ancien président de la République B. Rabbani est officiellement institué. À l’issue d’un long dépouillement, les résultats du scrutin, marqué par de nombreuses irrégularités, sont publiés le 24 novembre : autour de 4 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes, soit un taux de participation d’environ 38 %. Peu avant, lors de son sommet tenu à Lisbonne le 20 novembre, l’OTAN a confirmé le transfert progressif entre 2011 et 2014 des responsabilités en matière de sécurité au gouvernement afghan, et précisé les termes de leur coopération future dans le cadre d’un « partenariat à long terme ».
5.6. L’ENLISEMENT APRÈS DIX ANS DE PRÉSENCE INTERNATIONALE
En septembre 2011, l’assassinat de B. Rabbani par un commando taliban est un nouveau coup porté au frêle processus de paix lancé l'année précédente. Intervenant après plusieurs attaques, dont celles lancées en juin et en août contre l'hôtel Intercontinental et le centre culturel britannique, il relance le débat sur la capacité des forces afghanes à assurer seules la sécurité et prendre la relève des troupes internationales après 2014.
Alors que la FIAS (dont les forces françaises) placées depuis juillet sous le commandement du général John Allen, continue d’essuyer des pertes à Kaboul ou sur le terrain, des négociations secrètes avec les talibans ne sont toujours pas écartées par les Américains.
Parallèlement, en octobre, reconnaissant par ailleurs l’échec de la lutte contre l’insurrection, le président Karzai conclut un pacte stratégique avec l’Inde dans la perspective du futur retrait des forces occidentales, un accord qui n’entraîne toutefois aucune réaction de la part du Pakistan. En revanche, ce dernier est le grand absent de la conférence internationale, réunie à Bonn en décembre, à l’issue de laquelle les Occidentaux assurent de leur soutien le président afghan qui demande le maintien de l’aide internationale jusqu’en 2024 et s’engage, une fois de plus et sans véritablement convaincre ses interlocuteurs, à lutter plus résolument contre la corruption.
5.7. VERS LE RETRAIT DES FORCES INTERNATIONALES
Le rapatriement effectif des forces françaises d’Afghanistan (autour de 4 000 militaires en 2011) à partir de juin 2012 anticipe la fin progressive de la mission de la FIAS.
Le 18 juin 2013, le président Karzai lance la dernière étape de la transition vers la prise en main de la sécurité par les forces nationales afghanes dans l’ensemble du pays. Formées et entraînées par la FIAS, ces dernières sont composées notamment de l’Armée nationale afghane (ANA), de la Force aérienne afghane et des forces de police nationale et locale. En juin 2014, les troupes occidentales ne comptent plus qu’environ 49 900 soldats dont 32 800 Américains.
La signature d’un accord bilatéral de sécurité (BSA), qui prévoit le maintien d’un appui militaire après le retrait prévu à la fin de l’année, ayant été reportée par H. Karzai, la succession de ce dernier constitue une importante étape politique.
5.8. LA SUCCESSION D’HAMID KARZAI

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Nom officiel : République du Niger


État d'Afrique de l'Ouest, le Niger est bordé au nord par l'Algérie et la Libye, à l'est par le Tchad, au sud par le Nigeria et le Bénin, et à l'ouest par le Burkina et le Mali.

*         Superficie : 1 267 000 km2
*         Nombre d'habitants : 17 831 000 (estimation pour 2013)
*         Nom des habitants : Nigériens
*         Capitale : Niamey
*         Langue : français
*         Monnaie : franc CFA
*         Chef de l'État : Mahamadou Issoufou
*         Chef du gouvernement : Brigi Rafini
*         Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
*         Constitution :
    *         Adoption : 31 octobre 2010
    *         Entrée en vigueur : 25 novembre 2010
Pour en savoir plus : institutions du Niger

GÉOGRAPHIE
Très étendu, mais steppique ou désertique en dehors de la vallée du Niger, le pays, enclavé, vit très pauvrement de l'élevage, de quelques cultures (millet et arachide). Le sous-sol recèle de l'uranium. Entièrement islamisée, la population juxtapose sédentaires (Haoussa et Songhaï principalement), majoritaires dans le Sud, et nomades (Touareg et Peuls) dans le Nord.

1. LE MILIEU NATUREL
Les roches du socle sont en partie recouvertes par des affleurements sédimentaires de grès et de sables presque toujours mélangés à des argiles. Le relief est monotone. Des plaines à peine accidentées par de petites cuestas, quelques buttes témoins ou des chicots de granite, ennoyés sous des champs de dunes quaternaires, sont dominés, au nord, par le massif cristallin de l'Aïr et les hautes terres du Djado, et, au sud, par des reliefs tabulaires peu élevés, entaillés par les vallées du Niger et de ses affluents dans la couverture sédimentaire.
Le Niger est l'une des zones les plus chaudes du globe. Le climat, tropical, varie du sud vers le nord. Au sud du 14e parallèle, il est soudano-sahélien, avec alternance d'une saison sèche durant 8 à 9 mois de l'année, d'octobre à mai-juin, d'abord fraîche puis chaude, et d'une saison humide. Il tombe entre 600 et 800 mm de précipitations. Plus au nord, le climat devient sahélien : la durée de la saison sèche augmente et l'intensité des pluies diminue. Au-delà du 16e parallèle, il est franchement aride : les précipitations, qui atteignent quelques dizaines de millimètres, peuvent ne plus tomber tous les ans ; les écarts de température entre les saisons et entre le jour et la nuit sont très grands.

Le réseau hydrographique comprend une partie du cours moyen du Niger et ses rivières affluentes, qui ont toutes un écoulement temporaire. Celles de la rive gauche sont même en voie de fossilisation. À l'est, la Komadougou Yobé n'appartient pas au réseau hydrographique du Niger : c'est un des tributaires du lac Tchad.
Les sols sont squelettiques ou inexistants au nord, acides et souvent cuirassés au sud. Seules les vallées sont fertiles. Du sud vers le nord, la végétation passe de la savane (avec un tapis de graminées sous un étage arboré) à la steppe arborée (avec de nombreux épineux) puis buissonnante (brousse tigrée) et herbeuse (avec touffes de graminées). Là où l'eau des nappes souterraines sourd, dans les oasis, l'arbre réapparaît avec le palmier doum et le dattier.

2. LA POPULATION
Vaste pays au climat contraignant, le Niger est globalement peu peuplé (8 habitants par km2), avec une répartition très inégale de la population. Le Sud et le Sud-Ouest, zones de cultures et d'échanges avec le Nigeria, regroupent 90 % de la population, voire davantage. Le dynamisme démographique demeure considérable, du fait d'une fécondité exceptionnelle, l'une des plus élevées du monde, qui atteint près de 8 enfants par femme. L'émigration économique est relativement importante, notamment en direction de la Côte d'Ivoire et, dans une moindre mesure, du Nigeria. L'urbanisation reste modérée, les trois quarts de la population vivant encore en zone rurale. La capitale, Niamey, est de très loin la principale agglomération du pays. Les nomades éleveurs et les agriculteurs sédentaires cohabitent avec plus ou moins de difficultés selon les époques. Tous, ou presque, partagent cependant la même religion, l'islam, et une nette majorité utilise le haoussa comme langue véhiculaire. Le français, langue officielle, est peu parlé en dehors des sphères dirigeantes.

3. L'ÉCONOMIE

Faibles potentialités naturelles, enclavement, aridité : nombreuses sont les contraintes qui s'opposent au développement économique. L'agriculture vivrière (légumes, fruits, mil, sorgho, manioc, riz) permet, généralement, de subvenir aux besoins alimentaires de la population. Des efforts ont été fournis pour accroître les superficies irriguées dans la vallée du Niger. Le coton est devenu la principale culture d'exportation, remplaçant progressivement l'arachide, dont les débouchés s'amenuisent d'année en année. Cependant, les productions sont particulièrement sensibles aux aléas climatiques : la sécheresse des années 1970 a eu des effets dévastateurs, nécessitant une aide alimentaire massive. Cette fragilité caractérise aussi l'élevage, traditionnellement important (moutons, chèvres, bovins, dromadaires). Il ne semble pas que le cheptel se soit encore totalement reconstitué.
Le Niger a fondé de grands espoirs sur l'exploitation des gisements uranifères d'Arlit, entrés en exploitation en 1971 grâce à des investissements principalement français. Dans un premier temps, en effet, la production de minerai a très rapidement progressé, fournissant, vers 1980, l'essentiel des recettes fiscales et des devises du pays. Ainsi, entre 1975 et 1985, le budget a été multiplié par cinq. Mais la France, devenue suréquipée en centrales nucléaires, a depuis réduit ses approvisionnements alors que l'ensemble du marché mondial se rétractait. Le sous-sol fournit aussi de l'or. L'industrie de transformation est le fait de petites unités valorisant les matières premières ou produisant quelques biens de consommation. Son développement est freiné par l'étroitesse du marché intérieur et, plus encore, peut-être, par la concurrence du Nigeria, qui inonde ses voisins de ses propres produits et de réexportations originaires d'Asie du Sud-Est. L'ensemble de l'économie nigérienne, uranium mis à part, est dépendante du Nigeria. Les échanges transfrontaliers – le Niger exportant des produits vivriers et du bétail – sont considérables, même s'il est difficile de les évaluer quantitativement. Le développement du réseau routier bitumé permet désormais au Niger une liaison facile avec le Bénin et le Burkina, ce qui intensifie le commerce avec ces deux pays.
Les conditions climatiques et les taux de change entre le franc CFA et la naira, la monnaie nigériane, sont les deux facteurs déterminants du commerce régional. Sécheresse et diminution des exportations d'uranium ont durement ébranlé l'économie, qui est par ailleurs soumise à la politique d'ajustement structurel imposée par le FMI. La dette extérieure, qui, rapportée au nombre d'habitants, n'est pas excessive, continue cependant de peser lourdement sur des finances publiques peu florissantes, malgré des allégements successifs consentis par les bailleurs de fonds, au premier rang desquels la France. L'aide publique au développement, qui représente 14 % du PNB, pallie en partie l'incapacité de l'État à dégager des ressources propres pour les investissements. Le secteur de la santé et celui de l'enseignement pâtissent particulièrement de cette situation. Le pays est, avec ses voisins du Sahe

HISTOIRE

1. L'AVANCÉE DU DÉSERT
L'ancienneté d'une présence humaine au Niger est attestée par de nombreux vestiges archéologiques. Aux époques préhistorique et protohistorique, le climat du Sahara est humide et offre des conditions favorables à l'agriculture et à l'élevage. La désertification qui s'amorce vers le Ve millénaire avant J.-C. repousse progressivement vers le sud et le sud-est (lac Tchad) les populations sédentaires, qui abandonnent ainsi leurs anciens terroirs aux seuls éleveurs nomades. Au début de notre ère, le Niger devient une zone d'échanges transsahariens, animés par des tribus berbères venues du nord, qui utilisent le dromadaire comme moyen de transport. Cette immigration, qui se poursuivra par vagues successives pendant une quinzaine de siècles – les Arabes succédant aux Berbères –, s'accompagne de nouveaux déplacements de populations vers le sud, mais aussi de métissages entre Noirs et Blancs. Elle provoque également le début de l'islamisation de la région dès la fin du viie siècle.

2. ENTRE EMPIRES ET CITÉS-ÉTATS
C'est vers cette époque, semble-t-il, que sont créés les premiers États noirs. L'un d'entre eux, l'empire songhaï, se développe progressivement dans l'ouest du Niger actuel. Vassalisé par l'empire du Mali au début du xive s., il se dégage cent cinquante ans plus tard de l'emprise de ce dernier au point de lui succéder. L'Empire songhaï atteint son apogée autour des années 1500 : il s'étend alors jusqu'au Sénégal et à la Guinée. À l'est, autour du lac Tchad, s'était créé le royaume du Kanem qui commence son expansion à partir du xie s. Trois cents ans plus tard, le Kanem est un véritable empire. Au sud, les cités-États haoussas, dont la prospérité est liée au commerce à longue distance, se libèrent de la tutelle songhaï et, dès le xiie s., étendent peu à peu leur influence.
L'Empire songhaï disparaît après la défaite que lui infligent les Marocains en 1591. De part et d'autre du fleuve lui succèdent de petits royaumes guerriers, en butte aux attaques des Touareg. L'empire du Kanem, déchiré par des luttes de clans, disparaît à son tour à la fin du xive s. Mais les survivants de l'ancienne dynastie fondent plus à l'ouest (nord-est du Nigeria actuel) l'empire du Bornou, qui domine rapidement un espace dépassant celui de l'ancien Kanem. Le xixe s. voit naître l'empire peul de Sokoto (nord-ouest du Nigeria actuel), créé par Ousmane dan Fodio. Il conquiert les cités-États haoussas, se heurte au Bornou, contre lequel il proclame le djihad, la guerre sainte. La colonisation française va bénéficier de ces rivalités.

3. LA COLONISATION
La France, qui souhaite relier sans discontinuité le Sénégal au Congo, et ses possessions subsahariennes à l'Algérie, réussit à prendre de vitesse l'Allemagne et le Royaume-Uni. Elle obtient de ce dernier, en 1890, une délimitation des zones d'influence des deux pays, totalement artificielle, qui préfigure la frontière actuelle entre le Niger et le Nigeria. La conquête du sud du pays, plus diplomatique que guerrière, est cependant marquée par les exactions des officiers Paul Voulet et Charles Chanoine, qui attaquent la mission chargée de les relever, et finissent exécutés par leurs propres tirailleurs.
Le Nord offre beaucoup plus de résistance à la pénétration française. En 1916-1917 encore, une expédition doit être menée dans l'Aïr pour vaincre le chef touareg Kaocen qui menace Agadez. La configuration définitive du Niger n'intervient que dans les années 1920 : il abandonne son statut militaire en 1922, et sa capitale est définitivement fixée à Niamey en 1926. C'est le territoire le plus excentré de toute l'Afrique-Occidentale française (A-OF) ; il est pauvre, et de ce fait ne bénéficie guère de l'attention de la métropole, dont la principale innovation est d'introduire la culture de l'arachide.

4. L'INDÉPENDANCE
Les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont sur le plan politique caractérisées par l'opposition de deux hommes, Hamani Diori, élu député à l'Assemblée nationale en 1946, leader du parti progressiste nigérien-Rassemblement démocratique africain (PPN-RDA), et Djibo Bakari, responsable syndical CGT. La formation que dirige ce dernier, le parti Sawaba, l'emporte nettement aux élections territoriales organisées en mars 1957 en application de la loi-cadre Defferre. En 1958, D. Bakari appelle à voter « non » au référendum sur la Constitution de la Ve République, prenant ainsi parti pour l'indépendance immédiate. Il est largement battu, mais les abstentions sont particulièrement nombreuses.
Le premier rôle appartient alors à H. Diori, qui devient président du Conseil et dissout le Sawaba (octobre 1959). D. Bakari part en exil. L'indépendance est acquise le 30 août 1960, une Constitution de type présidentiel est adoptée. H. Diori, élu en novembre suivant président de la République, va régner sans partage sur le pays pendant 14 années. Un attentat manqué contre le président en 1965 vaudra au Sawaba devenu clandestin de perdre les soutiens dont il bénéficiait de la part des pays africains progressistes. Cet événement est le seul à perturber une vie politique particulièrement atone, avec des élections sans surprise (1965 et 1970) qui confirment à 99,9 % le président et le PPN dans leurs rôles respectifs.
Les perspectives économiques sont encourageantes grâce à l'uranium, et les relations avec la France, comme avec les pays voisins, demeurent sans nuages. Le coup d'État dirigé par le lieutenant-colonel Seyni Kountché, qui renverse Hamani Diori le 15 avril 1974, coïncide avec les premiers effets de la sécheresse, et apparaît comme une sorte de révolution de palais visant plus à écarter du pouvoir un entourage présidentiel accusé de corruption que le président lui-même.

5. VINGT ANS DE RÉGIME MILITAIRE
Seyni Kountché suspend la Constitution et les partis, dissout l'Assemblée nationale, met en place un Conseil militaire suprême (CMS) et s'attribue pour une durée indéterminée les pouvoirs exécutif et législatif. Au cours des années qui suivent, la découverte de « complots » lui permet opportunément d'éliminer ceux des coauteurs du coup d'État qui auraient pu devenir des rivaux. Le danger écarté, il peut prendre des mesures de clémence. D. Bakari, qui avait été autorisé à revenir d'exil puis emprisonné rapidement, est libéré. L'ancien président Diori voit sa détention commuée en assignation à résidence (il sera libéré en 1987). Le régime veut instaurer une « société de développement » associant tradition et modernité, dans laquelle jeunes, femmes et chefs traditionnels, soigneusement organisés, doivent jouer un grand rôle. En 1983 est mis en place le Conseil national de développement (CND) chargé de préciser ces principes. Il élabore la Charte nationale du Niger, fondement de la future Constitution, qui est soumise à référendum en juin 1987.

6. ALI SEIBOU ET LA REVENDICATION DÉMOCRATIQUE
Malade, S. Kountché meurt le 10 novembre suivant. Il est remplacé à la tête de l'État par son cousin, le colonel Ali Seibou, chef d'état-major, coopté par les membres du CMS. Le colonel Seibou entend poursuivre l'œuvre de son prédécesseur et s'efforce de favoriser la réconciliation nationale en proclamant une amnistie et en associant davantage de civils à l'exercice du pouvoir. Un parti unique, le Mouvement national pour une société de développement (MNSD), est créé ; la Constitution promise est adoptée par référendum en septembre 1989. Des élections présidentielles et législatives sont organisées trois mois plus tard : les scores sont de l'ordre de ceux qu'obtenaient H. Diori et le PPN trente ans auparavant.
Ce « retour à une vie constitutionnelle normale » ne peut évidemment satisfaire un pays en pleine crise économique et sociale où souffle la contestation née de la chute du mur de Berlin. L'année 1990 est est marquée par le développement des violences : les manifestations se succèdent, brutalement réprimées, et la rébellion des Touareg (environ 10 % de la population nigérienne) est déclenchée à la suite des représailles et des exactions contre la population civile qui suivent les incidents de Tchintabaraden, dans le sud-ouest d'Agadez (7 mai) mettant aux prises de jeunes Touaregs et les forces de l’ordre. Conduit au début par le Front de Libération de l'Aïr et de l’Azaouar (FLAA) qui se scinde par la suite en plusieurs fronts, le mouvement touareg mobilise surtout des exilés, poussés à émigrer (en Libye notamment) par les grandes sécheresses des années 1970 et 1980 et va durer, avec une intensité variable, jusqu’en 1998.
Quelque peu déstabilisé, le régime entre dans la voie des concessions, autorisant les partis le 15 novembre. La transition va être particulièrement longue et confuse, la question touareg posant le problème de la cohérence de l'État et de la nation, largement débattu au sein de la Conférence nationale (juillet-novembre 1991). Elle se poursuit par l'adoption d'une Constitution unitaire (26 décembre 1992), et s'achève par des élections présidentielles (mars 1993) que remporte un statisticien de 42 ans, Mahamane Ousmane, élu par 19 % seulement des inscrits, compte tenu d'un fort taux d'abstention. Cette période est marquée par une tentative de coup d'État militaire (fin février-début mars 1992) dont l'échec peut être imputé à la forte mobilisation populaire en faveur des institutions de transition.

7. L'ÉCHEC DÉMOCRATIQUE
Bien qu'une trêve de 3 ans avec la rébellion ait été signée entre les deux tours de l'élection présidentielle, la question touareg pèse fortement sur le destin du nouveau président. Elle alourdit un climat économique et social exacerbé par les mesures d'austérité imposées par le FMI ainsi que par la dévaluation du franc CFA dont le principal effet, pour les populations urbaines peu favorisées, est la hausse du coût de la vie. À la tête de l'État, M. Ousmane fait preuve d'une certaine raideur. À partir du milieu de l'année 1994, il entame un bras de fer avec l'Assemblée nationale, au sein de laquelle plusieurs de ses partisans l'ont abandonné. Une dissolution est suivie d'élections, que remportent les partis d'opposition (janvier 1995). La cohabitation, qui finit par être imposée à un président réticent, prend une allure de guérilla permanente.
L'opinion publique, quant à elle, se lasse de ces jeux stériles. Elle ne réagit pas au coup d'État du colonel Ibrahim Baré Maïnassara (27 janvier 1996) comme elle l'avait fait 4 ans plus tôt, ne reconnaissant pas, apparemment, au président déchu le mérite d'être parvenu à des accords de paix avec la rébellion touareg le 9 octobre 1994 et le 15 avril 1995. Ces accords de Ouagadougou, qui prévoient des mesures de décentralisation, une redistribution des recettes issues des activités minières, le soutien aux activités pastorales et d’élevage constitutives de l’identité touareg, conduisent notamment à l’intégration des ex-combattants au sein d’unités à statut militaire particulier – afin de les reconvertir en garants de la sécurité dans le nord du Niger –, ainsi que dans l’armée régulière et l’administration.
Les bailleurs de fonds, devenus attentifs au respect des formes démocratiques, réagissent d'abord négativement, puis se laissent rassurer par la modération affirmée par le nouveau chef d'État. En effet, celui-ci va procéder à une normalisation accélérée au cours de l'année 1996 : nouvelle Constitution, retour au multipartisme et levée de l'état d'urgence (mai), élection présidentielle (juillet, qu'il remporte avec 52 % des voix, le taux de participation dépassant 66 %), intégration de personnalités de l'opposition dans le gouvernement (août), législatives (novembre). Dans le même temps, le chef de l'État multiplie les contacts avec les Touareg et obtient que des factions encore rebelles se rallient au processus de paix défini en 1995. Cependant, son attitude vis-à-vis de l'opposition – en particulier l'arrestation de l'ancien président Ousmane, en janvier 1997, rapidement relâché à la suite de pressions diplomatiques – ternit l'image démocratique du nouveau régime.
En avril 1999, I. B. Maïnassara, qui a perdu le soutien de l'armée, est assassiné par sa garde personnelle. Ce nouveau coup d'État militaire est suivi par la dissolution de l'Assemblée nationale, la suspension des activités des partis politiques et la mise en place d'un Conseil de réconciliation nationale. Le jeune commandant Daouda Mallam Wanké, à la tête de la garde présidentielle, est aussitôt nommé chef de l'État par ce conseil. Une nouvelle Constitution (approuvée par référendum en juillet) est promulguée au mois d'août et des élections générales sont annoncées pour l'automne. Mamadou Tandja est élu président de la République et son parti, le Mouvement national pour la société de développement (MNSD), allié à la Convention démocratique et sociale (CDS) de l'ancien président Ousmane, obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale.
Dès lors, le Niger reprend le chemin de la démocratie et renoue avec les institutions financières internationales. Les autorités nigériennes s'engagent dans le processus PPTE (pays pauvres, très endettés) – dispositif mis au point en 1996 par les institutions de Bretton Woods – et mettent en œuvre une stratégie de lutte contre la pauvreté. Leurs efforts sont récompensés et le Niger voit sa dette allégée en avril 2004. Dès l'année suivante cependant, elles sont confrontées à une grave crise alimentaire, conséquence d'une sécheresse et d'une invasion de criquets puis, en 2006, à un mouvement de contestation emmené par une Coalition contre la vie chère regroupant des formations syndicales et des ONG ayant recours à des opérations « villes mortes ».
À ces difficultés socio-économiques s'ajoute la reprise de la rébellion touareg sévissant dans le nord du pays. Apparu en 2007 après dix ans de paix relative, le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), constitué en partie d’ex-combattants de la rébellion des années 1990 – dont des déserteurs des forces de sécurité mais aussi d’anciens rebelles reconvertis dans le trafic et le banditisme – en partie de jeunes Touaregs urbanisés mais marginalisés et néophytes dans la lutte armée, exige, en vertu de l'accord de paix de 1995 prévoyant notamment la redistribution de la manne uranifère, que 50 % des recettes de l'uranium soient reversées aux collectivités locales et aux projets de développement régional. À partir de février 2007, le MNJ, disséminé dans les montagnes de l'Aïr, multiplie les accrochages avec les forces armées nigériennes (FAN). Sourd à ces revendications, le président Tandja utilise la rébellion touareg pour justifier l'arrestation de journalistes accusés de complicité avec les mouvements armés et l'expulsion de l'organisation Médecins sans frontières (MSF) en 2008. Les mouvements armés radicalisent leurs revendications après la signature, en 2008, d'un important contrat avec la Chine pour l'exploitation d'un gisement de brut, suivie, en 2009, par celle d'une convention d'exploitation par le groupe français Areva du gisement d'uranium d'Imouraren (le plus important d'Afrique et le deuxième du monde).
La volonté du président Tandja (réélu en 2004 avec 65,5 % des suffrages) de se maintenir au pouvoir par tous les moyens après deux quinquennats consécutifs ouvre une crise politique et institutionnelle. Le 4 août 2009, il dissout l'Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle avant de faire adopter par référendum une réforme de la Constitution lui permettant de se maintenir au pouvoir 3 ans supplémentaires, au-delà du terme de son mandat, en décembre. Ce référendum puis les élections législatives du 20 octobre et celles, locales, du 27 décembre sont boycottés par l’opposition et condamnés par la communauté internationale (suspension de la CEDEAO). Le 18 février 2010, Mamadou Tandja est renversé par des militaires réunis au sein du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD). Salou Djibo, le numéro un de la junte, prend les fonctions de président par intérim et nomme Mahamadou Danda, ministre de la Communication en 1999, au poste de Premier ministre.
Le Niger, dont la croissance est frappée de plein fouet par la crise économique mondiale, demeure dans une situation de grande pauvreté : 60 % de la population vit avec moins de 1 dollar par jour, plus de 7 millions d'habitants sont menacés par la famine en raison de la sécheresse qui sévit depuis 2009. L'économie reste très dépendante de l'aide internationale, or celle-ci a été suspendue à la suite des manœuvres inconstitutionnelles du président Tandja puis de son renversement. La situation sécuritaire demeure particulièrement volatile. Des pourparlers ont bien été engagés sous l'égide de la Libye entraînant progressivement le désarmement des différents mouvements de rébellion touareg (octobre 2009 à Sebha en Libye et janvier 2010 à Arlit au Niger) en échange d’un décret d’amnistie général.
Cependant, outre les trafics transfrontaliers particulièrement intenses dans la région sahélo-saharienne, le Niger, tout comme la Mauritanie et le Mali, est frappé par les actions terroristes d'al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) : enlèvement (fin 2008) de l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, Robert Fowler (libéré en avril 2009) ; exécution d'un Britannique par ses ravisseurs (30 mai 2009) ; assassinat de 4 Saoudiens dans le sud-ouest du pays (fin 2009) ; enlèvement puis exécution (après 3 mois de captivité, en juillet 2010) d'un humanitaire français, Michel Germaneau ; enlèvement de 7 personnes (dont 5 ressortissants français) travaillant sur le site d'Areva (16 septembre 2010).

8. LE RETOUR À LA DÉMOCRATIE ET LA VIIe RÉPUBLIQUE
En janvier et mars 2011, après l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution, les Nigériens sont appelés aux urnes pour élire le nouveau président et l’Assemblée nationale. Mahamadou Issoufou, chef de file de l’opposition à M. Tandja, président du parti nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS-Tarayya) depuis sa création en 1990, l’emporte au second tour de scrutin avec environ 58 % des voix face à Omar Seini du MNSD-Nassara. Son parti arrive en tête des élections législatives avec 33 % des suffrages et 37 sièges sur 113 devant le MNSD (26 sièges) et le Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (MDN, 25 sièges) créé par Hama Amadou, arrivé en troisième position à la présidentielle et rallié à M. Issoufou.

8.1. LE PREMIER MANDAT DE MAHAMADOU ISSOUFOU
Jugées transparentes par les observateurs de l’UE et de la CEDEAO, ces élections mobilisent 48-49 % des électeurs. Brigi Rafini, touareg originaire de la région d’Agadez, est nommé Premier ministre en avril. Afin de prévenir les crises alimentaires cycliques, l’initiative « 3 N » (pour « les Nigériens nourrissent les Nigériens »), principal engagement du candidat M. Issoufou, est lancée. Cet ambitieux programme étalé sur cinq ans, prévoit un soutien à l’accroissement, la diversification et la commercialisation des productions agropastorales, la création de fonds de sécurisation des producteurs agricoles, la réhabilitation des terres dégradées ainsi que le développement de l’irrigation avec la construction du barrage de Kandadji sur le Niger, un projet vieux de plus de cinquante ans.
Parallèlement, une nouvelle Haute Autorité pour la consolidation de la paix est instituée entre juillet et octobre 2011, destinée notamment à l’intégration des anciens combattants touareg et des populations locales du Nord afin de créer les conditions d’un retour durable à la sécurité, une politique qui s’appuie également sur la médiation des élus régionaux parmi lesquels d’ex-rebelles. Si le gouvernement nigérien est parvenu à contrôler le retour au pays des mercenaires engagés par Muammar Kadhafi pendant la guerre civile en Libye, le Niger doit faire face un important afflux de réfugiés en provenance du nord du Mali entré en sécession. La déstabilisation de son voisin est redoutée par Niamey, alors que la situation sécuritaire dans les zones frontalières reste précaire. Ainsi, en mai 2013, le Niger est pour la première fois la cible de deux attaques-suicides djihadistes (l'une à Agadez, ancien foyer de rébellion touareg, la seconde sur la mine d'uranium de Somaïr, exploitée par le groupe nucléaire français Areva), attaques revendiquées par le Mujao (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest), l'un des groupes combattus par l'armée française au Mali, et préparées avec l'aide des Signataires par le sang, dirigés par Mokhtar Belmokhtar, un dissident d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). La France décide peu après d'installer à Niamey le maillon-clé de sa lutte contre le terrorisme dans le Sahel. Le Niger pâtit également de l'insurrection armée de Boko Haram qui sévit au nord-est du Nigéria et subit plusieurs attaques à partir de février 2015. Depuis, les forces armées nigériennes interviennent contre Boko Haram en territoire nigérian aux côtés de l’armée tchadienne.
Dans ce contexte régional hostile, le climat politique se tend à l'approche des élections présidentielle et législatives de 2016 : l'opposition critique la cour constitutionnelle pour son « allégeance » au président Issoufou et accuse ce dernier, investi candidat par le PNDS en novembre 2015, de provoquer des scissions au sein des diverses formations pour assurer sa réélection.

8.2. LE SECOND MANDAT
Réélu avec plus de 92 % des voix pour un second mandat en mars 2016 et assuré d’une majorité de 118 sièges sur 171 dont 75 pour son parti, M. Issoufou reconduit B. Rafini au poste de Premier ministre, tandis que l’opposition, qui s’était rassemblée dans la « Coalition pour l’alternance 2016 », décide de mettre fin au boycott de l’Assemblée nationale, tout en refusant de reconnaître le résultat des scrutins.
Dans la zone « des trois frontières » entre le Niger, le Mali et le Burkina, où sévissent des groupes djihadistes liés notamment à l’« État islamique du Grand Sahara » (né en mai 2015) et al-Qaida (AQMI puis Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, GSIM), la situation sécuritaire se détériore et incite les trois États concernés à coordonner et mutualiser leurs forces en créant une force militaire commune pour sécuriser le triangle Liptako-Gourma, région historique qu’ils partagent. La force conjointe du G5 Sahel, auquel sont également associés le Tchad et la Mauritanie, et dont la première opération est lancée en novembre 2017, prend le relais.

Malgré l’appui apporté par les troupes françaises de l’opération Barkhane, cette force multinationale manque cependant de moyens et cette zone devient le nouvel épicentre de la violence djihadiste au Sahel en 2018-2019. La lutte contre le djihadisme sur le front sahélo-saharien est censée s’inspirer de la stratégie adoptée en collaboration avec le Nigeria, le Tchad et le Cameroun contre Boko Haram, qui enregistre plusieurs succès notamment après une grande offensive de l’armée nigérienne en janvier 2019, tandis qu’un programme d’amnistie et de réinsertion des anciens combattants est appliqué depuis décembre 2016.

Sur le plan économique, malgré un contexte défavorable, le Niger présente une forte croissance, estimée à plus de 6 % en 2018 et en 2019 et tirée par les services et la construction.

Les perspectives ouvertes par l’exploitation du pétrole – par le chinois CNPC, le britannique Savannah Petroleum et l'algérien Sonatrach en collaboration avec la Société de raffinage de Zinder (Soraz) – laissent d’aucuns perplexes quant à ses effets sur les conditions de la population : le Niger reste, malgré les recettes tirées de ses autres richesses minières, en particulier l’uranium, l’un des pays les plus pauvres au monde avec un niveau d'extrême pauvreté estimé à 41,5 % en 2019.

 

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Asie centrale

Cet article fait partie du dossier consacré à l'Asie.

Syr-Daria
Partie centrale de l'Asie, qui s'étend de la mer Caspienne à la Chine, correspondant essentiellement au sud du Kazakhstan, à l'Ouzbékistan, au Turkménistan, au Kirghizistan et au Tadjikistan, et englobant également la partie occidentale de la province chinoise du Xinjiang.

HISTOIRE
1. LA PÉRIODE PRÉCOLONIALE
1.1. UNE TERRE DE PASSAGE
L'Asie centrale est une terre de passage dont l'histoire millénaire est caractérisée par une succession de conquêtes et vagues migratoires venues d'abord d'Asie puis d'Europe. À l'origine, des tribus sédentaires est-iraniennes occupent trois oasis : les Chorasmiens dans le delta de l'Oxus (actuel Amou-Daria), les Bactriens dans la moyenne vallée de l'Oxus et les Sogdiens dans le haut Iaxarte (actuel Syr-Daria). Le premier contact entre ces autochtones et les nomades Turcs a lieu au ve siècle de notre ère, avec l'installation des tribus Türük, arrivées de l'Altaï.
Lieux de rencontre des influences venues de l'Inde, de la Chine, de l'Iran et du monde méditerranéen grâce aux routes de la soie qu'empruntent pèlerins bouddhistes et marchands, ces régions sont atteintes au viie-viiie siècle par l'islam.


1.2. PREMIER ÂGE D'OR
Au xe siècle la dynastie des Samanides parvient à réunir les trois oasis de civilisation dans un unique émirat, qui marque le premier âge d'or de l'Asie centrale, autour de sa capitale Boukhara. Les Turcs karakhanides lui succèdent en 999 et initient le rapprochement des cultures turque et persane, notamment en favorisant la propagation de l'islam auprès des communautés nomades.

1.3. SECOND ÂGE D'OR
Au début du xiiie siècle, la conquête mongole de Gengis Khan est terriblement destructrice pour la civilisation sédentaire mais elle inclut l'Asie centrale dans le vaste empire des Mongols s'étendant de la Chine à l'Europe. Au sein de l'Asie centrale s'opère alors une symbiose entre les populations turques sédentarisées ou encore nomades et les conquérants mongols. Ce métissage est symbolisé par la figure de Tamerlan, qui établit à la fin du xive siècle son grand émirat avec Samarkand pour capitale et qui est le siège du second âge d'or de l'Asie centrale.

1.4. LE DÉMEMBREMENT DE L'EMPIRE CHAYBANIDE
En 1500, les tribus Özbegs marquent la dernière migration humaine précoloniale de la région, dont ils prennent les rênes avec la dynastie des Chaybanides (xve-xvie siècle). Mais dans l'intervalle, la découverte de nouvelles voies maritimes de circulation sonne le glas des routes de la soie et par la même la position stratégique de l'Asie centrale. À partir de 1599, la région se divise en trois entités politiques souveraines : le khanat de Khiva à l'ouest, l'émirat de Boukhara au sud, puis le khanat de Kokand (1710) au nord-est.
Au cours des xviiie et xixe siècles, l'Asie centrale subit la pression de forces étrangères : à l'est les Mandchous se rendent maîtres de la Chine, au nord les Russes occupent la Sibérie, au sud les Afghans constituent un État indépendant, et les Anglais organisent la colonisation des Indes.

2. LA COLONISATION RUSSE
La progression des troupes russes vers l'Asie centrale trouve son aboutissement avec la chute de Tachkent (1865), qui devient le centre du gouvernement général du Turkestan, division administrative de l'empire. Les Russes établissent leur protectorat sur Boukhara (1868) et Khiva (1873) avant d'annexer le khanat de Kokand (1876). La période coloniale est marquée par la mise en œuvre d'une politique de discrimination entre les colons russes et tatars, qui jouissent du statut de citoyens, et les populations autochtones considérées comme étrangères à l'empire et relevant du statut d'« allogènes ».

3. LA PÉRIODE SOVIÉTIQUE
3.1. L'INSTAURATION DU RÉGIME SOVIÉTIQUE : RÉORGANISATION SUR DES BASES ETHNIQUES
Dans ce contexte ségrégationniste, la révolution russe de 1917 trouve un écho favorable auprès des populations d'Asie centrale. En avril 1918, le soviet de Tachkent décide son union libre à la Russie et devient la République socialiste soviétique autonome (RSSA) du Turkestan. Khiva et Boukhara deviennent des républiques populaires sous protectorat russe. L'instauration du régime soviétique provoque des bouleversements dans la société centrasiatique. D'abord, Moscou décide d'appliquer le concept d'ethnie pour diviser la population et mettre un terme aux velléités panturquistes et panislamiques qui menaçaient le projet soviétique : cinq groupes ethniques, ou « nationalités » dans le jargon soviétique, sont créées à partir d'identités tribales (Ouzbeks, Kazakhs, Kirghiz, Turkmènes) ou linguistique (Tadjiks).
Ensuite, un territoire national est attribué à chaque groupe pour lui permettre son plein développement dans le cadre fédéral de l'URSS. Ainsi, l'Asie centrale se trouve divisée pour la première fois de son histoire en cinq républiques socialistes soviétiques (RSS ethno-nationales : les RSS d'Ouzbékistan et du Turkménistan (1924), du Tadjikistan (1929), du Kirghizistan et du Kazakhstan (1936).

3.2. COLLECTIVISATION, MIGRATION FORCÉE, DÉPORTATION
Enfin, le projet économique communiste oblige à sédentariser les éleveurs transhumants et à collectiviser leurs troupeaux au sein de kolkhozes. Ce processus brutal entraîne la mort ou l'exil hors des frontières de l'URSS de près de la moitié des Kazakhs, des Kirghiz et des Turkmènes d'Asie centrale. La main d'œuvre nécessaire au développement de la région est alors fournie par la migration volontaire ou forcée de millions de Slaves (Russes, Ukrainiens, Biélorusses) et Tatars d'Oural, mais également par la déportation collective de Coréens, d'Allemands et de nombreux peuples du Caucase pendant la Seconde Guerre mondiale.

4. LA DISSOLUTION DE L'URSS ET LES INDÉPENDANCES
À la faveur de la perestroïka, des mouvements nationalistes s'affirment au Kazakhstan (1986), en Ouzbékistan (1989), au Tadjikistan et au Kirghizistan (1990). Mais l'indépendance auxquelles les RSS d'Asie centrale accèdent en décembre 1991 n'est pas le fait de luttes avec le pouvoir central. Elles sont le résultat de la dissolution de l'URSS et de l'exercice du droit à l'autodétermination que la Constitution soviétique reconnaissait alors à ses quinze sujets, dont les cinq républiques centrasiatiques. Les nouveaux États entrent dans le concert des nations en adhérant à l'Organisation des Nations Unies en 1992 et à la Communauté des États indépendants (CEI)., héritière de l'espace territorial couvert par l'URSS.

Abritant une importante minorité russe et largement russophone – bien que les Kazakhs forment désormais près des deux tiers de la population – le Kazakhstan reste l’allié le plus sûr de la Russie dans la région. De même que le Tadjikistan et le Kirghizistan, également proches de Moscou, il est membre signataire de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC, 2003), ces trois républiques adhérant également à la Communauté économique eurasiatique (Eurasec, 2001) dont le noyau est l’Union douanière formée à l’origine par la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan en 2010, le Kirghizistan s’apprêtant à la rejoindre en 2014.

De leur côté, l’Ouzbékistan et le Turkménistan adoptent une position plus réservée et autonome. Le premier suspend à deux reprises son adhésion à l’alliance militaire (en 1999 au traité de sécurité collective de la CEI et en 2012 à l’OTSC après l’avoir rejointe en 2006) et fait de même concernant l’Eurasec en 2008 avant de ratifier sous certaines conditions l’accord de libre échange de la CEI en 2013. Quant au Turkménistan, il n’est plus que membre observateur de la CEI depuis 2005 et reste à l’écart des organisations régionales prônées par Moscou dans le cadre de son projet d’Union eurasiatique.

Fortes de leurs richesses minières, les républiques d’Asie centrale – au premier rang desquelles le Kazakhstan et le Turkménistan – ont développé d’étroites relations économiques avec les grandes entreprises de ces secteurs, occidentales ou asiatiques, en particulier chinoises.
Par leur proximité avec l’Afghanistan et/ou la porosité des frontières avec ce dernier, les quatre républiques les plus méridionales d’Asie centrale tiennent une place géopolitique stratégique aussi bien pendant l’intervention occidentale contre les talibans (base aérienne de Manas au Kirghizistan notamment) que dans la perspective du futur retrait des forces américaines et de l’OTAN d’ici fin 2014.

 

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DROITS DE L'HOMME

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droits de l'homme

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Cet article fait partie du dossier consacré aux droits de l'homme et du dossier consacré à la Révolution française.

LE CONCEPT DE « DROITS NATURELS »

Les droits de l'homme, et les libertés dont ils s'accompagnent, sont ceux dont tout individu doit jouir du fait même de sa nature humaine. C'est la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 qui marque l'avènement théorique d'un État de droit dotant l'individu du pouvoir de résistance à l'arbitraire et lui reconnaissant des droits naturels, dits fondamentaux. La notion de « déclaration des droits » découle de deux idées : celle de l'existence de droits individuels et celle de la nécessaire affirmation de ces droits par une autorité légitime, en l'occurrence le pouvoir constituant en 1789, c'est-à-dire l'État. Matrice de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par les Nations unies en 1948, le texte de 1789 est l'aboutissement d'une réflexion qui a commencé avec la Grande Charte d'Angleterre de 1215 et qui passe par l'institution de l'habeas corpus en 1679.
→ charte.

Il appartient à l'État de droit de respecter les libertés fondamentales de l'individu, que le concept de « libertés publiques » traduit en termes constitutionnels. La persistance de nombreux cas de violations des droits de l'homme dans l'histoire contemporaine impose de garantir leur protection à l'échelon international. Non seulement celle-ci suppose l'existence de mécanismes juridiques autorisant des organes internationaux à exercer un contrôle sur l'application des normes relatives aux droits de l'homme, mais encore l'action d'organisations indépendantes des États, qui se révèlent aussi de la première importance.

TROIS SIÈCLES D'HISTOIRE DES DROITS DE L'HOMME
Ce sont les philosophes du  xviiieme siécle
, parmi lesquels Jean-Jacques Rousseau, qui élaborent le concept de « droits naturels », droits propres aux êtres humains et inaliénables, quels que soient leur pays, leur race, leur religion ou leur moralité. La révolution américaine de 1776, puis la révolution française de 1789 marquent la reconnaissance et la formulation explicite de ces droits.
Dès 1689, en Angleterre, a été proclamé le Bill of Rights. Les colons établis en Amérique en retournent les principes contre leur roi. La Déclaration d'indépendance américaine, le 4 juillet 1776, affirme la primauté des droits et libertés. Au cours de la décennie suivante, par l'entremise du marquis de La Fayette et de Thomas Jefferson, elle éclaire les révolutionnaires français, notamment sur la notion de souveraineté du peuple.
Les dix-sept articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen sont discutés et votés entre le 20 et le 26 août 1789, alors que l'Assemblée constituante est en conflit avec le roi. Destinée à préparer la rédaction de la première Constitution écrite française, en la fondant sur l'énonciation des principes philosophiques qui doivent former la base de la société, elle proclame les droits « naturels et imprescriptibles » de l'homme, c'est-à-dire ceux que chacun doit exercer par le fait qu'il est homme et sans distinction de naissance, de nation ou de couleur. Après une définition générale de la notion de liberté, la Déclaration précise un certain nombre de libertés particulières : liberté de conscience et d'opinion, liberté de pensée et d'expression, droit à la propriété. L'égalité est la deuxième grande notion de la Déclaration : égalité des droits, égalité devant la loi et la justice, égalité devant l'impôt, égale admissibilité aux emplois publics. L'État nouveau, édifié sur le principe de la séparation des pouvoirs et sur la notion de souveraineté du peuple, devient le garant des droits.
Au xixe s., la Déclaration de 1789 inspire le mouvement politique et social en Europe et en Amérique latine. Avec l'industrialisation grandissante, l'essor du pouvoir capitaliste et financier, la revendication des droits s'enrichit en effet de la notion de droits sociaux, et particulièrement de droit au travail, sous l'influence du socialisme à la française, puis du socialisme marxiste. Mais les génocides, l'esclavage, qui ne sera aboli que lentement et inégalement, le colonialisme, le travail des enfants, la sujétion des femmes, dont l'émancipation – quand elle aura lieu – sera tardive, sont autant d'obstacles historiques sur la voie d'une reconnaissance pleine et entière des droits de l'homme. La France et les États-Unis eux-mêmes rechigneront souvent à montrer l'exemple, malgré la création d'associations philanthropiques et la lutte pour la prise en compte des droits sociaux (droit de grève, amélioration des conditions de travail, réduction du temps de travail).
Selon l'article 55 de la Charte des Nations unies de 1945, l'O.N.U. doit favoriser le respect universel et effectif des droits de l'homme avec le concours des États membres. Mais la politique des blocs, l'un sous influence américaine, l'autre sous influence soviétique, perturbe pendant plusieurs décennies les débats. Tandis que les Américains insistent sur la notion de droits politiques, les démocraties libérales d'Europe défendent celle de droits sociaux. Compte tenu des deux options, les Nations unies tentent de réaliser leur mission à travers l'action de la Commission des droits de l'homme, créée en 1946. Ceux-ci deviennent une valeur internationalisée en 1948. Il est reconnu que l'homme détient un ensemble de droits opposables aux autres individus, aux groupes sociaux et aux États souverains. Les droits de l’homme sont par la suite étendus à l’enfant : le 20 novembre 1989, les Nations unies adoptent la Convention des droits de l'enfant, afin de protéger l'enfance de la famine, de la maladie, du travail, de la prostitution et de la guerre.
→ droits de l'enfant.

LES DROITS DE L'HOMME FACE AU PRINCIPE DE SOUVERAINETÉ

Le principe des droits humains, tout comme la notion de paix, fait partie de ces thèmes a priori consensuels et irréfutables sous peine de placer le réfractaire en marge de la communauté internationale. L'humanité entière est révulsée par la barbarie, et un régime criminel ne peut, moralement, asseoir sa légitimité sur la seule souveraineté de l'État.
Les tribunaux militaires internationaux de Nuremberg (1945) et de Tokyo (1946) ont manifesté la valeur de ce raisonnement. Dès 1950, l'Assemblée générale des Nations unies a créé un comité chargé de rédiger le projet de statut d'une juridiction pénale internationale permanente. Mais la guerre froide a eu raison de ces vœux pieux. Le fait que ce projet n'ait pris forme qu'en 1998 témoigne – de même que ses limites – de la résistance opiniâtre des États : aucun d'eux ne cherche spontanément à promouvoir une justice supranationale à laquelle il serait soumis et devant laquelle des citoyens, nationaux ou étrangers, pourraient le traduire. C'est la même attitude qui a freiné les progrès de l'arbitrage international depuis les conférences de la Paix de 1899 et 1907, et limité, malgré deux guerres mondiales, les prérogatives de la Société des Nations puis de l'O.N.U. En réalité, l'opinion publique, alertée par les médias et les organisations non gouvernementales, est un acteur extrêmement important de ces évolutions. C'est à elle qu'il revient de dénoncer les abus de pouvoir, en l'occurrence les crimes commis par les dictateurs, l'altération du principe d'égalité, la négation des droits sociaux, ou encore la corruption des élites dirigeantes. Mais la seule sanction morale ne suffit pas à faire reculer les États coupables. La Déclaration universelle des droits de l'homme exige, par conséquent, pour ne pas être qu'un leurre, que la communauté internationale soit dotée de juridictions qui permettent de se saisir des cas de violation de ces droits.
Voir les articles justice internationale : TPIR, TPIY.

LES INSTITUTIONS AU SERVICE DES DROITS DE L'HOMME

LA COMMISSION DES DROITS DE L'HOMME DE L'O.N.U.

Créée en 1946, la Commission se réunit pour la première fois en 1947 pour élaborer la Déclaration universelle des droits de l'homme. Rédigée en un an, celle-ci est adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948. Depuis lors, la date du 10 décembre est célébrée tous les ans en qualité de « Journée des droits de l'homme ».
Jusqu'en 1966, les efforts de la Commission sont essentiellement de nature normative, attendu que, dans une déclaration de 1947, elle estime « n'être habilitée à prendre aucune mesure au sujet de réclamations relatives aux droits de l'homme ». Ses travaux aboutissent, en 1966, à l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; ces deux pactes forment, avec la Déclaration universelle, la Charte internationale des droits de l'homme.
En 1967, le Conseil économique et social autorise la Commission à traiter des violations des droits de l'homme. Aussi met-elle au point des mécanismes et procédures afin de vérifier le respect par les États du droit international relatif aux droits de l'homme et de constater les violations présumées de ces droits par l'envoi de missions d'enquête. En outre, la Commission met de plus en plus l'accent sur la promotion des droits économiques, sociaux et culturels, en particulier le droit au développement et le droit à un niveau de vie convenable. Elle s'intéresse de près, comme le démontre la Déclaration de la Conférence mondiale sur les droits de l'homme tenue à Vienne en 1993, à la protection des droits des groupes sociaux vulnérables, des minorités et des peuples autochtones, ainsi qu'à la promotion des droits de l'enfant et des femmes. La démocratie et le développement sont considérés comme deux facteurs nécessaires à l'épanouissement des droits de l'homme.
Décrédibilisée par la présence en son sein de pays critiqués pour leurs propres atteintes aux droits de l’homme, elle est dissoute en 2006, et remplacée par le Conseil des droits de l’homme. Cet organe subsidiaire de l’Assemblée générale des Nations unies est notamment chargé d’effectuer un examen périodique de tous les pays au regard des droits de l'homme, et de formuler aux États concernés des recommandations.

LA CONVENTION EUROPÉENNE DE SAUVEGARDE DES DROITS DE L'HOMME ET DES LIBERTÉS FONDAMENTALES

Établie par le Conseil de l'Europe en 1950 et entrée en vigueur en 1953, la Convention européenne se situe dans la continuité de la Déclaration universelle de 1948. Chaque État qui adhère au Conseil de l'Europe est tenu de la signer et de la ratifier dans un délai d'un an. Les États signataires s'engagent alors à reconnaître à toute personne relevant de leur juridiction certains droits civils et politiques et certaines libertés définis dans la Convention. Après avoir épuisé toutes les voies de recours internes, un individu qui s'estime lésé dans ses droits peut entamer des procédures à l'encontre de l'État contractant qu'il tient pour responsable. Un État contractant peut également intenter une procédure contre un autre État contractant : c'est ce que l'on appelle une requête interétatique.
Le fait que des États souverains acceptent qu'une juridiction supranationale remette en cause les décisions de juridictions internes et qu'ils s'engagent à exécuter ses jugements a représenté une étape historique dans le développement du droit international. La théorie selon laquelle les droits de l'homme ont un caractère fondamental les plaçant au-dessus des législations et des pratiques nationales a été appliquée. Cela revient à reconnaître qu'il ne faut pas laisser un État décider lui-même de l'application des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fonction de considérations politiques nationales.
La Convention a instauré une Cour européenne des droits de l'homme, chargée d'examiner les requêtes individuelles et interétatiques. Les juges de la Cour, totalement indépendants, sont élus par le Parlement européen. Le Conseil des ministres surveille l'exécution des arrêts de la Cour. Le droit de recours individuel est automatique, ainsi que la saisine de la Cour dans le cadre des requêtes individuelles et interétatiques.
         
LES GRANDES ÉTAPES INSTITUTIONNELLES DE LA DÉFENSE DES DROITS DE L'HOMME


1215 : la Grande Charte d'Angleterre (Magna Carta) énumère, après les excès de Jean sans Terre, un certain nombre de dispositions tendant à protéger l'individu contre l'arbitraire royal en matière de taxes ou de spoliation de biens, et assure à chaque sujet un procès équitable dans le cadre de l'égalité de traitement devant la loi.
1679 : l'habeas corpus, en Angleterre, garantit le respect de la personne humaine et la protège d'arrestations et de sanctions arbitraires. Le roi est ainsi privé du pouvoir de faire emprisonner qui il veut selon son bon plaisir.
1689 : la Déclaration des droits (Bill of Rights), adoptée par la Chambre des lords et la Chambre des communes, réduit le pouvoir royal en Angleterre, en proclamant notamment la liberté de parole au sein du Parlement et le droit pour les sujets d'adresser des pétitions au monarque.
4 juillet 1776 : la Déclaration d'indépendance américaine, rédigée par Thomas Jefferson, Benjamin Franklin et John Adams, et inspirée de la philosophie des Lumières, est signée à Philadelphie par les délégués des treize colonies et promulgue un contrat social fondé sur l'indépendance, l'égalité, la liberté et la recherche du bonheur (« We hold these truths to be self-evident; that all men are created equal, that they are endowed by their creator with certain unalienable rights, that among these are life, liberty and the pursuit of happiness »).
26 août 1789 : la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, destinée à devenir l'archétype des déclarations ultérieures, est adoptée par l'Assemblée constituante.
3 septembre 1791 : la première Constitution écrite française garantit pour chacun « des droits naturels et civils ».
26 juin 1945 : la Charte des Nations unies, signée à San Francisco, internationalise le concept de droits de l'homme.
10 décembre 1948 : la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'O.N.U. est la première référence aux libertés fondamentales communes à tous les peuples de la Terre. Aux obligations morales liées à l'universalité du message s'ajoutent, pour les pays signataires, de réelles obligations juridiques qui sont censées instituer autant de garanties pour les peuples concernés.
4 novembre 1950 : la Convention européenne des droits de l'homme est signée à Rome sous l'égide du Conseil de l'Europe ; elle entre en vigueur en 1953.
1er août 1975 : l'Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (C.S.C.E.), signé à Helsinki, fait figurer le « respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales » parmi les principes de base qui régissent les relations mutuelles des 35 États participants.

LES ORGANISMES DE DÉFENSE DES DROITS DE L'HOMME

LA LIGUE DES DROITS DE L'HOMME

La Ligue est le plus ancien organisme de défense des droits et des libertés. Elle est fondée, en février 1898, par l'ancien ministre de la Justice Ludovic Trarieux et quelques amis, à l'occasion du procès intenté à Émile Zola qui venait de faire paraître dans le journal l'Aurore son célèbre réquisitoire « J'accuse ». Après l'affaire Dreyfus, la Ligue poursuit son engagement en prenant position sur les grands débats contemporains. Ainsi, en 1905, elle se déclare en faveur de la séparation des Églises et de l'État ; en 1909, son président réclame le droit de vote pour les femmes et leur éligibilité à la Chambre et au Sénat. La Ligue suit de près l'évolution de la vie politique et, en 1935, c'est à son siège qu'est signé le programme du Front populaire par les socialistes, les radicaux et les communistes.
En 1948, la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies, reprend largement le projet du représentant français René Cassin, membre de la Ligue des droits de l'homme. Par la suite, celle-ci joue un rôle dans les protestations contre l'utilisation de la torture lors de la guerre d'Algérie, dans les revendications étudiantes de mai 1968, dans les actions qui amènent, en 1973, la modification de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse, ou encore en faveur de l.’abolition de la peine de mort. Plus récemment, elle s’est engagée dans les années 1990 contre la montée du racisme, et pour l’extension des droits des étrangers, ainsi que pour la régularisation des sans-papiers.

LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES LIGUES DES DROITS DE L'HOMME (F.I.D.H.)
Fondée en 1922, la Fédération est la plus ancienne organisation de défense des droits de l'homme au plan international. Elle a son siège en France. Organisation non gouvernementale reconnue d'utilité publique, elle se déclare également apolitique, non confessionnelle et non lucrative. Elle se voue à la promotion de la Déclaration universelle des droits de l'homme en informant l'opinion publique et les organisations internationales par le biais de lettres, de communiqués et de conférences de presse. Comme Amnesty International, la F.I.D.H. bénéficie du statut d'observateur auprès des instances internationales (Nations unies, Unesco, Conseil de l'Europe, Commission africaine des droits de l'homme).

AMNESTY INTERNATIONAL
C'est en 1961, à l'initiative de Peter Benenson (1921-2005), avocat britannique, qu'un groupe d'avocats, de journalistes, d'écrivains, choqués par la condamnation de deux étudiants portugais à vingt ans de prison pour avoir porté un toast à la liberté dans un bar, lance un appel pour l'amnistie (Appeal for Amnesty). L'acte de naissance officiel du mouvement Amnesty International peut être daté du 28 mai 1961, lorsque le supplément dominical du London Observer relate l'histoire de six personnes incarcérées pour « raisons de conscience » – parce qu'elles ont exprimé leurs croyances religieuses ou politiques – et exhorte les gouvernements à relâcher de tels prisonniers. Amnesty International, organisation indépendante à caractère non gouvernemental, mène depuis lors une action vigoureuse de défense des droits de l'homme, à l'adresse des gouvernements qu'elle fustige dans son rapport annuel et de l'opinion publique internationale. Au cours des années 1970, Amnesty International s'est vu confier le statut d'observateur pour le compte des Nations unies. En 1977, son action a été récompensée par le prix Nobel de la paix, titre qui n'impressionne pas forcément tous les gouvernements.

 

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